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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Lettre ouverte de Georgette Vacher aux ouvrières de Calor

· Cahiers du féminisme, n° 18, décembre 1981 - janvier 1982 · p. 21 · 778 mots

CGT

Georgette Vacher a décidé de rendre publique cette lettre à la suite de la diffusion, le 14 octobre dernier, du billetin du Syndicat CGT Calor dans lequel elle était accusée de livrer une « bataille anti-CGT » et de « rendre service à l’orientation du patron ». Cette lettre de Georgette Vacher a été distribuée à la sortie de l’usine Calor.

Lettre aux travailleurs et travailleuses de Calor

Mon exclusion de l’UD est la fin d’une longue histoire « d'amour » avec la classe ouvrière.

C’est la fin d’une longue lutte avec vous d’abord et avec des milliers d’autres pour que les travailleurs de ce pays vivent autrement avec de meilleurs salaires, des conditions de vie et de travail autres que celles que vous connaissez et que j’ai connues chez Calor.

Une longue lutte pour que les travailleurs sortent de la dépendance, pour qu’ils puissent s’exprimer, vivre librement et devenir responsables.

Un pouvoir totalitaire et un patronat de droit divin nous ont maintenus en tutelle durant des années, gaspillant avec des millions de chômeurs les capacités et les richesses de la classe ouvrière.

Un gâchis monstre des forces vives, d’énergies avec le mépris le plus profond pour des hommes et des femmes qu’ils prennent pour des machines et des pions.

Si j’ai lutté et pris des responsabilités dans la CGT, c’est parce que la lutte des classes est le seul moyen pour nous de nous en sortir collectivement.

C’est parce que je voulais, avec la CGT, rendre aux travailleurs un pouvoir partagé et la possibilité d’exister, de décider, d’organiser.

C’est tout cela que le 40e Congrès de la CGT avait prévu. Mais le 40e Congrès ne s’est pas appliqué. Et tous les responsables qui l’ont pris à la lettre connaissent aujourd’hui les pires difficultés dans la CGT. Certains démissionnent. D’autres sont exclus. J’en fais partie. Mais je suis loin d’être un cas exceptionnel.

Cela ne met pas en cause la nécessité d’avoir une organisation forte pour faire face aux patrons toujours là.

Pour moi, j’ai le dos au mur. Parce que, au lieu de pouvoir exister et lutter comme je le voulais avec les syndiqués et les militants, on m’a enlevé la possibilité de le faire.

La lettre aux syndiqués Calor en est la preuve.

Cette lettre faite par un syndicat qui n’en a plus que le nom est un tissu de diffamation, de mensonge, de calomnie.

Elle met dans les mains du patron Calor des camarades militantes syndicales et politiques. Bel exemple de collaboration de classes qui risque d’avoir des conséquences énormes pour vous tous et qui ne profite qu’au patron.

C’est ainsi que « les porteurs de la lutte de classes » pratiquent lorsqu’ils s’isolent et refusent la participation des syndiqués. Je ne répondrai donc pas aux diffamations qu’ils font traîner dans tout le département.

C’est vous qui êtes les seuls juges de mon activité et il me suffit, pour avoir la conscience tranquille, de savoir que vous savez bien qui aujourd’hui prend en compte vos revendications dans l’entreprise : X ou les camarades que deux ou trois dictateurs ont tellement écœurées et méprisées qu’ils les ont forcées à démissionner collectivement.

C’est un conflit grave. Et la solution dépend de vous, car il s’agit de faire revivre le syndicat. Un syndicat majeur, et non un syndicat à la botte de deux ou trois permanents. Voilà. Je ne peux, pour ma part, aller plus loin tellement ils m’ont détruite. Et comme je tiens à ma liberté plus que tout, je ne leur laisserai pas ma liberté entre les mains.

Comme je ne peux plus lutter, puisqu’ils m’enlèvent la possibilité de le faire par leurs magouilles et leurs calomnies, je vais donc jusqu’au bout de mes responsabilités. C’est-à-dire qu’en tant que responsable départementale de la CGT, jusqu’au congrès, qui a lieu ces 21, 22 et 23 octobre, je mets un point final à ce conflit.

Cette décision, qui, pour moi, est la dernière action libre, ils en portent toute la responsabilité.

Il y a, c’est vrai, un changement grâce à tous ceux et toutes celles qui ont lutté pour qu’il arrive. Mais tout n’est pas terminé là. Les choses ne changeront vraiment, jusqu’au bout, que si les travailleurs ont droit à la parole et aux décisions dans leur syndicat.

Ce sera possible pour vous, si vous vous organisez nombreux et que vous imposez un congrès que, jusqu’à présent, X, Y et Z refusent.

Merci à tous pour la lutte de 1979 menée ensemble et pour votre confiance.

Ne « profitez » pas de ces difficultés pour rester isolés. Ce ne serait qu’un prétexte... Et ce n’est pas sur ce chemin que les travailleurs gagneront. Georgette Vacher

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