La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Dépénalisation totale de l’avortement

Cahiers du féminisme, n° 21, octobre 1982 · p. 13 · 657 mots

Certaines personnes soupçonnent la LCR d’avoir changé de position fondamentale sur la question de l’avortement, de renoncer à l’avortement libre et gratuit, de ne plus vouloir se battre pour obtenir la dépénalisation totale de l’avortement, son inscription au code de la santé publique. Pourquoi ce soupçon ? Parce que nous expliquons à longueur de colonnes qu’il faut obliger le gouvernement à tenir ses promesses, obtenir le remboursement de l’avortement par la Sécurité sociale, comme prévu. Nous avons montré pourquoi pour nous, loin d’être contradictoire, le succès de la bataille pour le remboursement créerait de meilleures conditions pour la levée de toutes les autres restrictions au droit à l’avortement. Mais pour éviter tout malentendu réexpliquons ici ce que nous entendons par levée de toutes les restrictions. La levée de toutes les restrictions au droit à l’avortement s’inscrit dans la lutte pour que les femmes puissent disposer librement de leur corps, droit élémentaire et fondamental. Cela suppose donc :

— que toutes les formalités et démarches préalables imposées aux femmes, qui retardent la possibilité d’avorter, soient supprimées : pas de double consultation chez le médecin ; pas de déclaration écrite — pas de pressions dissuasives etc. La femme est un être majeur et responsable. A elle de prendre la décision ;

— la suppression de la limite des délais de 10 semaines au-delà desquelles tout avortement est illégal ce qui pousse des femmes à avorter clandestinement, seules, dans les pires conditions ou les oblige à subir le chantage financier des cliniques privées qui pratiquent les avortements tardifs moyennant des tarifs exorbitants. Ce qui contraint certaines à aller en Grande-Bretagne pour se faire avorter. Là-bas l’avortement est légal jusqu’à 28 semaines même s’il n’est plus pratiqué au-delà de 20 semaines aujourd’hui ;

— pas de délai, car si les femmes pouvaient avorter librement, la très grande majorité avorterait très tôt. Pour les quelques cas tardifs dramatiques, la loi qui les interdit, ne les empêche pas ;

— nous demandons la gratuité de l’avortement et pas seulement le remboursement à 100% car les femmes qui ne travaillent pas, les mineures, des femmes immigrées dépendent alors de la Sécurité sociale de leur père, de leur époux etc. Il faut que ces femmes puissent décider d’avorter sans en référer obligatoirement à leur père, mari etc. ;

— les jeunes ne doivent pas avoir besoin de l’autorisation de leurs parents. Les mineures sont considérées comme libres d’abandonner leur enfant à la naissance, libres d’accoucher, de prendre la contraception. Elles doivent être libres d’avorter ;

— il faut supprimer l’article 317 du Code pénal qui prévoit amendes et peines de prison pour ceux qui pratiquent illégalement des avortements ; c’est en vertu de cet article que deux médecins pratiquant à Nancy dans leur cabinet des avortements précoces ou « aspirations des règles » viennent d’être inculpés ;

— les avortements doivent être pratiqués dans le cadre du service public mais pourquoi seulement à l’hôpital dans des structures lourdes où souvent l’on impose l’anesthésie etc.

Les avortements pourraient être pratiqués précocement à l’aide de la méthode par aspiration dans des centres de santé municipaux de qualité et polyvalents où seraient installés des centres d’orthogénie. Ces centres d’orthogénie de qualité doivent permettre un accueil individuel ou collectif en fonction de la demande des femmes, les femmes doivent y être informées des différentes méthodes et des différents moyens matériels actuels pour l’avortement et la contraception.

Les femmes doivent pouvoir choisir la méthode qui leur convient (Karman, anesthésie [à l’hôpital]), etc. ;

— des médecins réactionnaires chefs de service ne doivent pas pouvoir s’opposer à l’ouverture ou au fonctionnement de centres d’orthogénie en utilisant abusivement la clause de conscience. Celle-ci doit être supprimée ;

— les étrangères doivent bénéficier des mêmes droits que les Françaises sans conditions particulières de résidence, contrairement aux dispositions actuelles.

Aujourd’hui ces revendications sont les nôtres mais sont aussi défendues en premier lieu par le Planning Familial, les groupes femmes, le ML AC...

C. B.

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