Avec pour mot d’ordre le rassemblement, le gouvernement Fabius voudrait convaincre d’une idée qui n’a pas, somme toute, le mérite de la « modernité » .• celle du con -sensus national face à la crise. Décrisper... pour mieux licencier. Les travailleurs savent le prix à payer, en cette rentrée de chômage et de baisse du pouvoir d’achat.
Mais peu de commentaires sont venus s’attarder sur la situation des femmes, aggravée ces derniers mois par les attaques patronales et la politique d’austérité.
Inégalité dans le travail, inégalité dans la répartition des tâches et le travail domestique. Inégalité jusque dans le chômage : les chiffres parus cet été font con -juguer l’austérité avec le sexisme. La baisse importante du nombre de chômeurs indemnisés s’avère deux fois plus forte pour les femmes que pour les hommes. Et elles cumulent le taux de chômage le plus élevé, le montant d’allocations le plus faible, la durée de chômage la plus longue.
Le travail à temps partiel se généralise et devient pour de nombreuses femmes la seule « alternative » au chômage. Et Georgina Dufoix, qui nous a accoutumées à ses exhortations à faire des enfants, voudrait, elle aussi, « rassembler » autour de la politique de l’enfance.
Austérité oblige, il ne s’agit pas ici de construire les places de crèches promises. Pour l’ensemble des budgets sociaux, l’heure est aux restrictions : tant pis pour les centres d’IVG ; tant pis pour les crèches.
Par contre, l’important aux yeux de la ministre serait de revaloriser la famille, nombreuse de préférence (et à l’occasion, pourquoi pas, le mariage), et les arguments avancés ne sont pas si éloignés des divagations de ceux qui, à l’occasion de la conférence de Mexico, s’alarmaient de la dénatalité occidentale, au point de craindre, sexisme et racisme confondus, le « suicide de l’homme blanc ».
Est -ce un hasard si l’on a revu cet été l’un de ces procès de sinistre mémoire où un médecin se voit condamné pour avoir pratiqué un avortement hors du strict cadre légal ?
Rien d’étonnant, dès lors, à voir cette insistance de la presse à vouloir proclamer la fin du féminisme, contestation prétendue d’un autre âge, quand il s’agit d’attaquer des droits conquis de haute lutte et de faire abandonner aux femmes toute exigence d’emploi qualifié et de salaire décent.
Nous persistons à penser, quant à nous, que ce féminisme que beaucoup voudraient abattre, demeure une réalité incontournable, avec la volonté maintenue chez les femmes de disposer de leur corps et de s’insérer sur le marché du travail.
Nous ne pensons pas que les femmes se consolent de la pénurie de crèches parce que le budget militaire est, lui, florissant. Ni qu’elles acceptent de gaieté de cœur l’augmentation du coût de la vie, le chômage et le temps « choisi » par les patrons.
Mais il est vrai que leurs revendications sont peu apparues sur le devant de la scène politique, au profit de ce que d’aucuns nomment les « priorités ». C’est pourquoi, oui, elles ont tout à gagner au rassemblement. Non celui que prône le gouvernement, mais, avec tous les travailleurs, celui qui s’opposerait au chômage et à la vie chère, et leur permettrait de ne pas rester isolées, peu ou mal défendues, à subir les effets de l’austérité et de la crise.
Et s’il est un autre rassemblement, nécessaire et urgent, c’est bien celui de l’ensemble des courants féministes, qui ne peuvent perpétuer leur état actuel de dispersion.
Nécessaire pour faire entendre dans toute leur ampleur les exigences des femmes. Urgent pour que les interrogations et parfois le désarroi cèdent la place au combat féministe le plus résolu, pour la libération des femmes.