Editorial
Le 17 juin prochain, on votera pour élire le Parlement européen. L’Europe est une valeur qui monte au hit-parade de la mode. La nouvelle droite y voit le refuge de l’élite indo-européenne contre les hordes du tiers monde, la nouvelle gauche, le vert paradis des libertés et des droits de l’homme, contre les totalitarismes-rouges de préférence. Tant pis pour l'Irlande du Nord, pour les victimes des Berufsverbots de RFA, pour les immigrés expulsés ou malmenés, pour les ravages de l’impérialisme français en Afrique. . . Tans pis, tant mieux pour certains si l’exaltation de l’idée européenne recouvre l'échec de sa réalité. Tant pis si ces bourgeoisies s'opposent entre partisans d’une politique industrielle commune et défenseurs d’une satellisation économique par les Etats-Unis ou le Japon, si elles sont incapables de dépasser les cadres politiques nationaux.
Pour la masse de ceux (celles) qui voteront, l'Europe a la réalité de ses 13 millions de chômeurs, et de ses plans de restructuration. Ceux qui ont frappé hier les femmes, surtout dans le textile les frappent aujourd’hui avec la reconversion du tertiaire et remodelage du temps de travail. Depuis longtemps, la France, lanterne rouge du temps partiel, est encouragée à le développer par les Commissions européennes. Déjà, « l’inquiétude démographique » fait reculer le droit des femmes à disposer de leur corps et généralise les politiques natalistes, sans parler de l'Irlande qui fait de la préservation du foetus un article de sa constitution.
En France, la préparation des élections confine à la caricature. La liste « unique » de la droite est la coalition la plus hétéroclite rencontrée depuis longtemps entre l’européaniste Veil et les hommes de Chirac , lequel a changé dix fois de position sur l’Europe, sans parler d'un Malaud, plus proche de Le Pen que de « l’avorteuse ». Le Pen lui-même nous promet une liste raciste, nationale et musclée. La gauche traditionnelle aligne une liste PS au programme embarrassé. Que pourrait-elle dire, hormis vanter les charmes des restructurations ? Le PCF rappelle qu 'il faut produire français et défendre les bons viticulteurs du Languedoc contre les mauvais viticulteurs espagnols défendus par le PCE.
On ne parlera pas des femmes, ni de leur droit à l’emploi, ni des discriminations qui les frappent. Rassurons nous tout de même : les listes sont féminisées. Quand une femme n 'est pas en tête, elle est seconde sur la liste derrière le grand homme. Parfois (liste PS), elle est presque inconnue. Qu’importe : il fallait une femme !
Notre Europe n'est pas celle là, ni celle d’une droite haineuse, ni celle de réformistes, plus prompts à exécuter les politiques patronales qu’à répondre aux aspirations de ceux qui les ont élus. Notre Europe est celle de la lutte massive pour les 35 heures (RFA), des grandes mobilisations féministes pour le 8 mars comme en Italie ; elle est celle des solutions ouvrières à la crise contre les solutions patronales, pour une transformation radicale de la société.
Notes
- Le 29 AVRIL.
- Frédérique Vinteuil.