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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Au printemps, à Turin : Rencontre internationale des femmes

Cahiers du féminisme, n° 22, décembre 1982 - janvier 1983 · p. 10-12 · 2 106 mots

SI TOUTES T.F.K FEMMES DU MONDE

Turin 1980 : manifestation en solidarité avec la Fiat ; de nombreuses femmes.

AUPIUNTEMPS,ATURIN

Rencontre internationale des femmes

Si la rencontre internationale de femmes qui aura lieu à Turin au printemps prochain (Mars ou Avril) n’est pas la première du genre, elle sera sans aucun doute la plus ambitieuse et la plus importante. Y participeront en effet des femmes de tous les pays capitalistes développés (Europe, U.S.A, Japon et Australie) membres non seulement des groupes femmes mais aussi de toutes sortes d’associations et de différents syndicats. Et si ce « congrès » est centré sur la question du travail des femmes et des femmes au travail, tous les aspects de la vie des femmes seront abordés : la famille, les problèmes des équipements collectifs, la culture, le féminisme, les luttes ouvrières, les syndicats. Ce vaste et passionnant programme se déroulera sur trois jours. L ’objectif est de confronter la diversité des situations, des analyses, des expériences mais aussi de déboucher sur des conclusions permettant d’agir en commun. Voilà comment les organisatrices expliquent elles-mêmes la genèse de ce projet :

« L’idée d’organiser un congrès des femmes des pays industrialisés est né du constat de la similitude des problèmes et des perspectives. L’occasion concrète de faire cette analyse et d’être sollicitées pour un congrès international nous a été donnée par la rencontre nationale qui s’est déroulée à Paris en novembre 1981 sur le thème « Les femmes et le travail »... et à laquelle plusieurs militantes de l’intercatégorielle ont participé... »

Turin 1980 : manifestation en solidarité avec la Fiat ; de nombreuses femmes

REN(X>NTRE INTERNATIONALE DE FEMMES

A juste titre elles constatent : « sans croire à un plan diabolique international contre les femmes, nous avons relevé des tendances semblables dans de nombreux pays en ce qui concerne le travail à mi-temps, les services sociaux, les secteurs de travail particulièrement féminisés, l’expulsion de la force de travail féminine dans le cadre de la crise et en relation avec les processus de restructurations et de division internationale du travail (...) »

Elles remarquent aussi que parallèlement, des mofîdications sont intervenues dans « les aspirations des femmes, leurs rapports aux enfants dans la famille, leur sexualité, les rapports personnels au travail, à la maison et au dehors. » De ce constat est né un besoin de « discussion pour comprendre ces nouvelles réalités... ». Mais la rencontre ne répondra pas seulement à ce besoin, elle devrait aussi aboutir comme elles le disent, à « des conclusions opératoires ». C’est pourquoi sont prévus des thèmes définis et c’est pour cette raison qu’elles souhaitent que les participantes arrivent avec « du matériel élaboré » et des « propositions ».

Dans le document préparatoire à la rencontre, les organisatrices mettent en évidence des tendances de fonds qui se dessinent dans tous les pays capitalistes développés et les questions que cela pose. Ainsi, sur le travail : « (...) De quelle façon l’augmentation de l’offre de travail féminin dans les dix dernières années a-t-elle été déterminée par la radicalisation et la diffusion des luttes des femmes, et par leur volonté croissante d’autonomie ? Plus de 50 % des femmes qui travaillent dans les pays européens sont mariées; ainsi la corrélation que l’on pouvait observer entre le départ des femmes du marché du travail, le mariage et la naissance des enfants, puis leur réapparition une fois les enfants élevés, tend à disparaître.

Ce changement est-il irréversible ou le développement massif du chômage va-t-il « dissuader » les femmes de se présenter sur le marché du travail (...)? »

Depuis la crise, des pressions pour que les femmes restent à la maison

En ce qui concerne « Femmes, féminisme, luttes ouvrières, syndicats » elles mettent l’accent, à partir de l’expérience italienne et en particulier de celle de Turin, sur les rapports étroits mais de nature « conflictuelle » qui lient le mouvement des femmes et les grandes luttes ouvrières, le mouvement des femmes et les syndicats.

En Italie particulièrement, il semble que le� mouvement ouvrier traditionnel soit prêt à accepter l’idée qu’« en période de crise et de chômage » il est normal que « les places de travail disponibles » soient prioritairement « attribuées aux hommes et qu’il est juste que les femmes restent à la maison pour suppléer les carences des services sociaux collectifs suite aux coupes sombres réalisées dans les dépenses publiques. »

Sur la famille, après avoir observé le développement, à côté de la famille traditionnelle « type », d’autres « modèles (femmes seules, (...) séparées avec ou sans enfants, communautés, cohabitations multiples etc.) », elles posent diverses questions parmi lesquelles : « cornent s’est modifié le rapport de dépendance économique et sociale de la femme et des enfants vis-à-vis du mari/père ?

Comment a évolué le travail ménager et le rapport de la femme à celui-ci ? Quelles sont les aspirations sociales des femmes? comment évoluent les rôles? (..) »

Quant aux services sociaux, il semble bien que dans tous les pays capitalistes développés, avec l’aggravation de la crise économique, les gouvernements ont partout choisi de « réduire les dépenses publiques. L’effet immédiat en est la réduction et le mauvais fonctionnement des services sociaux ». Dernière question en-débat : la culture. Cette question sera abordée de manière concrète à partir des tendances apparues depuis une vingtaine d’années en Europe : l’augmentation massive de la scolarisation des filles, la présence massive des femmes dans les lieux de transmission de la culture (en particulier l’école) etc.

L’ensemble de ces débats doit déboucher sur une série de propositions pour riposter à l’offensive patronale et pour aider au regroupement des femmes entre elles non seulement au niveau national mais aussi à une échelle plus vaste. Certes le nombre de femmes venant de France qui pourra participer à cette rencontre sera forcément réduit mais les conclusions de cette rencontre intéresseront toutes les féministes et en premier lieu les salariées qui se battent sur leur entreprise en tant que féministes et syndiquées. C’est pourquoi le 24 octobre dernier, au lendemain de la manifestation pour l’avortement, les groupes femmes ont proposé de mettre la conférence de Turin à l’ordre du jour de la prochaine coordination nationale qui aura lieu fin janvier à Paris.

Le succès de cette rencontre sera une victoire de tout le Mouvement des femmes. Nous participerons à cette rencontre et nous en rendrons compte dans nos colonnes. Claire Bataille

Qui sont les organisatrices de la rencontre à Turin ?

Les Collectifs de la « Casa della donna » (Maison des femmes) de Turin

Il a fallu deux ans de lutte aux collectifs féministes de la ville pour obtenir la « Casa della donna ». Cela n’a pas été sans mal puisqu’il a fallu aller jusqu’à l’occupation des locaux pour déboucher sur une négociation avec la Mairie. Aujourd’hui, c’est dans cette maison que se rencontrent presque tous les groupes de femmes de Turin. De nombreux débats s’y déroulent. Parmi les groupes qui y ont leur siège, on trouve des groupes femmes théâtre, la rédaction locale du « Quotidiano donna » (Le quotidien des femme), celle d’un bulletin de ville, des groupes de « Self-help ». C’est là aussi que sont organisés les cours de 1 50 heures payés sur la santé, la maternité, le travail, ouverts aux femmes travailleuses mais auxquels participent aussi des ménagères et des étudiantes.

L’Intercatégorielle - CISL-USIL

créée en 1974 à la suite de luttes féministes prolongées, 1’ Intercatégorielle est en quelque sorte une coordination de femmes féministes appartenant à différents syndicats. Depuis cette date, l’intercatégorielle a impulsé des luttes de femmes dans les usines et les bureaux mais aussi à l’intérieur même du syndicat. En collaboration avec des groupes femmes, l’in-tercatégorielle organise des cours de 1 50 heures. Ce sont des cours de formation légalement contrôlés par le syndicat et ouverts à des travailleurs et des travailleuses en congés payés pour étudier.

L’UDI

L’Union des Femmes Italienne (Unione Done Italiane) L’UDI est née en 1944. A l’origine, cette association réunissait les femmes membres des partis de gauches tradionnels (PC. et PS.).

Aujourd’hui l’UDI compte 200000 adhérentes et diffuse une revue hebdomadaire « Noi Donne ».

Malgré divisions et divergences, ces trois composantes du Mouvement des femmes ont souvent travaillé ensemble dans la réalité un peu

RENCONTRE INTERNATIONALE DE FEMMES spécifique de Turin. En effet cette ville présente la particularité d’être liée à une seule grande industrie, celle de l’automobile (FIAT, LANCIA, etc.).

Depuis les années soixante-dix, Turin est par ailleurs le centre des luttes ouvrières et sociales. Cette caractéristique a de manière évidente eu des répercussions sur le mouvement des femmes de cette ville.

Il y a ainsi une longue tradition de luttes sur cette ville : lutte pour les « consultori » (Centres d’information sur la contraception et la santé des femmes mais aussi lieux d’autoorganisation des femmes), lutte pour le divorce, pour l’avortement, pour l’obtention de lois favorisant l’égalité, contre le viol, pratique d’avortement illégaux avant que la loi ne soit votée etc.

Les thèmes de débat de la rencontre

La rencontre se déroulera sur trois jours. Voici l’ordre du jour provisoire de cette rencontre :

Premier jour au matin :

-présentation de la rencontre

-présentation des documents

-présentation des animatrices de chaque groupe de discussion.

Après-midi :

Analyse et confrontation des divers rapports des femmes au travail tant du point de vue des conditions objectives (la crise, les politiques gouvernementales et patronales, les nouvelles technologies, les transformations du marché du travail, le travail à mi-temps etc.) que des expériences subjectives des femmes (luttes de femmes, rapports entre production et reproduction, expérience d’autogestion, conflit entre indépendance et autonomie par le travail, etc.). Ces différents aspects seront discutés dans quatre groupes de travail complémentaire :

-travail salarié

-travail autonome et autogéré

-travail ménager

-nouvelles technologies

Deuxième jour :

Le travail des femmes entre la production et la reproduction, l’affirmation de soi.

Ce thème occupera toute la journée. Certains groupes traiteront des modifications introduites par la croissance de l’emploi féminin, dans le travail lui-même, la famille, etc. Un autre groupe étudiera les différentes expériences des femmes à l’intérieur des syndicats, des organisations politiques et plus généralement le rapport entre féminisme et politique.

Groupe de travail prévus sur cette partie :

Famille/travail

Le travail des femmes a-t-il changé les rôles à l’intérieur de la famille ? dans quelle mesure ? de quelle manière ?

Dans quelle mesure les rapports de pouvoir et de dépendance des femmes à l’intérieur de la famille ont-ils été modifiés? l’idendification des femmes à la famille est-elle ou non remise en cause, dans quelle mesure ?

Identité sexuelle et perception de soi

Comment celles-ci ont-elles changé dans le travail, la famille sous l’influence du féminisme ?

Quelles aspirations et quelles perspectives pour les femmes ?

Travail culturel et production de culture

Femmes qui travaillent dans ce domaine. Femmes et transmission de valeurs. Comment la culture dominante a-t-elle évolué ?

Féminisme et syndicats, partis politiques; féminisme et pouvoir.

Troisième jour;

Deux parties dans cette journée : dans un premier temps seront élaborées les propositions opératoires. Ainsi le matin on essayera de répondre aux questions suivantes :

-Commment combattre les discriminations sexuelles au travail ?

-Comment lutter contre les politiques patronales et gouvernementales ?

-Comment affirmer sa propre idendité sexuelle dans le travail ?

Services sociaux et équipements collectif

Modèles d’organisation et propositions. Les femmes qui travaillent dans ce secteur.

Travail santé-contraception et autres expériences d’auto-gestion de centres et d’activités. Bilan des expériences centrées sur la santé, l’avortement, les maisons de femmes etc. Volontariat des femmes et contrôle sur les services sociaux.

Femmes et information

Définition des formes possibles de coordination permanente au niveau international.

Après-midi : lecture des conclusions des groupes, conclusion des travaux.

Les modalités techniques de la rencontre

La rencontre de Turin est ouverte à des femmes membres de groupes femmes, d’associations, de syndicats. Elle aura lieu à Turin au printemps 1983 (mars ou avril). Pour l’organisation de cette rencontre, les féministes de Turin ont obtenu des subventions d’institutions locales. Cet argent servira à payer les traductions simultanées (français, anglais, italien), les frais de logement et partiellement les frais de voyage. C’est pourquoi il est demandé à toutes celles qui voudraient participer à la rencontre et qui en ont les moyens de bien vouloir payer leur voyage et leurs repas. Pour celles qui auraient des problèmes financiers et qui voudraient faire part de leur expérience particulière de lutte à la conférence, un remboursement exceptionnel est prévu. Mais il faut que les informations parviennent aux organisatrices à l’avance. Pour celles qui seraient intéressées, écrire à :

Unione culturale, via C. Battisti 4/B Turin Italie

Milan, mars 1981 ; mobilisation pour l'échelle mobile. Les femmes à l’avant-garde

Milan, mars 1981 ; mobilisation pour l'échelle mobile. Les femmes à l’avant-garde

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