Dorénavant les Cahiers du féminisme seront trimestriels : il y aura donc quatre numéros par an au lieu de cinq. Ce changement correspond à notre volonté de consacrer une partie importante de la revue à des dossiers centraux. Cette innovation amorcée dans le précédent numéro centré sur les femmes immigrées sera systématisée pour les prochains. Ainsi le numéro de ce trimestre porte essentiellement sur les femmes et le mouvement antiguerre. Le numéro suivant traitera des répercussions de la crise économique et des mutations technologiques sur la vie des femmes. D’autres dossiers sont à l'étude comme l'évolution de la famille, l'Islam et l'émancipation des femmes, l'évolution de la génétique et ses conséquences pour les femmes, etc.
Qu’on se rassure, il ne s'agit pas pour nous d'abandonner les débats liés à l’actualité politique et aux luttes mais bien de les alimenter par une réflexion plus approfondie. Le travail d’élaboration prend du temps à l'équipe de rédaction, qui fonctionne sans permanente, un effort collectif. C’est pourquoi il nous semble aujourd'hui nécessaire d'espacer les numéros.
En fait, l'évolution des Cahiers du féminisme est liée à celle de la situation politique. Nous ne sommes plus en 1977, année de lancement de notre journal. A l'époque, on se le rappelle, le mouvement des femmes et les luttes étaient plus vivaces qu’ aujourd'hui. Une multitude de revues étaient en train de voirie jour. Même les journaux féminins traditionnels cultivaient une image de marque féministe. Depuis, la crise économique, s'est aggravée. Le mouvement des femmes s'est essoufflé et a perdu de son influence sur la scène politique mais surtout, la gauche au gouvernement en décevant tous les espoirs, a semé le désarroi et l'amertume chez les travailleurs et les travailleuses.
Pourtant, nous sommes encore dans une situation charnière : si la crise pèse plus durement sur la vie quotidienne et les conditions d'emploi des femmes, la formule du temps partiel par exemple n'a pas encore pu être imposée massivement. Le remboursement de l'avortement a même été gagné en 1982, après dix ans de luttes des femmes. Et même si aujourd'hui tout est mis en œuvre pour convaincre les femmes que leur tâche est aujourd'hui de faire et d'élever de nombreux enfants, celles-là demeurent farouchement attachées à leur indépendance. Le droit à l’emploi pour toutes les femmes, le droit à disposer librement de son corps, vont inévitablement se heurter aux projets patronaux et gouvernementaux. Ils peuvent être à l'origine de plusieurs conflits dans les mois qui viennent. Dans ce contexte, et malgré les difficultés, la construction d’un mouvement autonome de femmes est toujours à l'ordre du jour. C’est dans ce cadre que les Cahiers du féminisme devront poursuivrent leur réflexion.
Mais il n'est pas question pour nous de fonctionner en vase clos. Au contraire. Le délai plus long qui séparera chaque numéro nous laissera plus de temps pour enrichir nos dossiers par un travail d’enquête. Nous souhaitons par ailleurs le débat avec l'ensemble des courants intéressés à la lutte contre l'oppression des femmes.
Ainsi, il est clair que nous ne remettons pas en cause la fonction attribuée aux Cahiers du féminisme lors de leur création en 1977 : être « un instrument militant au service des luttes des femmes, de la construction du mouvement autonome des femmes partie prenante du combat de la clase ouvrière pour le socialisme, un lieu de débats et d'échanges d'expériences, non seulement entre les militant(e)s de la LCR mais avec l’ensemble des courants et militant(e)s engagé(e)s dans la lutte contre l'oppression des femmes ».
A vous de faire vôtre cet objectif en nous écrivant, en vous abonnant et en diffusant autour de vous notre revue.