SI TOUTES
L’expérience du groupe sexualité et santé de Sao Paulo
Interview de Marie-José, médecin, 35 ans, militante du groupe Sexualité et Santé de l’Association des femmes de Sao Paolo, et membre de la commission santé du Parti des travailleurs.
• Peux-tu expliquer l’origine de votre travail dans la banlieue de Sao Paolo ?
J’appartiens au groupe Sexualité et Santé qui s’est formé dans le cadre de l’Association des femmes. Nous avions la préoccupation de développer un travail dans les banlieues populaires et les favelas pour étendre le mouvement féministe. Toutes les questions relatives à la santé offraient un axe privilégié pour établir un premier contact.
Il s’agissait d’abord d’apporter une information élémentaire, voire une assistance médicale concernant l’accès à la contraception. Nous avons fait une première expérience, dans le quartier industriel de la Môca, en collaboration avec l’Association des métallurgistes, qui dispose d’une maison et développe toutes sortes d’activités politiques et culturelles.
Le résultat a été mitigé, en raison de l’absence de tradition de réunions et d’activité des femmes. Nous avons commencé une série de cours d’information tous les dimanches après-midi, avec des diapositives, des commentaires de panneaux, des présentations des moyens contraceptifs : pilule, diaphragme, stérilet... A partir des questions les plus élémentaires. Beaucoup de ces femmes ne savent pas lire ce qui est écrit sur les boîtes. Le cours a commencé avec une vingtaine de participantes. Il s’est progressivement étendu à des questions telles que la santé de la femme, l’éducation, la frigidité.
Ces questions rencontrent un profond écho. A partir de là, il devient possible d’aborder autre chose : le travail féminin, le travail domestique, les manifestations de l’oppression...
• A partir de là, en quoi consiste l’expérience en cours dans le quartier industriel du Grajau ?
Dans le cadre du noyau du PT (1 ) du Grajau, une autre banlieue très populaire, des militantes ont commencé à organiser des réunions le dimanche après-midi, à partir d’un cours d’art culinaire. Il faut voir que ces réunions remplissent une fonction sociale, dans la mesure où ces femmes n’ont aucune sortie et aucun loisir, à cause du manque d’argent, du manque d’infrastructures culturelles, de la charge des enfants et de l’absence de crèches.
Ces militantes nous ont ensuite invitées, en tant que groupe Sexualité et Santé, à faire un cours. Il a eu lieu tous les dimanches après-midi, de mars à juillet 1981. Il y avait une vingtaine de participantes, pour la plupart des ménagères dont le mari est ouvrier. Il s’agit en effet d’un quartier industriel, avec beaucoup de favelas, beaucoup de travailleurs immigrés du Nord-Est, et une certaine tradition de lutte et d’organisation. Il y a un certain nombre de travailleurs qualifiés, des rues goudronnées et l’aduction d’eau. Mais la majorité du quartier est constituée de baraques, un peu mieux que les bidonvilles, mais sans eau ni électricité. Ces constructions de fortune sont souvent détruites par les bulldozers sur décision de la municipalité, et la population reconstruit inlassablement. Elle n’a de toute façon pas le choix. Il n’y a, pour plusieurs centaines de milliers d’habitants, qu’une antenne médicale et une crèche. Autant dire qu’il n’y a aucune possibilité de dialogue sérieux avec des médecins débordés.
Nous avons donc fait le cours sur le corps de la femme, la menstruation, la grossesse, l’assistance médicale, en enchaînant sur d’autres discussions : pourquoi la femme est cloîtrée à la maison, etc.
Chaque cours et chaque discussion faisaient apparaître de nouveaux problèmes, par exemple sur l’éducation des enfants. On utilisait le même matériel audio-visuel qu’à la Môca. Beaucoup voulaient discuter de la sexualité, du plaisir, de leurs angoisses de grossesse : c’est une obsession permanente, et il n’est pas rare de voir de familles de dix enfants ou plus.
A la fin du cours, qui a duré environ trois mois, on a fait un petit bilan. Certaines expliquaient qu’au bout de quatre ans de mariage, elles n’avaient jamais connu d’orgasme. Grâce au cours, elles osaient discuter de ces problèmes avec les maris. Il restait pourtant très difficile de parler de l’avortement, à cause du poids de l’Eglise. Au début, presque toutes les
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE femmes étaient contre, bien qu’elles aient presque toutes avorté par les méthodes les plus traditionnelles et les plus dangereuses.
Il faut savoir qu’ici, au Brésil, 40% des décès hospitaliers de femmes d’âge actif sont dus à des avortements. Il y a sur ce sujet une culpabilisation énorme. Même dans le PT, la question reste délicate.
Il y a eu des frictions avec certains maris. L’un d’entre eux était militant du PT et ne voulait pas que sa femme vienne. Ils ont finalement passé un accord : lui a arrêté de militer au PT et elle a quitté le groupe.
Pour continuer le travail entrepris avec le groupe, qui a touché au total une quarantaine de femmes, nous avons fondé une Association des femmes du Grajau. Là aussi il y a eu un problème. Le mari de la présidente élue était un leader connu des luttes du quartier et il se sentait diminué par les responsabilités de sa femme. Il a fallu en discuter.
Nous avons fini, pour aborder tout cela, par proposer une réunion avec les maris. Une douzaine sont venus et il y a eu quatre réunions mixtes. Je m’attendais à une gêne, une timidité. Pas du tout. Il y a eu des discussions très libres, très animées, sur la contraception, la vasectomie, la masturbation. A la fin de ce cycle mixte, on a fait un nouveau bilan. Certains hommes ont expliqué que ça avait été très important parce que tout ce qu’ils croyaient savoir étaient des préjugés erronés.
Notre expérience montre que la sexualité et la santé ne sont pas des problèmes réservés à la petite bourgeoisie du centre ville et qui n’intéressent pas les femmes des banlieues. Tout dépend de la façon de les aborder.
• Quelles sont les perspectives de poursuite du travail, au-delà du cours sur la sexualité?
A la fin du cours sur la sexualité, le groupe Sexualité et Santé s’est retiré du quartier. Moi je suis restée pour poursuivre l’expérience par la mise sur pied de l’Association des femmes.
Sur la base du travail déjà fait, nous avons cherché des subventions d’institutions internationales, et nous en avons obtenu deux pour fonder la Maison des femmes du Grajau. Nous allons donc ouvrir cette maison. Elle aura un service de consultations gynécologiques (avec des groupes de réflexion et d’information). L’important, c’est que cette assistance médicale ne devienne pas une simple béquille du circuit traditionnel.
En plus de ça, nous prévoyons de fonder une coopérative pour développer les capacités des femmes, notamment une production artisanale dont le produit sera réinvesti dans l’aménagement de la maison. Nous prévoyons aussi un cours de formation professionnelle (par exemple dactylographie) et d’alphabétisation, en utilisant la collaboration bénévole d’habitants compétents du quartier.
On envisage aussi, mais ce n’est pas décidé, de faire une crèche. La plupart de ces femmes travaillent dehors, comme femmes de ménage souvent, pour 8 000 cruzeiros (environ 400 F), mais elles en dépensent déjà 3 000 (environ 1 50 F) pour les gardes d’enfants. Ou bien alors elles laissent souvent les bébés sous la garde d’un aîné de six ou sept ans. Ou encore, elles laissent des enfants tout petits enfermés seuls toute la journée. Vu la misère, il n’y a pas d’autres solutions. Il n’y a pas si longtemps, au Nord-Est, les mères enterraient leurs enfants dans le jardin jusqu’à mi-corps en leur laissant à boire et à manger à portée de la main. Il y a beaucoup d’accidents.
Avec notre projet de maison, on ne veut pas se substituer aux carences de l’Etat. Mais on veut que les femmes s’organisent pour améliorer leurs conditions de vie.
• Pour mieux comprendre les problèmes spécifiques du mouvement des femmes, peux-tu resituer votre activité par rapport à la structuration générale du mouvement à Sao Paolo et à l’existence du PT ?
Le travail a commencé, dans le cas du Grajau, par les femmes du PT. Mais le groupe d’information sur la sexualité n’a pas fonctionné en tant que groupe du PT et ne prévoit pas que la Maison des femmes soit organiquement liée au PT. Le PT peut prendre en charge les revendications. Il doit être présent et actif dans ce mouvement comme dans tout mouvement de masse (syndical, de quartier, étudiant), mais sans se subordonner les structures qui naissent.
Le mouvement féministe de Sao Paolo est compliqué. Il y a eu l’an passé la première rencontre nationale du mouvement des femmes. Mais vu le développement inégal et les distances, la participation majoritaire était largement « paoliste » (2). On y a discuté du planning (contre la politique imposée d’en haut par le gouvernement), des femmes et du travail, des objectifs de lutte, de tout... A partir de là, l’intervention s’est développée à partir des commissions de travail, si tu veux par campagnes ou fronts de travail, sans réussir à s’appuyer sur une structuration unitaire à la base de type groupes de quartier : la commission Sexualité et Santé, dont j’ai déjà parlé ; une commission contre les violences envers les femmes, etc.
Il y a eu beaucoup de discussions, mais nous n’avons pas vraiment réussi à élargir la base du mouvement, notamment dans les quartiers populaires. Une expérience comme celle du Grajau demeure une exception.
Au niveau de la structuration nationale, il existe l’Association des femmes, Brésil Mulheres et Nos Mulheres. De fait, la première regroupe plutôt des femmes du PT et des indépendantes, la seconde plutôt des femmes liées au PMDB (3). La troisième est plus apolitique et se limite exclusivement à la réflexion. C’est, bien sûr, plus compliqué.
L’Association des femmes est la seule jusqu’à présent à avoir développé un travail en direction des quartiers populaires, à l’initiative du groupe Sexualité et Santé. Mais ce n’est pas allé tout seul. Au début, beaucoup de femmes de l’Association étaient hostiles à ce travail, sous prétexte qu’il était difficile et paternaliste d’aller travailler dans les banlieues. Il est vrai qu’au Brésil les différences sociales entre les femmes de la petite bourgeoisie urbaine (enseignantes, sociologues, journalistes) et celles des quartiers populaires sont plus accusées encore qu’en Europe. Mais finalement, la majorité a appuyé notre travail, ce qui signifie concrètement un soutien financier de l’association pour la confection du matériel, les frais d’essence, etc.
Cette discussion a bien fait apparaître deux options : celle d’un travail de réflexion replié sur lui-même, celle d’une intervention réelle pour élargir le mouvement. De fait, la seule chose vraiment assumée par l’Association en tant que telle, c’est une permanence d’information sur toutes les questions juridiques ou autres, concernant les femmes.
A partir du travail effectué au Grajau, le groupe Sexualité et Santé a gagné une certaine audience. L’an dernier, on a eu une dizaine de demandes de cours pour d’autres quartiers. Cela implique une assez grosse dépense d’énergie. Il faut réfléchir sur ce qu’on est en train de faire, publier des brochures. Et puis, il ne faut jamais oublier que pour aller par les transports publics dans un quartier comme le Grajau, c’est facilement trois à quatre heures aller et retour. Pour le cours du dimanche,
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE femmes étaient contre, bien qu’elles aient presque toutes avorté par les méthodes les plus traditionnelles et les plus dangereuses.
Il faut savoir qu’ici, au Brésil, 40% des décès hospitaliers de femmes d’âge actif sont dus à des avortements. Il y a sur ce sujet une culpabilisation énorme. Même dans le PT, la question reste délicate.
Il y a eu des frictions avec certains maris. L’un d’entre eux était militant du PT et ne voulait pas que sa femme vienne. Ils ont finalement passé un accord : lui a arrêté de militer au PT et elle a quitté le groupe.
Pour continuer le travail entrepris avec le groupe, qui a touché au total une quarantaine de femmes, nous avons fondé une Association des femmes du Grajau. Là aussi il y a eu un problème. Le mari de la présidente élue était un leader connu des luttes du quartier et il se sentait diminué par les responsabilités de sa femme. Il a fallu en discuter.
Nous avons fini, pour aborder tout cela, par proposer une réunion avec les maris. Une douzaine sont venus et il y a eu quatre réunions mixtes. Je m’attendais à une gêne, une timidité. Pas du tout. Il y a eu des discussions très libres, très animées, sur la contraception, la vasectomie, la masturbation. A la fin de ce cycle mixte, on a fait un nouveau bilan. Certains hommes ont expliqué que ça avait été très important parce que tout ce qu’ils croyaient savoir étaient des préjugés erronés.
Notre expérience montre que la sexualité et la santé ne sont pas des problèmes réservés à la petite bourgeoisie du centre ville et qui n’intéressent pas les femmes des banlieues. Tout dépend de la façon de les aborder.
• Quelles sont les perspectives de poursuite du travail, au-delà du cours sur la sexualité?
A la fin du cours sur la sexualité, le groupe Sexualité et Santé s’est retiré du quartier. Moi je suis restée pour poursuivre l’expérience par la mise sur pied de l’Association des femmes.
Sur la base du travail déjà fait, nous avons cherché des subventions d’institutions internationales, et nous en avons obtenu deux pour fonder la Maison des femmes du Grajau. Nous allons donc ouvrir cette maison. Elle aura un service de consultations gynécologiques (avec des groupes de réflexion et d’information). L’important, c’est que cette assistance médicale ne devienne pas une simple béquille du circuit traditionnel.
En plus de ça, nous prévoyons de fonder une coopérative pour développer les capacités des femmes, notamment une production artisanale dont le produit sera réinvesti dans l’aménagement de la maison. Nous prévoyons aussi un cours de formation professionnelle (par exemple dactylographie) et d’alphabétisation, en utilisant la collaboration bénévole d’habitants compétents du quartier.
On envisage aussi, mais ce n’est pas décidé, de faire une crèche. La plupart de ces femmes travaillent dehors, comme femmes de ménage souvent, pour 8 000 cruzeiros (environ 400 F), mais elles en dépensent déjà 3 000 (environ 1 50 F) pour les gardes d’enfants. Ou bien alors elles laissent souvent les bébés sous la garde d’un aîné de six ou sept ans. Ou encore, elles laissent des enfants tout petits enfermés seuls toute la journée. Vu la misère, il n’y a pas d’autres solutions. Il n’y a pas si longtemps, au Nord-Est, les mères enterraient leurs enfants dans le jardin jusqu’à mi-corps en leur laissant à boire et à manger à portée de la main. Il y a beaucoup d’accidents.
Avec notre projet de maison, on ne veut pas se substituer aux carences de l’Etat. Mais on veut que les femmes s’organisent pour améliorer leurs conditions de vie.
• Pour mieux comprendre les problèmes spécifiques du mouvement des femmes, peux-tu resituer votre activité par rapport à la structuration générale du mouvement à Sao Paolo et à l’existence du PT ?
Le travail a commencé, dans le cas du Grajau, par les femmes du PT. Mais le groupe d’information sur la sexualité n’a pas fonctionné en tant que groupe du PT et ne prévoit pas que la Maison des femmes soit organiquement liée au PT. Le PT peut prendre en charge les revendications. Il doit être présent et actif dans ce mouvement comme dans tout mouvement de masse (syndical, de quartier, étudiant), mais sans se subordonner les structures qui naissent.
Le mouvement féministe de Sao Paolo est compliqué. Il y a eu l’an passé la première rencontre nationale du mouvement des femmes. Mais vu le développement inégal et les distances, la participation majoritaire était largement « paoliste » (2). On y a discuté du planning (contre la politique imposée d’en haut par le gouvernement), des femmes et du travail, des objectifs de lutte, de tout... A partir de là, l’intervention s’est développée à partir des commissions de travail, si tu veux par campagnes ou fronts de travail, sans réussir à s’appuyer sur une structuration unitaire à la base de type groupes de quartier : la commission Sexualité et Santé, dont j’ai déjà parlé ; une commission contre les violences envers les femmes, etc.
Il y a eu beaucoup de discussions, mais nous n’avons pas vraiment réussi à élargir la base du mouvement, notamment dans les quartiers populaires. Une expérience comme celle du Grajau demeure une exception.
Au niveau de la structuration nationale, il existe l’Association des femmes, Brésil Mulheres et Nos Mulheres. De fait, la première regroupe plutôt des femmes du PT et des indépendantes, la seconde plutôt des femmes liées au PMDB (3). La troisième est plus apolitique et se limite exclusivement à la réflexion. C’est, bien sûr, plus compliqué.
L’Association des femmes est la seule jusqu’à présent à avoir développé un travail en direction des quartiers populaires, à l’initiative du groupe Sexualité et Santé. Mais ce n’est pas allé tout seul. Au début, beaucoup de femmes de l’Association étaient hostiles à ce travail, sous prétexte qu’il était difficile et paternaliste d’aller travailler dans les banlieues. Il est vrai qu’au Brésil les différences sociales entre les femmes de la petite bourgeoisie urbaine (enseignantes, sociologues, journalistes) et celles des quartiers populaires sont plus accusées encore qu’en Europe. Mais finalement, la majorité a appuyé notre travail, ce qui signifie concrètement un soutien financier de l’association pour la confection du matériel, les frais d’essence, etc.
Cette discussion a bien fait apparaître deux options : celle d’un travail de réflexion replié sur lui-même, celle d’une intervention réelle pour élargir le mouvement. De fait, la seule chose vraiment assumée par l’Association en tant que telle, c’est une permanence d’information sur toutes les questions juridiques ou autres, concernant les femmes.
A partir du travail effectué au Grajau, le groupe Sexualité et Santé a gagné une certaine audience. L’an dernier, on a eu une dizaine de demandes de cours pour d’autres quartiers. Cela implique une assez grosse dépense d’énergie. Il faut réfléchir sur ce qu’on est en train de faire, publier des brochures. Et puis, il ne faut jamais oublier que pour aller par les transports publics dans un quartier comme le Grajau, c’est facilement trois à quatre heures aller et retour. Pour le cours du dimanche,
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE ça prend pratiquement toute la journée.
On a donc organisé des cours de « multiplication » pour former des formatrices. En mai dernier, on a fait un cours hebdomadaire avec une vingtaine de femmes. On a recommencé en octobre et en novembre pour pouvoir multiplier les expériences, dans la région métallurgique d’Osasco ou dans la zone populaire de la Fréguésia do O.
Notre précoccupation est de donner une vision féministe du problème, une perspective de lutte.
Tous les cours sont écrits. Actuellement on prépare un livre de recueil de ces cours pour le 8 mars.
C’est un peu une expérience pionnière qui rencontre un écho important. Je reçois tous les jours des coups de téléphone pour aller un peu partout, à Porto Alegre, à Belo Horizonte...
• Maintenant, quelle est la forme d’organisation spécifique au niveau du PT et quel peut être son rôle en tant que parti ?
Au niveau du PT, il existe une commission nationale de santé (composée de travailleurs médicaux et para-médicaux), et dont je fais partie. Elle se réunit pour traiter les problèmes de santé. On a élaboré une plateforme de santé pour le PT et un matériel à mettre à disposition des noyaux : cahiers sur l’hygiène, la maladie de Chagas (4), la déshydratation, par exemple. On reçoit en retour des contributions des noyaux abordant différents problèmes liés à la santé des travailleurs, à la sécurité dans le travail.
On prépare pour le mois de mars une rencontre nationale du PT sur la santé. Dans cette perspective, nous avons également préparé une contribution particulière sur le PT et la santé des femmes.
Il y a aussi une commission femme du PT qui fait circuler dans le parti le résultat de ses travaux pour sensibiliser sur le problème. Car, s’il y a un progrès indiscutable dans le discours des dirigeants du PT à propos des femmes, il y a encore beaucoup à faire du discours à la réalité.
Nous avons cependant réussi à organiser une rencontre des femmes du PT, avec 300 déléguées, d’où sont sorties trois commissions sur les crèches, la santé, et les femmes et le travail. La proposition de la commis� sion santé est de faire circuler dans tout le PT le matériel issu du travail que nous avons fait en tant que groupe Sexualité et Santé (aujourd’hui Sexualité et Politique). Ce groupe n’est pas une structure du PT, mais du mouvement des femmes. Mais le PT est un canal privilégié de diffusion de cette expérience.
En effet, par son caractère et son implantation dans tous les quartiers ouvriers, il offre les conditions objectives idéales pour démultiplier et amplifier notre expérience.
(1) PT : Parti des travailleurs, formé à partir de 1979 à l’initiative des militants syndicalistes combatifs. Il compte aujourd'hui environ 350 000 affilié(e)s.
(2) « Paoliste » : de Sao Paolo.
(3) PMDB : Parti du mouvement démocratique du Brésil, parti libéral bourgeois d'opposition issu du système bipartite instauré par la dictature, et dont fait toujours partie le Parti communiste.
(4) La maladie de Chagas est, semble-t-il, véhiculée par les vermines qui s’incrustent dans les éléments de bois des habitations. Elle est, à ce jour, incurable et provoque une destruction lente de l’organisme. Les malades atteints sont victimes d’accès qui les rendent temporairement inaptes au travail. C’est pourquoi les entreprises cherchent à dépister la maladie et refusent tout emploi à ses victimes. La maladie est notamment répandue au Brésil et en Argentine.