U est vous qui le dites !
Annoncez-nous vos initiatives, faites-nous part de vos Bonjour, réflexions, racontez-nous ce qui se passe dans votre Notre association, loi 1901, est région ou votre lieu de travail ! née en mai 1983. Certaines d'entre nous sont abonnées aux Cahiers du féminisme. Nous sommes un groupe de femmes de différents horizons politiques ou syndicaux (PS, PC, LCR, CFDT, FEN...), conscientes, qu' au-delà de nos propres orientations politiques, nous pouvons nous retrouver sur des bases communes pour défendre nos droits de femmes.
C’est votre article sur la « mort » du féminisme (qu 'ont mis en avant des journaux de tous bords) qui nous pousse à vous écrire pour vous dire aussi : le féminisme n 'est pas mort. La preuve : la naissance de notre association FLORA.
Nous sommes donc d'accord avec vous pour affirmer que nous ne laisserons pas enterrer le mouvement des femmes. Ce qui importe, c 'est d 'arriver à se remobiliser et donc à accélérer la restructuration du mouvement.
La création de notre association avec sa plate-forme ci-après contribue à un tel objectif — Sans mobilisation, nous prenons le risque de voir nos acquis grignotés. N'a-t-il pas fallu descendre dans la rue pour arracher le remboursement des IVG ?
— Les lois (sur l'égalité professionnelle, et antisexistes), quoique insuffisantes et restrictives, ne pourront être appliquées en l'absence de luttes organisées des femmes.
— Il faut aller plus loin : étendre le droit à l'avortement, imposer notre droit au travail (à temps plein...).
— Et pour cela, notre unité, l’unité des femmes, organisées ou pas, est essentielle.
Amitiés féministes
Madame,
Depuis la mi-juin 1983 nous sommes en stage F. P. A., section « Installation sanitaire », à Besançon et ce jusqu’à la mi-janvier 1984. Nous voudrions vous faire part de nos impressions à propos de cette formation.
Ces stages ouverts aux femmes, sont d'une mixité toute relative : par exemple, à Besançon, c'est la première fois qu 'en plomberie il y a des femmes (nous sommes deux et avec nous douze stagiaires hommes avec un professeur). Dans les autres stages : électricité, peinture, maçonnerie, carrelage, menuiserie, etc., la proportion de femmes est du même ordre, c'est-à-dire, une ou deux ou pas du tout. On pourrait peut-être penser que ceci est dû au fait que des femmes ne sont pas intéressées par ce genre de formation. Mais d'autres femmes sont motivées pour ces apprentissages ; malheureusement les conditions sont décourageantes à l’information, à l’inscription et à 1 Intérieur du centre de formation.
En ce qui nous concerne, du fait de notre minorité, nous sommes en position vulnérable. La misogynie se vit tous les jours à l'intérieur de l'A.F.P.A. Les clichés traditionnels de la femme sont véhiculés couramment ce qui représente sournoisement une agression permanente à notre égard. Ces clichés tendent à nier nos identités personnelles et finissent par nous renvoyer aux oubliettes.
Les commentaires de nos collègues et du professeur sont le reflet d’une phallocratie ancestrale. Nous constatons également que le langage technique est entièrement misogyne et révélateur d'une obsession sexuelle permanente chez les hommes. De plus, l’enseignant de notre section ne fait l'effort d'aucune pédagogie. L'apprentissage ne tient pas compte du rythme de la personne : la devise est « marche ou crève ».
Pour . les femmes désirant accéder à ces différents métiers du bâtiment (ou à d'autres professions réservées aux hommes) il faudrait favoriser la création, la mise en place d'un enseignement de ces professions avec une structure différente, uniquement pour des femmes et avec des enseignantes.
Voilà donc quelques impressions à propos d’un vécu. Nous souhaitons qu'à l'avenir une autre forme d 'enseignement en stage ait lieu, et qu 'à un niveau ministériel on ne fasse pas croire aux femmes que toutes les portes leur sont ouvertes ; et que s'il y a un effort à faire ça ne soit pas uniquement aux femmes de le faire, de se trouver une fois de plus face à une misogynie qu'on prétend inexistante parce que sur un papier il n’y a plus écrit « réservé aux hommes ».
Nous pensons que vous serez sensible à cette lettre. Recevez, Madame, l’expression de notre considération.
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