La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Eune a aimé, l’autre pas

Des féministes écrivent

· Cahiers du féminisme, n° 28, printemps 1984 · p. 31 · 683 mots

Ce livre de 200 pages se veut un travail de « clarification et d’enrichissement » ; il est le fruit d’un stage d’une dizaine de femmes, militantes féministes, partie prenante de la maison de femmes de Paris qui s'étaient opposées à la tenue des Etats Généraux sur le travail des femmes parce

Ce livre est divisé en quatre parties ; la première porte sur un bilan du Mouvement des femmes ; cette partie est d'après nous la plus intéressante ; les rédactrices seront peut-être surprises mais nous partageons sur plusieurs points leur appréciation : oui il faut dépasser le sectarisme encore présent dans le Mouvement des femmes, oui il faut se lier aux femmes les plus exploitées, oui il faut combiner la lutte antipatriarcale et anticapitaliste, oui il faut aider à la coordination du Mouvement des femmes pour en faire une grande force collective ; mais comment faire pour remplir ces objectifs, tout le débat est là ! Malheureusement, le stage n’ayant pu apporter de réponse sur cette question nous ne pouvons aller plus loin dans le constat des accords et divergences.

Des divergences nous en avons : d'abord avec la manière dont sont décrites les militantes politiques, en particulier celles de la LCR, dans le Mouvement des femmes. Il est surprenant de constater comment des militantes féministes peuvent encore se faire peur en voulant faire croire qu’une organisation politique et ses militantes individuellement peuvent consacrer plus de dix ans de leur énergie aux activités du Mouvement des femmes, aussi minoritaire soit-il, dans un but de manipulation pure et simple. Ne serait-il pas plus rationnel de faire référence aux bases programmatiques de la LCR et à l’engagement féministe de ses militantes ?

Le féminisme en rupture avec le marxisme !

Nous ne sommes pas d’accord non plus avec leur volonté de se définir qu’ils étaient mixtes. Ces Etats Généraux avaient été l’occasion pour elles d’une « rupture » avec la coordination des Groupes femmes de la région parisienne. Depuis elles se sont constituées en Collectif de « Solidarité femmes entr' elles » l.

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et de définir le féminisme en rupture avec la théorie marxiste. Le Mouvement des femmes dans les années soixante-dix avait pris un certain soin à relire les fondateurs Marx, Engels mais aussi A. Kollontaï, Lénine, Reich etc. . . Cette relecture avait donné lieu à des débats fort riches2. C’est à cette époque que ce sont formalisées les divergences théoriques entre le féminisme radical et le féminisme « luttes de classes » dont nous nous nous réclamons. Les données du débat se sont-elles fondamentalement enrichies depuis ? nous ne le pensons pas. Et ce n’est pas la contribution de « Ruptures » qui fait avancer ce débat. Au contraire, elle ne fait que l’obscurcir en utilisant des concepts sans les définir comme celui par exemple « d’appropriation collective des Femmes par les hommes », en ne faisant aucune analyse concrète sérieuse pour tenter de spécifier la nature des rapports de domination hommes/femmes. Lorsque les rédactrices écrivent que « c’est le système partriarcal qui vertèbre tous les systèmes » (p. 115), s'inscrivant ainsi dans la tradition féministe radicale, elles ne peuvent pas expliquer le sens des attaques contre les droits des femmes. Ces attaques ne peuvent s’expliquer que par la volonté de la bourgeoisie de s’attaquer aux plus vulnérables (parce que plus opprimées) en vue de s’attaquer aux acquis de l’ensemble des travailleurs et d’augmenter ses profits. Sous une forme plus théorique cela signifie que le capitalisme utilise l’oppression patriarcale qui a existé avant lui pour renforcer sa domination de classe. Cela n'implique nullement que la lutte des femmes soit secondaire (bien au contraire) ni qu’il n’y ait pas d’oppression spécifique des femmes par tous les hommes même si tous n’en tirent pas le même profit en fonction de leur appartenance de classes. Mais cela signifie qu'il n'y a pas de transformation possible de la société sans liaison étroite entre la lutte des classes et la lutte féministe. C’est dans ce sens que nous avons écrit et encore tout récemment que le féminisme enrichit le marxisme 3.

Josette Desbois

Notes

  1. 1. 8 cité Prost. 75011 Paris.
  2. 2. Cf. «être exploitées » par un collectif Italien, aux Edi. des femmes ; «Libération des femmes, années zéro », petite collection Maspéro ; Critique Communiste N° 20/21 déc. 77/janv. 78.
  3. 3. Critique Communiste Spécial Marx, 1983.

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