Depuis maintenant un an, la coordination des groupes femmes travaille de façon systématique sur la question de l’emploi (la coordination des groupes femmes d’entreprise, quant à elle, depuis plusieurs années). Ainsi, la mobilisation parisienne de novembre 1980 contre les projets de loi sur le temps partiel du gouvernement Giscard avait constitué une première échéance importante. En effet, malgré la faible participation à la manifestation organisée par les groupes femmes et soutenue par des organisations syndicales et politiques (environ deux mille personnes ), les débats qu’elle a suscités au sein du Mouvement des femmes et des organisations ouvrières ont montré son impact réel.
L’ampleur dès attaques que subissent les femmes au travail, le nombre impressionnant de chômeuses (plus de 60 96), les risques de marginalisation croissante avec la généralisation du travail à temps partiel (cf. discours de Mauroy) prouvent l’urgence d’un débat et d’une mobilisation pour le droit total des femmes à l’emploi.
Dès le mois de mai, deux échéances étaient prévues par la coordination des groupes femmes : une rencontre nationale des femmes et des Assises Nationales pour l’emploi associant le mouvement des femmes et l’ensemble des organisations syndicales et politiques.
La rencontre des femmes, sur proposition de la coordination parisienne des groupes femmes, doit se tenir les 14 et 15 novembre.
« En faire une rencontre de masse, préparée par l’ensemble des associations féminines et féministes, et associant les militantes syndicales et politiques qui, depuis des années, travaillent sur cette question », tel est l’objectif de la coordination des groupes femmes.
D’ores et déjà, des commissions de préparation se tiennent sur les thèmes suivants :
— licenciements /restructurations (textile, informatique, etc.) ;
— temps partiel /temps de travail;
VIE DU MOUVEMENT
— discriminations sexistes (embauche, formation, qualification) ;
— équipements collectifs.
Si ces thèmes constituent l’axe central de la rencontre, la question de l’avortement et, plus globalement, celle des droits des femmes y seront abordés.
Les récentes déclarations d’Yvette Roudy, l’accord du 1 7 juillet entre le CNPF et les syndicats, le discours du Premier ministre à l’Assemblée nécessitent en effet de manière urgente une prise de position des féministes et la poursuite du dialogue engagé entre Yvette Roudy et les organisations féminines après le 10 mai.
Rassembler toutes les forces féministes, constituer un front, le plus représentatif possible, des femmes qui luttent dans tous les secteurs devient aujourd’hui crucial car, à l’évidence, la division et la dispersion du mouvement des femmes affaiblissent ses capacités d’initiative et ses possibilités de rassembler autour de lui toutes les femmes qui luttent, qu’elles soient organisées ou non dans des groupes.
Enfin, sur l’emploi plus que sur toute autre question, le travail entre militantes des groupes femmes et militantes syndicales est décisif. Les groupes femmes, s’ils regroupent des travailleuses du tertiaire, ont bien du mal à s’adresser à toutes les femmes, notamment aux ouvrières.
Or, une rencontre axée sur l’emploi doit aborder très concrètement la situation des femmes dans chaque secteur, en prise sur leur réalité quotidienne, qu’elles travaillent dans le textile ou la Fonction publique. Ainsi, la décision des groupes femmes de la région parisienne d’organiser une assemblée générale de débat, avec l’ensemble des associations de femmes et les militantes d’organisations syndicales et politiques pour préparer la rencontre, répond à la nécessité de réaliser, dès maintenant, l’unité la plus large pour démultiplier les possibilités d’impact de cette rencontre. Une telle initiative serait à reproduire partout. Par ailleurs, une démarche vis-à-vis des syndicats et partis ouvriers s’impose pour que l’idée d’assises sur l’emploi soit débattue largement dans les syndicats. Celles-ci devraient se tenir au cours du premier trimestre 1982.
De la réussite de ces échéances dépend en partie la possibilité pour le Mouvement des femmes de retrouver un souffle nouveau et de développer des mobilisations unitaires contre le patronat. Dès maintenant, nous engager toutes nos forces dans cette bataille.
Paris, le 15 septembre 1981. Coordination des groupes femmes de quartier et d’entreprise
Bonjour,
Nous avons été nombreuses à prendre position contre la politique giscardienne, notamment à l’égard des femmes. Nombreuses, nous avons refusé l’avenir qu’il nous proposait : retour au foyer, marginalisation croissante dans le monde du travail, répression du droit à l’avortement, etc.
Ainsi, les femmes ont contribué de toutes leurs forces au retour de Giscard et de son gouvernement à la maison, à la victoire de la gauche aux élections présidentielle et législatives.
Aujourd’hui, où en sommes-nous ? Nous pensons (et nous ne sommes pas les seules) que le mouvement des femmes doit être enfin reconnu comme une force politique et sociale avec laquelle un gouvernement de gauche doit compter. Depuis dix ans (et même bien avant), les femmes se sont battues pour imposer leurs revendications ; aujourd’hui, alors qu’un espoir s’ouvre avec le départ de la droite, ce n’est, moins que jamais, le moment de baisser les bras. Ainsi, la dégradation de la situation économique, la crise qui fait rage nous rappellent que les patrons sévissent toujours. L’augmentation du nombre de chômeurs, la proportion alarmante des chômeuses (plus de 60 %) nous obligent à constater que nous, les femmes, occupons une place de choix parmi ceux qui font les frais de la crise.
La situation des femmes au travail et tout ce qui y a trait (salaires, formation, conditions de travail, promotion, maternité, santé, etc.) nécessite des solutions d’urgence sur lesquelles toutes les forces féministes, toutes les femmes doivent réfléchir, débattre et s’unir.
La coordination des groupes femmes d’entreprise et de quartier propose la tenue d’une rencontre nationale de femmes, les 15 et 16 novembre, centrée sur la situation des femmes au travail, sur leurs problèmes, sur leurs revendications, ainsi que sur l’ensemble des questions qui touchent aux droits des femmes, comme le droit à l’avortement.
Ainsi, Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme, a fait un certain nombre de propositions, récemment, concernant l’emploi et l’avortement ; certaines nous semblent positives (par exemple le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale), d’autres insuffisantes.
En débattre, unifier nos points de vue, continuer le dialogue amorcé entre les associations féminines et féministes et Y. Roudy nous semble aussi une priorité politique.
Cette rencontre, afin qu’elle soit la plus massive et donc la plus représentative possible doit, selon nous, associer toutes les forces féministes, toutes les associations regroupant les femmes, et toutes celles qui se sont organisées dans les syndicats et les organisations politiques.
Enfin, cette rencontre doit préparer des Assises nationales pour le droit à l’emploi des femmes, avec l’ensemble des organisations syndicales et politiques qui luttent sur le terrain de l’emploi, car c’est un problème qui concerne tout le monde. Nous pensons que le débat le plus large possible doit s’ouvrir. Ces assises devraient avoir lieu au premier trimestre 1982.
La rencontre de novembre doit se tenir dans une bourse du travail. Nous comptons y inviter des délégations internationales, etc.
Pour débattre de cette rencontre, de ces objectifs, des thèmes abordés, des différentes propositions et suggestions, nous vous invitons à une réunion de débat le vendredi 2 octobre 1981 à 20 h précises au 46, rue Vaugirard, à Paris.
Nous espérons vous voir nombreuses, faites circuler cette invitation autour de vous...
Coordination des groupes femmes de quartier et entreprise.
NB : Nous nous sommes constituées en 1975, dans les quartiers et les entreprises, autour des luttes sur le viol, l’avortement, l’emploi, le 8 Mars. (Dont le MLAC).