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Conférence femmes travailleuses (CFDT 1er et 2 février). Pour que «rien ne soit plus comme avant» ?

Cahiers du féminisme, n° 2, janvier 1978 · p. 6-8 · 2 858 mots

FEMINISME ET MOUVEMENT OUVRIER

WM

Conférence femmes travailleuses

Pour que « rien ne soit plus comme avant » ?

La C.F.D.T. organise les 1er et 2 février une conférence dont le thème est : « Travail féminin et pratique syndicale ». Dans le dossier de Syndicalisme Hebdo du 20-10/77, consacré à la pratique syndicale des travailleuses, la fonction de cette conférence est ainsi expliquée : « Passer du constat du vécu quotidien des travailleuses à l'analyse pour en faire un élément décisif de la lutte contre leur surexploitation, est une manière syndicale d'œuvrer pour la libération des femmes en agissant pour casser le conditionnement des hommes et des femmes ».

C'est pourquoi cette conférence « réunira les responsables de fédérations et de régions ainsi que quelques militants et militantes ayant des expériences d'action. » Les thèmes de cette conférence seront les suivants : conditions de travail, la discrimination salariale, la durée du travail, les équipements pour l'enfance, le sous-emploi, la syndicalisation et la place des femmes dans les instances syndicales.

A quelques semaines du premier tour des élections législatives, cette conférence pourrait être très importante.

Malheureusement, les conditions mêmes de sa préparation, la délimitation des thèmes retenus risquent fort d'en limiter la portée.

Un dossier de préparation prometteur

Le dossier paru dans « Syndicalisme » du 20/10/77 est centré sur « la pratique syndicale des travailleuses ». Après avoir répondu aux « quelques idées reçues » (« Leur salaire est un salaire d’appoint, elles sont plus sensibles aux arguments patronaux, elles se syndicalisent moins que les hommes »), on s'attache à mettre en évidence les obstacles spécifiques que rencontrent les femmes lorsqu'elles rentrent en lutte, exemples à l'appui : grève des femmes des Nouvelles Galeries de Thionville, grève de la CIP, des LIP. Quels sont ces obstacles ? La pression du mari — les charges familiales — l'hostilité de l'entourage — les préjugés sur les femmes — le sentiment de culpabilité qu'elles éprouvent elles-mêmes — l'image de la femme comme objet sexuel — le paternalisme ou l'hostilité sexistes des responsables syndicaux hommes, etc.

Mais les luttes de femmes, lorsqu'elles sont prolongées, sont aussi source de bouleversements enrichissants : remise en cause des rapports de subordination dans la famille, de l'organisation capitaliste du travail (parcellisation des tâches par exemple), de la hiérarchie. Elles permettent aussi en positif : une démocratie syndicale et ouvrière authentique, l'apprentissage de l'autonomie, la remise en cause des rôles masculins-féminins.

Dans la lutte, la coupure vie privée, vie sociale commence à être surmontée.

Le dernier point de l'ordre du jour de la conférence, tel qu'il est formulé du moins (syndicalisation et place des femmes dans les instances syndicales), ne retient qu'une partie de ces expériences et cela est regrettable.

Il est à noter par ailleurs que pas une seule référence n'est faite dans ce dossier aux commissions femmes syndicales. Pourtant beaucoup d'entre elles sont nées dans le prolongement de luttes longues comme dans les banques et aux .P.T.T.

Les derniers congrès C.F.D.T. ont pourtant voté la mise en place de telles commissions à tous les échelons (Congrès Santé en février 1977 -Congrès PTT en mai 77 -Congrès SGEN en février 1977...) La conférence C.F.D.T. ne devrait-elle pas tirer le bilan de ces commissions ? Pourquoi ce silence ? N'est-ce pas un aveu implicite de la volonté de les « relativiser au maximum » ?

Une conférence consacrée aux femmes travailleuses où celles-ci risquent d'être peu représentées

La C.F.D.T. insiste sur le fait que ce n'est pas parce que cette réunion sera consacrée à l'analyse de la condition des travailleuses que les délégations devront être composées de femmes. Cette réunion ne sera donc pas une réunion de travailleuses. On s'adresse à l'ensemble des res-

Les militantes dans la C. F. D. T., in CFDT-Aujourd'hui n° 13

Les militantes dans les structures fédérales

Des chiffres...

Statistique établie sur 13 fédérations.

• On recense 632 membres de la struc ture la plus large (généralement Ie Conseil fédéral) dont 64 femmes (soil 10,1 % des membres).

• Les organismes directeurs (en règle générale le Bureau fédéral) comptenl 177 membres dont 23 femmes, soil 12,9 %. Les secrétariats et commissions exécutives n'ont pas été pris en compte, dans la mesure où ils regroupent princi paiement des permanents.

• Sur les 13 fédérations recensées, toutes ont des militantes présentes au niveau du Conseil fédéral. On note par contre 4 fédérations qui n'ont aucune femme au niveau du Bureau fédéral.

• Pour l'ensemble des fédérations pro fessionnelles de la C.F.D.T. on recense

342 permanents dont 29 femmes, soil 8,5 %.

Leur interprétation

• La situation des fédérations est ex trêmement diversifiée selon les bran ches et les secteurs qu'elles recouvrent, Le pourcentage de militantes dans les organès responsables doit ainsi s'apprécier en fonction du nombre de travailleuses dans les secteurs pris en charge par les différentes fédérations. La Fédération des Cheminots n'a aucune femme à son Bureau fédéral et une seule à son conseil, mais les femmes représentent moins de 10 % des agents de la S.N.C.F. A l'inverse la Fédération Hacuitex compte un tiers de femmes à son Conseil fédéral et 5 femmes sur 13 à son Bureau

FEMINISME ET MOUVEMENT OUVRIER ponsables syndicaux pour « analyser » et élaborer. Rien à voir avec la conférence travailleuses organisée l'an passé par la C.G.T. Ce choix peut s'expliquer par la volonté de la direction confédérale de « démarginaliser » la question des travailleuses dans l'organisation syndicale. Mais s'agit-il simplement de cela ? N'est-ce pas la première fois en effet que la C.F.D.T. organise une conférence nationale de ce type ? Dans ce cas, n'aurait-il pas été judicieux de faire en sorte que le maximum de femmes, directement concernées, puissent y participer ?

Les conditions de participation (responsables fédéraux et régionaux) sont telles qu'elles excluent d'emblée la majorité des femmes militantes actives, sous-représentées dans les directions. Les chiffres fournis par « C.F.D.T. -Aujourd'hui » n°13 (mai-juin 75) et 22, suffisent à le prouver. Cf. Encart.

Comment discuter correctement de la syndicalisation des femmes et de la place des femmes dans les instances si les premières concernées ne sont pas ou peu présentes ?

Ce choix est d'autant plus surprenant qu'E. Maire lui-même déclarait dans son discours de rentrée à Strasbourg : « Nous restons une organisation masculine. Pourquoi ? Il faut analyser notre comportement collectif marqué par la division traditionnelle des tâches entre hommes et femmes... ».

Une conférence sans pouvoir

Une deuxième limite apparaît immédiatement. L'impossibilité pour cette conférence, quelles que soient ses conclusions, de peser réellement sur les choix de la confédération.

D'une part la plate-forme C.F.D.T. a été publiée en juin. C'est elle qui servira de référence pendant toute la campagne électorale. D'autre part, les amendements prévus à cette plate-forme seront discutés au conseil national de janvier et ne porteront que sur les nationalisations et la planification.

Du coup, les implications concrètes d'une telle conférence semblent devoir être fort restreintes malheureusement.

Des amendements à la plate-forme ?

Pourtant sur toutes les questions mises à l'ordre du jour et même sur quelques autres, il y aurait de quoi discuter et sur cette base faire y compris, des propositions d'amendements à la plate-forme C.F.D.T. qui, sur bien des points, est soit trop floue soit nettement insuffisante.

Ainsi dans la partie constat de trois chapitres importants de la plate-forme (salaires -revenus / emplois -droits sociaux/ santé -cadre de vie) on ne manque pas de souligner les discriminations dont sont victimes les femmes travailleuses, en particulier le sous-emploi chronique, l'insuffisance criante des équipements collectifs, etc. ; Mais les revendications inscrites sont, elles, très limitées, en retrait même sur certaines propositions antérieures de la C.F.D.T.

Revendiquer « l'égalité des rémunérations entre les hommes et les femmes pour un même travail ou de travail à valeur égale » va de soi ; expliquer comment l'on va obliger les patrons à respecter cela est déjà moins banal. Or justement rien n'est dit là-dessus dans la plate-forme. La conférence sur les travailleuses ne pourrait-elle offrir un cadre de réflexion permettant de combler ces carences ?

De la même manière, la plate-forme propose « ia suppression de toutes les discriminations légales ou de fait, liées au sexe, aux charges de famille ou à l'état de grossesse, à ia situation matrimoniale s'opposant à l'accès des femmes à tous /es emplois et fonctions, soit à /'embauche, soit dans ia vie professionnelle. » Très bien. Mais quels sont les moyens de lutte proposés pour mettre en échec ces discriminations ? Aucune réponse n'est donnée. Alors, la conférence C.F.D.T. ne pourrait-elle pas s'emparer de cette question et faire des propositions pour compléter la plate-forme ?

Non à l'exploitation des femmes

Assurer le plein emploi

La plate-forme C.F.D.T. se fixe comme objectif : « résorber le plus rapidement possible le chômage actuel, assurer le droit à un emploi socialement utile pour tous, notamment pour les jeunes, les femmes, et tes immigrés et permettre à tous de vivre et travailler au pays ».

L'objectif du plein emploi n'est pas maintenu. Cette revendication figurait pourtant depuis 1970 parmi les objectifs de la C.F.D.T. Et on pouvait encore lire fédéral, mais les travailleuses représentent plus de la moitié des effectifs des branches concernées.

Les militantes dans les structures interprofessionnelles

Des chiffres...

• Pour les Unions Départementales (statistique portant sur 28 U. D. ). On compte 888 membres pour la structure la plus large (généralement le Conseil d'U.D. ) dont 131 femmes soit 14,7 %.

Les organes exécutifs les plus restreints (le plus souvent la Commission exécutive, mais le Bureau dans certains cas) comptent 278 membres dont 35 femmes, soit 12,5 %.

• Pour les Unions Régionales (statistique portaht sur 10 Unions Régionales) : sur 365 membres des Conseils régionaux on trouve 39 femmes soit 10,6 % ; sur 86 membres des Commissions exécutives régionales on compte 6 femmes soit 7 % environ,

• Pour l'ensemble des structures interprofessionnelles de la C.F.D.T. on recense 133 permanents dont 4 femmes (3 %).

Leur interprétation...

• La situation des différentes U.D. et Régions est relativement homogène du point de vue de la place des femmes dans les structures. S'il y a des militantes dans tous les Conseils d'U.D. ou de Régions, il n'en va pas de même pour les Bureaux et les Commissions exécutives. Trois régions sur les 10 recensées ne comptent par exemple aucune femme dans leurs Commissions exécutives.

• L'effet de « sélection », contrairement aux fédérations, semble jouer assez fortement dans les structures interprofessionnelles. Au fur et à mesure que l'on s'élève dans le niveau de responsabilité des structures, le pourcentage des femmes diminue : 14,7 % pour les Conseils d'U.D., 12,5 % pour les Bureaux d'U.D., 10,6 % pour les Conseils Régionaux, 7 % pour les Commissions exécutives régionales et 3 % pour les permanents.

• Une enquête faite sur 11 syndicats départementaux du Rhône donnait 35 % de femmes dans les Conseils et 23 % dans les Bureaux. (...)

La structure familiale, obstacle au militantisme des femmes ?

• << On peut se demander si la famille telle qu'on la conçoit naturellement n'est pas un obstacle au militantisme » s'interrogeait une travailleuse lors d'une

FEMINISME ET MOUVEMENT OUVRIER dans le numéro de décembre de

C.F.D.T.-Magazine que « /’indépendance economique des femmes passe par /a possibilité d'un travail professionnel, condition essentielle pour que les femmes puissent lutter contre leur subordination, l‘ inégalité de pouvoir qu'elles subissent dans la société ».

Par ailleurs à la question : Comment résorber le sous-emploi féminin, C.F.D.T.-Magazine répondait: « En réduisant la durée du travail pour tous, femmes et hommes, en obtenant les 35 heures par semaine ». Jeannette Laot aussi dans son livre, « Une stratégie pour les femmes » avait déjà opté pour les 35 heures immédiatement. Or, dans la plate-forme C.F.D.T. la durée du travail est fixée à 40 heures, même si l'on envisage de la réduire progressivement à 35 heures. Ce qui est en jeu dans cette revendication, c'est non seulement le droit à l'emploi pour les femmes, mais aussi à plus long terme, la remise en cause de fa division sexuelle des tâches dans la société. Le dossier de C.F.D.T.-aujourd'hui se concluait d'ailleurs par cette phrase : « Les hommes n'ont-ils pas aussi le droit à avoir une vie familiale qui les implique au moins autant que les femmes dans l'éducation des enfants ? »

J. Laot, elle, expliquait dans l'interview accordée récemment au Matin : « Les femmes elles-mêmes ont-elles conscience que se battre pour leur réel droit au travail, induit une toute autre organisation du travail ? »

Les 35 heures ne suffiraient certes pas à remettre en cause la division traditionnelle des tâches entre hommes et femmes (des hommes en chômage partiel ne prennent pas automatiquement en charge les soins aux enfants, l'entretien de la famille, le ménage ). Il n'en demeure pas moins qu'une telle transformation ne peut être envisagée si la baisse massive du temps de travail n'est pas acquise. Et les 35 heures sont un premier pas dans ce sens. Cette question sera obligatoirement discutée lors de la conférence travailleuses du 1et et 2 février. Mais comment se sanctionnera cette discussion décisive ?

Des formulations douteuses et des lacunes

Mais d'autres revendications formulées dans la plate-forme mériteraient aussi d'être discutées, comme par exemple celle-ci : « Possibilité d'anticiper le départ à la retraite à taux plein pour tous les travailleurs et les travailleuses ayant accompli des travaux pénibles et insalubres et possibilité d'anticipation de deux années par enfant élevé pour les travailleuses. »

Les femmes seulement doivent-elles être concernées par l'éducation des enfants ? Autrefois la C.F.D.T. revendiquait une « bonification de deux ans pour chaque enfant élevé, quelle que soit la personne ayant la charge de l’enfant. » Pourquoi ce changement ? Par ailleurs, rien n'est dit sur les horaires variables, le travail à mi-temps. Aucune proposition n'est faite en ce qui concerne la formation professionnelle des femmes. Ces lacunes ne devraient-elles pas être comblées par les propositions issues de la conférence travailleuses ?

Des questions brûlantes escamotées

Enfin s'il faut se féliciter que figure dans la plate-forme ce qui est nouveau pour la C.F.D.T., « le remboursement de tous les frais d’hospitalisation à 100 %, y compris l'interruption volontaire de grossesse et à 80 % pour les autres », ainsi que Y exigence de la « création de centres de santé et d'orthogénie (quartiers-localités )... ».

On ne peut s'empêcher de regretter que cette question ne soit pas au programme de la conférence. En effet, au moment où chacun peut faire le constat du sabotage de la loi Veil qui provoque, de nouveau, la multiplication des avortements clandestins, une riposte nationale s'impose.

La conférence nationale ne pourrait-elle pas être l'occasion de définir avec les travailleurs et les travailleuses de la Santé les moyens de lutter contre ce sabotage ?

Dernier problème : est-ce que les questions du viol et des violences subies par les femmes, les femmes de la classe ouvrière particulièrement, feront l'objet d'un débat comme pourrait le laisser entendre la table ronde organisée sur ce sujet dans le numéro de janvier de C.F.D.T.-Magazine ?

Lors de cette conférence, les militantes et les militants ne devraient-ils pas définir toutes les revendications qu'ils, elles voudraient voir immédiatement satisfaites au cas où un gouvernement de gauche sortirait des urnes en mars 78 ? Sinon . ne risquent-elles pas, comme le dit Jeannette Laot dans son livre « d’être flouées » parce que « d’autres priorités seront avancées » ?

La C.F.D.T. se réclame du socialisme autogestionnaire et intègre dans ses exigences la lutte pour la libération de la femme. Cette conférence « femmes tra-vailleuses » préparée autrement n'aurait-elle pu servir à approfondir les implications en terme de lutte d'un tel choix.

discussion. La question mérite en effet d'être posée, toute une série de faits y invite :

• Ce sont souvent de jeunes célibataires ou des femmes sans situation familiale « classique » (divorcées, célibataires avec enfants, mariées avec des grands enfants ou sans enfant) qui ont mené les conflits les plus significatifs. Dans la fédération de la Chimie, par exemple, une enquête a indiqué que plus de 50 % des femmes militantes étaient célibataires.

• Il est fréquent de voir des jeunes militantes qui cessent de l'être du jour où elles se marient.

• Lors de la grève de Thionville des garçons ont dit à leurs fiancées en grève : « Il faut choisir entre moi et la grève ». Lors du récent conflit des P.T.T. une militante des chèques postaux remarquait : « Les femmes se révèlent face à leur mari pendant un conflit ; si les gens poussent très loin leurs contradictions on voit que leur couple ne repose pas sur grand chose. »

On peut d'ailleurs se demander à l'inverse si la possibilité de militantisme des hommes ne se fonde pas en partie sur le non-militantisme des femmes. Combien de permanents ou de responsables ont par exemple des femmes qui militent activement lorsqu'elles travaillent ? (...)

A l'intérieur même des structures syndicales on retrouve aussi le rôle traditionnellement secondaire de la femme. 'Les femmes dans les structures ce sont avant tout les secrétaires dont une petite partie seulement ont le statut de permanentes. (...)

une nouvelle affiche confédérale

Une nouvelle affiche confédérale : Droit à l'emploi pour les femmes

Notes

  1. Le premier janvier 78 Claire Bataille.

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