La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

SYNDICAT

La CGT : «Pour un 8 Mars audacieux»

Cahiers du féminisme, n° 19, mars - avril 1982 · p. 5-6 · 1 146 mots

Depuis au moins trois ans, la CGT a déployé autour du 8 Mars, et pour les revendications des fem -mes en général, une activité assez limitée, pour ne pas dire (comme pour le 8 Mars 1981) quasi -confidentielle. Quant aux actions unitaires, avec la CFDT en particulier, il faut remonter loin pour en trouver trace. Le dernier « accord CGT-CFDT sur les revendications des femmes salariées » date de juin 1974.

La crise du secteur féminin de la CGT — particulièrement flagrante depuis la démission du bureau confédéral de Christianne Gilles et le suicide de Georgette Vacher après son éviction du bureau de l’union départementale du Rhône (1) — fait sans aucun doute de la question des femmes un problème particulièrement épineux pour la confédération .

Il faut constater que cette année le ton a changé. Au moment où le mouvement des femmes avance des perspectives unitaires et se donne un second souffle, la CGT, avec la volonté de ne pas passer à côté des luttes de femmes (et laisser ainsi le « terrain » à la CFDT ) veut faire la preuve qu’elle se soucie effectivement des exigences des femmes. Elle déclare se battre en 1982 pour un 8 Mars exceptionnel, « formidable, massif et inventif » (dira Krasucki), première action interprofessionnelle de l’année pour la CGT.

Moment fort de son activité, le 8 Mars devrait être cette année pour la confédération autre chose que la simple célébration d’une date anniversaire.

Dès janvier, dans l’Humanité et la Vie ouvrière (hebdomadaire de la CGT, n° 1950) Jacqueline Leonard, nouvelle responsable du secteur féminin, explique que le 8 Mars doit être (n’ayant pas peur des mots) un « défi lancé au patronat ». Avec un objectif : « obtenir quatre heures payées par les patrons pour conquérir des droits nouveaux ». Elle a par ailleurs annoncé que la CGT organiserait des manifestations dans les grandes villes. Se battre pour ces quatre heures payées est positif. Mais face aux résistances patronales et pour que cette proposition soit autre chose qu’une « bonne idée », cela nécessite une bataille d’envergure. Il est évident que, pour cela, l’unité la plus grande avec les autres syndicats est possible et nécessaire.

Quelles revendications urgentes, aujourd’hui, pour les femmes ?

Le contenu revendicatif donné au 8 Mars par la CGT, à la fois très général... et très modeste, ne répond pas aux exigences essentielles des femmes aujourd’hui. « Modifier les critères de gestion, les critères de production ; changer le contenu du travail ; exiger une véritable formation professionnelle ». Tout cela est bien, mais rien ne peut justifier aujourd’hui le silence passé sur les revendications de toutes pour la réduction réelle et sans contrepartie du temps de travail, le refus de la généralisation du travail à temps partiel, l’urgence de la création d’équipements collectifs, adaptés aux besoins. Enfin, le remboursement de l’avortement par la Sécurité sociale n’est pas acquis et le 8 Mars aurait dû être l’occasion pour la CGT de réaffirmer cette revendication, ainsi que celle de la création de centres d’hortogénie dans les entreprises et les quartiers.

Quel 8 Mars dans les entreprises ?

Dans certaines entreprises (du secteur public notamment) les quatre heures payées par les patrons pourront être obtenues. Dans les autres, il faudra de toute façon se saisir aussi de cette journée pour' s’adresser aux travailleuses et aux travailleurs. Le 8 Mars doit être l’occasion de rassembler les femmes et les hommes sur leur lieu de travail, pour débattre ensemble des conditions de vie et de travail des femmes, réaffirmer nos revendications les plus urgentes ; organiser unitairement des assemblées et des débats, seul moyen pour s’adresser à l’ensemble des femmes d’une entreprise. Mais pour obtenir un réel droit au travail la mobilisation des femmes est nécessaire, le 8 Mars et au-delà ; il faudra aussi que les Etats généraux des 1 7 et 1 8 avril soient un succès. C’est de tout cela que le 8 Mars doit permettre de débattre, dans les entreprises et dans la CGT.

SYNDICAT

« Antoinette » et la Pologne

Le numéro de novembre 1981 du mensuel féminin de la CGT consacrait sa couverture et un long reportage à la Pologne... C’était un mois avant le coup d’état militaire. On pouvait y lire un article rédigé à chaud, plein d’interrogations, au moment du congrès de Solidarité à Gdansk... et en conclusion, la photo de Lech Walesa, entouré de George Séguy et Henri Krasucki (tous souriants), prise le 16 octobre 1981, jour de la rencontre d’une délégation de Solidarnosc et de militants de la CGT...

Le 21 décembre 1981, les journalistes d'Antoinette ont décidé à l’unanimité de faire l’heure de grève en solidarité avec les travailleurs polonais et de rendre publique cette position ; alors que la direction de la CGT dénonçait la grève du 2 1 comme « visant manifestement à affaiblir la CGT ».

A ce sujet, Chantal Rogerat, rédactrice en chef d'Antoinette déclarait notamment lors du comité confédéral national du 20 janvier (le CCN est l’instance supérieure de la CGT entre deux congrès): « Nous avons, nous aussi reçu des lettres à Antoinette. Je suis frappée par la similitude des réactions d’honnêteté, de courage et de conscience des militants et des lectrices qui ne partagent pas l’opinion de la direction confédérale sur la Pologne mais qui sont profondément attachées à la CGT. Cela doit interroger une organisation comme la nôtre U) ».

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Deux journées d’étude à la CGT

La nouvelle responsable du secteur féminin de la CGT, Jacqueline Leonard a également annoncé l’organisation de deux journées d’études les 25 et 26 février prochains. Les militantes de la CGT seront certainement satisfaites qu’il « se passe enfin quelque chose » pour le secteur féminin. Toutefois ces journées ne rassembleront certainement qu’un nombre restreint de militantes.

Rappelons que traditionnellement une conférence plus large se réunissait tous les quatre ans, à la CGT. La dernière date de mai 1977. Une conférence de ce type aurait certainement permis un débat plus riche, pour réactualiser la Charte revendicative, faire le bilan du travail des commissions féminines (et de leur disparition pour la plupart d’entre elles) et préparer le 41e congrès de juin.

Extrait de l'intervention de Chantai Rogerat an CCN du 20/1/82

« S’il est une conviction que j’ai pu acquérir au long de ces années passées à essayer de comprendre ce que pouvait être l’activité en direction des femmes pour mieux agir syndicalement, c’est que nous, les femmes salariées, nous sommes toujours renvoyées à un modèle masculin. Quand on dit classe ouvrière, on pense homme-ouvrier -qualifié. Les pratiques revendicatives féminines ne peuvent se calquer sur les pratiques masculines. La différence ne provient pas du fait que les travailleuses ne peuvent accéder au même degré de conscience de lutte que les hommes, mais que le capital, sa domination de classe, ne s’exerce pas de la même façon. »

Notes

  1. (1) Voir les Cahiers du féminisme n° 18
  2. (1) «Le Peuple » n° 1124, du 16 au 31 janvier 1982
  3. («Le Peuple» n° 1124 16.1.1982)

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