La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Présentation du dossier

Dossier : Emploi

Cahiers du féminisme, n° 2, janvier 1978 · p. 9-10 · 742 mots

Les travailleuses ont largement occupé la scène des luttes toutes ces dernières années : luttes contre les licenciements, les fermetures d'usine, luttes contre les conditions de travail, pour les augmentations de salaires... Plus nombreuses qu'aupara-vant, elles se syndiquent, engagent l'action sur des revendications que le mouvement ouvrier a longtemps relativisé pour ne pas dire nié. Ainsi, autant que les luttes dites « économiques », les luttes menées sur l'avortement, la contraception, le sexisme, etc. ont pesé sur la prise de conscience des femmes quant à la situation qui leur est faite... De tout cela, les organisations ouvrières tant syndicales que politiaues — ont partiellement rendu compte. Le « féminisme » n'est plus l'épouvantail que l'on montrait du doigt aux femmes de la classe ouvrière, le miroir aux alouettes planté là par la bourgeoisie pour mieux détourner du combat de classe. Aujourd'hui, l'idée d'une communauté d'intérêts tend à s'imposer. Non pas que les femmes, indépendamment de leur appartenance de classe, se retrouvent toutes dans la même situation, à tous les niveaux, mais bien plutôt parce que, au travers des luttes, l'étanche séparation entre le domaine du privé et du public est remise en cause... et remise en cause du même coup l'idéoligie véhiculée par la bourgeoisie ! Trop de femmes travailleuses pourtant taisent encore au sein de la famille les problèmes qu'elles rencontrent au travail. D'une enquête relatée dans le livre « travail féminin et minorisation » (éditions « contradictions »), il ressort que si la majorité des femmes parlent effectivement de leur travail chez elles, nombre encore n'en parlent que peu, voire jamais. Les motifs allégués dans ces deux derniers cas tiennent tous à l'attitude du mari : « lui parle de ses pigeons et moi, j'aimerais parler de mon travail, mais H ne le permet pas, » « mon mari n’admet pas ça, je paie une amende quand j'en parle », « mon mari dit qu'il faut distinguer le ménage et le travail »... Et si de tels propos sont encore possible aujourd'hui, c'est bien parce que la « place » des femmes dans le monde du travail reste contestée, l'infériorité, la dualité travail/famille demeurant leur lot. Dès lors, si nous devons souligner et resouligner tout ce qui a changé, (encart n° 1 ) nous devons aussi rappeler tout ce qui entrave encore l'exercice réel du « droit à l'emploi » des femmes. Entraves objectives bien sûr, mais aussi entraves subjectives, du fait de l'intériorisation par les femmes elles-mêmes de leur « rôle » dans la société en tant que femme-épouse-mère avant tout.

A propos du recensement de la population de 1975 (extraits d'un article de L. Thevenot publié dans Economie et statistiques de juillet-août 1977, INSEE)

(extraits d'un article de L. Thevenot publié dans Economie et statistiques de juillet-août 1977, INSEE)

« Les femmes sont responsables de près de trois quarts de la croissance de la population active entre 1968 et 1975 ; or elles ne représentaient qu'un tiers des actifs en 1968. Ce bouleversement résulte de l’élévation brutale des taux d'activité féminine : entre 25 et 29 ans, il passe de 50 % à 62, 7 % et entre 30 et 34 ans, il atteint 54,6 % contre 42,4 % sept ans plus tôt Là encore, les transformations en cours s'accélèrent. Mais /'augmentation très rapide de la main d'oeuvre feminine salariée ne procède pas uniquement de la hausse des taux d'activité : une grande partie d'entre elles étaient déjà actives dans une entreprise familiale, agricole, artisanale, ou commerciale. (...) Ce développement extrêmement net de l'activité salariée des femmes devait marquer la plupart des catégories socio-professionnelles : il est responsable des trois quarts de la croissance des employés, de 60 % de celle des personnels de service et des cadres moyens, de la moitié de celle des ouvriers — alors que les femmes ne formaient qu’un cinquième de cette catégorie en 1968 — et de près d'un tiers de celle des cadres supérieurs qui comptaient moins d'une femme sur cinq en 1968. Mais, semble-t-il, cette intense féminisation des emplois salariés ne s'est pas traduite par une véritable mixité des métiers ou professions : lorsqu'elles sont ouvrières ou employées, les femmes occupent fréquemment les postes les moins qualifiés ; nanties d'un diplôme, elles exercent moins souvent des professions libérales non salariées que leurs homologues masculins ; enfin, quant elles sont cadres moyens ou supérieurs elles remplissent plus rarement des rôles d'encadrement et plus souvent des rôles d'assistances ou d’intermédiaires ».

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