Pour qui ne disposerait que Des femmes en mouvements hebdo comme seule source d’information depuis deux mois, l’image du Mouvement des femmes en France qui s’imposerait serait simple :
— d’un côté, un mouvement puissant, unanime, qui rassemble en son sein l’ensemble des femmes désireuses de lutter pour leur libération, le MLF (déposé) ;
— de l’autre, des femmes infantiles, honteusement manipulées par les organisations mixtes, politiques ou syndicales, sujettes à des colères puériles.
C’est bien ce qui se dégage des « comptes rendus » des Etats généraux contre la misogynie organisés le 6 mars dernier à la Sorbonne par Psy. et Po. et des Etats généraux sur le travail des femmes organisés les 24 et 25 avril à l’initiative de la Coordination des groupes femmes, à l’appel du Planning familial, de l’URP CFDT, etc., et soutenus par des organisations politiques (LCR, PSU, CCA). Jugez plutôt : elles étaient « 2 000, un samedi ! le 6 mars ; 1 2 000, un lundi ! le 8 mars ». Et sur une quinzaine d’interventions rapportées dans Des femmes en mouvement hebdo à propos du 6 mars, pas une fausse note, toutes d’accord ! « Jubilation » et « enthousiasme », tels sont les termes qui reviennent le plus souvent.
A l’inverse, le compte rendu des Etats généraux sur le travail des femmes laisse un goût amer dans la bou-
FEMMES EN MOUVEMENT che. C’est « Emmanuelle de la CFDT » qui introduit. A l’entrée de la Sorbonne, des femmes s’agitent : « Dépêchez-vous, criaient-elles, (...) la L.CR est furieuse. » Pas de débat : « Seule la tribune avait ce privilège. » « Aucun débat n'a été possible, la salle étant privée de micros. » Une assemblée « récupérée » dans les grandes largeurs, « une unité acquise une fois de plus par l’incorporation des femmes par les partis et idéologies qui ont précédé leurs mouvements ».
Et combien de personnes les 24 et 25 avril ? Elles ont oublié de le dire mais de toute façon, il devait y avoir peu de monde, n’est-ce-pas ? Malheureusement pour Psy. et Po., heureusement pour le Mouvement des femmes, la réalité est tout autre. La réalité, c’est la vie et la vie est contradictoire par essence.
Revenons aux Etats généraux du 6 mars justement. Il y eut effectivement 2 000 femmes environ et, incontestablement, la tribune internationale réunie pour l’occasion fut réellement prestigieuse : Kate Millet (USA). Domitila de Chungara (Bolivie), Naoual Saadaoui (Egypte), etc. sont des combattantes remarquables qui méritent d’être saluées. Mais pourquoi les femmes de Psy. et Po. ont-elles besoin de falsifier la réalité dans leurs comptes rendus ? Pourquoi oublier par exemple qu’une femme s’indigna violemment de la revendication nouvelle de Psy. et Po. concernant l’indemnité pour le travail domestique des femmes : « Jamais, dit-elle, je ne défendrai une telle revendication sur mon entreprise... car je me suis toujours opposée à la répartition actuelle des tâches entre l’homme et la femme ; j’ai toujours refusé que le travail ménager revienne uniquement aux femmes », etc. Applaudie par certaines, elle fut conspuée par d’autres.
Comment expliquer que l’on cite les réponses d’Antoinette Fouque, sans rendre compte des interventions qui les ont provoquées ? On apprend en effet que le MLF pense que « ce n’est pas seulement le temps de travail qu’il faut exiger mais la transformation de ce travail », mais on oublie de préciser qu’une militante de la LCR, au nom des Cahiers du féminisme avait d’abord fait remarquer que la baisse massive du temps de travail pour toutes et tous ne figurait pas dans la plateforme de Psy. et Po.
Pourquoi oublier de mentionner enfin qu’Antoinette Fouque et d’autres militantes du MLF coupèrent sans égard et à plusieurs reprises la parole à leurs invitées de l’étranger parce qu’à leur goût elles parlaient trop de lutte anti-impérialiste et pas assez de lutte de femmes ?
Ce n’est pas non plus dans Des femmes en mouvements hebdo que l’on apprend que l’intervention d’Arlette Laguiller à la fin des Etats généraux de Psy. et Po. a été particulièrement ovationnée. De même, le compte rendu de Des femmes en mouvements oublie de rappeler que les Etats généraux sur le travail des femmes, ouverts par Emmanuelle au nom des groupes femmes, ont rassemblé 2 000 personnes dont 90 % de femmes et que les commissions (onze commissions) qui se sont tenues samedi après-midi et dimanche matin (pendant cinq heures environ) ont été le lieu de débats très riches où se sont confrontés des points de vue contradictoires et des expériences très diverses...
Qui a peur du débat ? Celles qui organisent un « débat » à 2 000 en ayant pris soin préalablement de quadriller la salle, en donnant le micro de préférence aux militantes du MLF qui introduisent, commentent et concluent toutes les interventions, le « guide » Antoinette Fouque se permettant de prendre le micro et de couper la parole quand cela lui chante, ou celles qui permettent l’expression de points de vue contradictoires dans le cadre de commissions où tout le monde a pu s’exprimer ?
Qui a dit un jour que « seule la vérité est révolutionnaire » ?
« Pub » Petit guide féministe
Le mouvement féministe existe en France depuis maintenant plus de douze ans. Ses luttes, ses prises de positions, ses écrits ont donné lieu à un foisonnement de groupes qui, de Lille à Nice, développent des analyses et des actions diversifiées, rassemblant des femmes venues d’horizons sociaux et politiques très diffé-ren ts.
Refusant toute structuration hiérarchique, ce mouvement qui n’a ni siège social ni présidente-directrice générale ni organe de presse central, est, pour qui ne connaît pas « quelqu’une qui en fait partie », difficile à joindre ou même à connaître.
Pour pallier cette difficulté, il s’est donné tout au long de sa brève histoire des modes de liaison souples, adaptés à ce choix politique de ne pas être une organisation.
Ce guide est l’un de ces moyens
Dans une première partie, on y trouvera les adresses des groupes de femmes qui travaillent sur les sujets les plus divers, ainsi que tous les organismes officiels ou para-officiels qui, d’une manière ou d’une autre s’adressent aux femmes. Ces adresses sont répertoriées une première fois par thèmes (santé, travail, art, etc.) et une seconde fois géographiquement. Les adresses, enfin, des centres, librairies, cafés et revues de femmes qui existent à l’étranger.
Dans une seconde partie, on trouvera rassemblées pour la première fois en France une bibliographie (plus de l 200 titres) ainsi qu’une filmographie, sur tous les sujets qui concernent la condition des femmes et le féminisme.
Ce « Guide féministe de France et d'ailleurs » est édité par la librairie Carabosses. Il sera en vente dès le mois de mai 1982 au prix de 40 F. La distribution en sera assurée par Distique
Le guide fait 224 pages.
Toutes les adresses publiées ont été vérifiées au 1er janvier 1982.
Librairie Carabosses, 58, rue de la Roquette, 75011 Paris (Tél : 700 13 06).
Notes
- C. B., présente à la Sorbonne le 6 mars et les 24 et 25 avril 1982