Dans les derniers Cahiers, nous avons publié une lettre qui défendait le droit pour les femmes de travailler la nuit. Cette position contestait celle des Cahiers qui posent le problème en d'autres termes : le travail de nuit est inacceptable pour les hommes comme pour les femmes. Dans la mesure où ce débat s ’inscrit au cœur de l'actualité avec la campagne emploi des femmes, et surtout le protocole d'accord signé entre le patronat et les syndicats qui étend la possibilité d 'un recours au travail de nuit des femmes, nous nous proposons de le poursuivre par cette contribution d 'une commission syndicale femmes travailleuses de la CFDT-Chimie de Rouen.
Faut-il abroger la loi sur l'interdiction du travail de nuit des femmes ? Qu'est-ce que cette loi ?
Il est bon de savoir que cette loi ne s'applique qu’au secteur industriel ; dans la santé, l’hôtellerie, le tourisme, etc., les femmes peuvent travailler la nuit.
L’interdiction du travail de nuit porte sur 7 heures, c’est-a-dire entre 22 h et 5 h. Toutefois, un employeur peut toujours demander une dérogation.
Pourquoi cette loi ?
Adoptée en France en 1874, cette loi est le résultat d’une lutte menée par le mouvement ouvrier, appuyée par le corps médical (...).
Les femmes étaient, à cette époque, souvent enceintes et surchargées de tâches domestiques, avec de nombreux enfants à la maison. C’est sur la base du constat de cette vie difficile, que mouvement ouvrier et médecins ont obtenu l’interdiction du travail de nuit pour les femmes et les enfants. Toutefois, et sans vouloir faire de procès d’intention à ceux qui, à cette époque, ont dû se battre, regardons d’un peu plus près. Derrière la volonté de protéger les femmes des vicissitudes du travail de nuit, n’y aurait-il pas certaines motivations, telles que :
— le danger de la promiscuité hommes/femmes dans les usines la nuit ;
— l’inconvénient pour le conjoint d’être seul au lit conjugal ;
— les enfants laissés sans surveillance ;
— les atteintes possibles à la procréation ;
— la fragilité de la femme : travail de nuit égal travail d’homme.
Ou plus simplement une opinion portée par le mouvement ouvrier défavorable au travail des femmes ?
De là à dire que cette loi avait pour but essentiel de limiter l’emploi féminin ? (...)
Doit-on, en 1981, conserver cette interdiction ? (...)
Quand on soulève cette question, trois types de positions apparaissent.
Première position : le travail de nuit est inacceptable, on se bat pour le limiter au strict nécessaire. Les travailleuses ont la chance dans nos branches d’être épargnées, c’est bien ! De plus, le patronat cherche à développer le travail posté, nous n’allons pas lui faciliter la tâche !
Deuxième position : nous sommes pour le travail des femmes et la mixité des emplois, nous ne pouvons donc accepter les mesures spécifiques, discriminatoires, qui vont à l’encontre de nos volontés (...).
Troisième position : la place des femmes est prioritairement à la maison, et surtout la nuit.
Que disons-nous au niveau de la commission « travailleuses » :
Qu’il y a toujours, pour toute mesure spécifique, l’envers de la médaille, qui, au bout du compte, est défavorable à l’intéressé :
— nous affirmons que la défense du droit au travail des femmes est une nécessité absolue, en particulier pour l’indépendance économique qu’il permet, ce qui nous semble primordial ; nous ajoutons que l’accès à l’emploi, c’est bien l’accès à tous les emplois ;
— nous sommes convaincus que, sans indépendance économique et sans mixité de l’emploi, il n’y a pas d’égalité hommes/femmes possible (...) ; en fonction de ces exigences nous serons tentés de défendre la deuxième position. Cela ne veut évidemment pas dire que nous sommes favorables au travail de nuit et que nous ne partageons pas les préoccupations des camarades défendant la première position (...);
— les travailleuses aujourd’hui ne sont pas à l’abri du travail posté, puisqu’elles travaillent souvent en 2x8. Or, chacun sait que commencer à 5 h du matin, se lever entre 3 et 4 h, est aussi déséquilibrant que de travailler la nuit. Le temps entre le lever et l’embauche n’est bien entendu pas reconnu comme travail de nuit, même chose le soir. Ajoutons que de nombreuses dérogations existent, ce qui arrange bien le patronat. Cela lui permet de se servir de la loi pour ne pas embaucher de femmes, mais pour demander des dérogations quand il a besoin de main-d’œuvre. Ce qui nous fait dire que la loi sert plus les patrons que les travailleurs, mais celles-ci en sont-elles conscientes ?
Nous serions donc favorables à ce que, même dans le cadre du travail posté, les travailleuses puissent prétendre aux mêmes emplois que les travailleurs. En sachant que nous devons continuer à nous battre pour supprimer le travail de nuit pour les hommes comme pour les femmes sauf cas très exceptionnels.