ANNIE FOURCAULT
Avec Femmes à l’usine on découvre au jour le jour tout un monde jusqu’alors peu connu : la condition des femmes ouvrières dans la France de l’entre-deux-guerres.
A la base du livre, les rapports de stages des élèves surintendantes (précurseurs des assistantes sociales) qui durent, pour leur formation, aller travailler à l’usine comme simples ouvrières. Témoignages souvent subjectifs et coupés de leurs contextes politiques et sociaux mais qui constituent néanmoins une documentation de première main, unique et vivante, sur la condition des ouvrières dans les ateliers.
C’est l’époque où se mettent en place, dans certaines grandes entreprises, les nouvelles méthodes d’organisation du travail. La guerre et l’introduction du taylorisme en France ont permis de découvrir subitement les vertus propres du travail féminin. Ainsi se trouvent posés tous les problèmes que nous vivons aujourd’hui avec la salarisation croissante des femmes : la garde des enfants, ia double journée de travail, le salaire égal ; avec en plus les problèmes de l’époque : pas de droit de vote, stade peu développé de la médecine et de l’hygiène. Outre cela, on découvre l’expression d’un certain féminisme comme par exemple le goût d’indépendance des jeunes ouvrières qui, au grand scandale de certaines surintendantes, délaissent leur tâches ménagères au profit des loisirs.
Un livre précieux car il décrit bien le monde ouvrier : l’exploitation forcenée et ses effets négatifs mais en même temps la camaraderie, la solidarité ouvrière, trait dominant qui ressort de tous les stages des surintendantes.
Elisabeth Renan