Dans les derniers Cahiers du féminisme ’, la levée de l’interdiction du travail de nuit pour les femmes est considérée comme un recul. Je ne partage pas ce point de vue. Pour moi, au contraire, c’est un progrès qui va dans le sens d’une plus grande égalité des hommes et des femmes. Et, pour cela, je citerai mon expérience personnelle.
Je travaillais, avant, à l’hôpital et principalement la nuit. Aujourd’hui, travaille dans la métallurgie et ma première réaction, quand on m’a demandé si éventuellement j’accepterais de travailler la nuit, a tout de suite été « oui ». Pourquoi ? Non parce que j’aime particulièrement le travail de nuit. Mais je préfère travailler la nuit et être mieux payée que travailler le jour dans des travaux pénibles et gagner à peine ma vie. C’est une question de choix personnel.
La question de la pénibilité est fort discutable : entre un travail harassant de jour à l’usine et le même travail de nuit avec des cadences moindre et une ambiance moins contraignante, je ne pense vraiment pas qu’on puisse déterminer une règle générale. Personnellement, sur ce plan-là, je ne saurais choisir : si on est contre le travail de nuit à cause de la pénibilité, alors il faudrait aussi abolir le salariat et l’exploitation pour des millions d’ouvriers et d’ouvrières qui détruisent leur santé et gâchent leur vie chaque jour dans les usines. Et je parle en connaissance de cause, en ayant vécu et comparé les deux expériences. C’est pourquoi je ne pense pas qu’on puisse raisonner en termes de principes (pour ou contre le travail de nuit) dans la société actuelle.
Pour juger de la question du travail de nuit pour les femmes et ne pas en rester au niveau des abstractions, il faut prendre en considération ces divers éléments (salaire, pénibilité) qui seuls permettront de faire une analyse concrète de chaque situation. Nous luttons pour le droit au travail des femmes, condition indispensable de leur indépendance économique. En ce sens, nous devons nous opposer à toute restriction de ce droit au travail qui devrait être fondamental. C’est là le seul principe que je vois.
Elisabeth Renan