La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 27, hiver 1984 · p. 10 · 851 mots

Femmes iraniennes

Nous avons reçu cette communication du « Comité iranien provisoire pour la célébration de la Journée internationale de la femme ».

C'est en présentant nos vœux à toutes les femmes qui, de parle monde, luttent pour leurs droits légitimes, et à l'occasion de la Journée internationale de la femme, que nous voudrions attirer l’attention sur la situation de la femme iranienne, qui poursuit sa lutte héroïque sous le joug de la République islamique, en dépit des conditions les plus inhumaines:

Le régime de la République islamique, qui sévit en Iran depuis cinq ans, n 'a pu fournir aucune réponse aux revendications des femmes iraniennes ; bien au contraire, ces dernières se sont vu retirer les a vantages infimes qu'elles avaient pu acquérir après des années de lutte acharnée, sous la monarchie des Pahlavi.

La République islamique a tenté d'enfermer la femme dans la prison de la famille traditionnelle et patriarcale, en établissant la loi du talion (perte du droit à la magistrature et au témoignage, utilisation du fouet, lapidation...), en procédant à l'exécution de femmes enceintes, en privant la femme de son emploi et de la possibilité de pursuivre des études, en lui imposant une tenue réglementaire qui n'est autre que le voile islamique. Par ces mesures, la société iranienne a été privée d’une large partie de ses forces actives.

Mais, depuis l'arrivée au pouvoir du régime islamique, les femmes iraniennes ont ajouté un chapitre important à la lutte des femmes de parle monde. Elles ont résisté et continuent à le faire, sur tous les fronts, et même à l'intérieur des prisons, où elles subissent les tortures les plus sauvages et vont même jusqu 'à sacrifier leur vie.

Notre devoir de femmes engagées est de dénoncer les crimes qui ont lieu en Iran et de faire connaître les revendications des femmes iraniennes. C’est à cette fin que nous faisons appel à vous et que nous vous demandons de mettre en œuvre toutes les possibilités dont vous disposez.

Nous espérons que notre lutte portera ses fruits et que notre expérience commune permettra à toutes les femmes de mener à bien leur lutte contre l'injustice.

« Comité iranien provisoire pour la célébration de la Journée internationale de la femme. »

Paris, janvier 1984.

Marche contre le racisme

Rappelez-vous le 3 décembre, c'était la marche pour l'égalité des droits ; près de 100 000 personnes dans les rues de Paris, surtout des jeunes, des jeunes par milliers qu’on rencontre plus souvent dans les cités que dans les manifestations traditionnelles. Mais ce n'était pas une manifestation traditionnelle ; l’initiative avait été lancée par les jeunes des Minguettes. Parmi tous ces manifestants, ces filles, ces très jeunes adolescentes de la deuxième génération pour qui sortir implique mille ruses vis-à-vis des parents et qui bras dessus-bras dessous, explosaient de joie ; leurs mots d'ordre et leurs chansons rani-

I maient les cortèges les moins dynamiques.

Une manière pour elles, de dire non au racisme mais aussi, sans doute, à l'oppression quotidienne qu’elles subissent, dans le cadre familial en particulier.

Excision

Le vendredi 27 janvier 1984, la quinzième chambre correctionnelle de Paris condamnait M. Doukara à un an d'emprisonnement avec sursis. Il était poursuivi pour avoir excisé sa fille de trois mois en septembre 1980. Elle avait été sauvée de justesse à l'hôpital. La loi française actuelle est inadaptée pour qualifier de telles pratiques': mutilations ? Dans ce cas les peines encourues sont de dix à vingt ans de prison et doivent être prononcées par une cour d’assises.

Mais M. Doukara n’avait certainement pas l'intention de nuire à sa fille en l'excisant mais de se conformer à la tradition de son pays le Mali comme il l'a rappelé au cours du procès (cf. Le Monde daté des 15 et 16 janvier). Le tribunal a donc opté condamner M. Doukara pour « coups et blessures volontaires » et pourtant il s'agit bien d'une véritable mutilation.

Une loi est actuellement à l’étude au ministère des Droits des femmes et de la Justice.

Une telle loi est nécessaire : on évalue à 13 000 (cf. Sans Frontière été 1983) le nombre des mutilations sexuelles pratiquées en France actuellement (et à 84 millions dans le monde) et la législation ne peut pas cautionner de telles pratiques. Néanmoins, une telle loi ne réglera rien sur le fond surtout si aucune action sérieuse n'est engagée parallèlement contre la montée du racisme en France. Une telle loi en effet risquerait alors d'être assimilée à une atteinte à des traditions culturelles. C'est pourquoi la lutte contre les mutilations sexuelles passe par un travail d'éducation en profondeur des communautés concernées et une mobilisation des femmes elles-mêmes, en France bien sûr mais aussi dans les pays d'origine. Dans cette action les féministes occidentales doivent être solidaires mais elles ne peuvent pas se substituer à l’action des femmes africaines et arabes.

En France, le GAMS (le Groupe femmes pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles, pour tous contacts Maison des femmes 8 cité Prost 75011 Paris) rassemblent toutes celles (Africaines, Afro-Américaines, Européennes) qui veulent lutter contre ces pratiques, en France mais aussi sur le plan international.

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