* si toutes les femmes du monde...
RENCONTRE ®®<s>
La Grande-Bretagne est l’un des premiers pays où le mouvement autonome des femmes a commencé à se structurer vers la fin des années 60. A l’origine de la prise de conscience, des étudiantes et des intellectuelles qui commencèrent à se réunir en groupes non mixtes : la grève des ouvrières de For J en 1968 pour l’obtention du salaire égal, tout autant que la constatation du fi maintien des discriminations entre hommes et femmes au sein du mouvement étudiant. Dès le
| départ, en conséquence, une sensibilité plus grande qu’ailieurs aux besoins et aux luttes des i travailleuses les plus exploitées et les plus opprimées.
En 1969 un comité d’action unitaire était mis sur pied au niveau national pour la conquête des droits égaux, organisant une manifestation la même année. Le journal Socialist Women (lié à T IMG — Groupe marxiste international, section de la IVe Internationale) contribuait à impulser dès cette époque des groupes de femmes dans diverses villes. En 1969 toujours, se tenait la première conférence du mouvement de libération des femmes : 500 femmes, 6 enfants et 40 hommes y assistaient...
A partir de là, le mouvement se développa, avec ses' hauts et ses bas, comme dans beaucoup d’autres pays. Avec ses caractéristiques aussi. La tenue annuelle de conférences de l’ensemble du mouvement, toutes tendances réunies, rassemblant assez régulièrement de 1 000 à 2 000 femmes, dans une ville chaque fois différente, dont le lieu a été décidé lors de la conférence précédente. L'existence de plusieurs campagnes simultanées portant sur un thème précis, souvent mixtes et donc ouvertes à des forces plus larges que le seul mouvement autonome. Telle la campagne pour l'avortement (NAC), la campagne pour les femmes battues, pour les femmes en détresse (« Women s Aid »), la campagne pour une Charte des travailleuses (WWC), celle pour les crèches, etc.
Autant de mouvements plus ou moins centralisés dont les structures permanentes assurent une action à relativement long terme. Leur activité, comme c'est le cas du NAC et de la WWC, est souvent clairement orientée vers le mouvement ouvrier, les actions proposées tendant à gagner le soutien des syndicats et des organisations politiques de gauche et d'extrême-gauche. Comparativement à ja France, et quelles que soient les résistances que leur ont opposé les bureaucrates, la relative rapidité avec laquelle plusieurs de ces mouvements sont parvenus à s'implanter et à étendre leur audience dans la classe ouvrière s'explique par la structuration très différente du mouvement ouvrier en Grande-Bretagne. La faiblesse du PC (qui représente une force à peine plus importante que les organisations d’extrême-gauche dans des pays comme l'Italie ou la France), la nature du Parti travailliste traversé par les tendances les plus contradictoires, où s'expriment à la fois les responsables gouvernementaux, gestionnaires des intérêts de la bourgeoisie, et des militants proches des positions révolutionnaires, la fluidité des structures du mouvement syndical, ce sont là autant d’éléments permettant de comprendre pourquoi les groupes femmes anglais ont réussi très tôt à tisser des liens étroits avec les femmes travailleuses en lutte. Et ceci contrairement à ce qui s'est passé en France où la capacité de contrôle du PC sur la classe ouvrière n'est pas une donnée secondaire pour expliquer la marginalisation du mouvement autonome des femmes jusqu'à une période récente.
Alors qu'on a rarement vu, dans la campagne du ML AC, des femmes ou des hommes délégués par leurs instances syndicales participer aux assemblées et être partie prenante de toutes les activités du mouvement, les exemples ne sont pas rares en Grande-Bretagne, de groupes qui se sont constitués dans les fédérations pour mettre en avant les objectifs de la campagne du NAC et les faire reprendre en charge par le syndicat dans son ensemble.
De même, la participation de nombre de militants et de militantes, délégués par leur branche syndicale à la Conférence de la Campagne pour la Charte des travailleuses il y a deux ans, rendait bien compte de l’interaction entre le mouvement des femmes et le mouvement ouvrier. On peut citer aussi la présence régulière et active de groupes femmes dans les piquets de grève de Grundwick, cette entreprise où la majorité des travail- le u se s sont des immigrées asiatiques entrées en lutte voici un an pour imposer la reconnaissance de leur droit à se syndiquer. Dans ce dernier cas. ce sont même des groupes du mouvement autonome des femmes qui ont eu l'initiative de l'action de solidarité qui s'est largement développée par la suite.
Autre caractéristique, le développement de courants structurés au sein du mouvement autonome lui-même (celui-ci étant compris comme la somme des groupes non-mixtes existant dans tout le pays). Si le courant des socialistes féministes est l’un des premiers à s'être constitué et à organiser ses propres conférences, on peut distinguer aujourd'hui plusieurs autres courants qui en font autant, qu’il s’agisse des lesbiennes ou des femmes qui sont influencées par les théories sur le primat de la lutte des sexes (Radicales féministes, Séparatistes, Féministes culturelles,
Courant pour le salaire ménager, etc.). Les délimitations ne sont pas strictes (beaucoup d'homosexuelles sont partie prenante à la fois des conférences des lesbiennes et des féministes socialistes, par exemple), mais les clivages essentiels se font néanmoins entre celles qui priorisent la lutte des femmes contre les hommes pris dans leur ensemble et celles qui conçoivent leur combat féministe comme un élément de la lutte des classes. Un élément décisif, certes, mais qui n'a de sens que pour autant qu'il renforce le camp des exploités dans sa volonté de changer radicalement les rapports sociaux.
C'est dans cette perspective que se situaient clairement les féministes socialistes (ou socialistes féministes) qui se sont réunies les 28 et 29 janvier derniers à Manchester. Plus de 1 000 femmes se sont retrouvées à Manchester pour la conférence du courant socialiste, ce qui est énorme en comparaison des réunions annuelles du mouvement.
C'était la première fois que ce courant se réunissait depuis !975. La dernière conférence avait été ressentie comme un échec vu l'absence de débouchés et le faible nombre de participantes, au nombre desquelles on comptait surtout des militantes d'organisations politiques d'extrême-gauche. Cette fois-ci, l'afflux de femmes dépassait de deux ou trois fois les espérances des organisatrices, ce qui dit bien l'impact des idées socialistes au se>n du mouvement autonome des femmes en Grande-Bretagne.
Que ce courant soit hétérogène, que les définitions données à propos du socialisme comme du féminisme ou du patriarcat varient grandement selon les femmes présentes, le courant politique dans lequel elles se reconnaissent ou les expériences qu elles ont faites, cela est évident.
Pour certaines participantes, le mot « féminisme socialiste » recouvrait la compréhension de la nécessité d'une lutte dans merci contre l'Etat bourgeois et l'importance de liens étroits entre le mouvement autonome des femmes et l'ensemble du mouvement ouvrier. Pour d'autres, au contraire, ce terme se limitait à la reconnaissance que l’homme n'est pas le seul oppresseur et qu’il est nécessaire d'examiner en quoi la société en tant que telle est facteur d’oppression. Mais elles mettaient surtout l'accent sur le retard de la plupart des organisations de gauche et d'extrême-gauche à s'engager dans une lutte décidée contre l'oppression, leur tendance à s'en tenir à des déclarations de principe, à intégrer certaines revendications spécifiques des femmes dans leur programme sans en tirer pour autant des conséquences pratiques dans leur intervention quotidienne.
Certaines insistaient même sur le rôle négatif de la présence des organisations d'extrême-gauche dans le mouvement autonome des femmes. « Il faut savoir jusqu'à quel point les membres de certains groupes sont féministes, pour autant qu'il leur soit possible de l'être, et plus généralement, on peut se poser des ouestions à propos de l’intervention des groupes de gauche dans le mouvement. »
Face au constat des carences du mouvement ouvrier, l'idée qu'il était nécessaire, pour les féministes, d'avancer une » alternative politique globale » fut avancée à plus d'une reprise,
Un parti de femmes ? Un programme qui, parce qu’élaboré par des féministes, serait plus révolutionnaire que celui de tout autre parti ? Personne ne semblait aller explicitement jusque-là, tant les implications d’une telle » alternative » étaient peu maîtrisées dans le débat.
Ce qui frappait néanmoins un œil « étranger » dans cette conférence : l’atmosphère de détente et la très grande ouverture aux idées d’autrui. Très peu de sectarisme dans les débats de commissions où s’exprimaient à tour de rôle des militantes de 1TMG (de loin l’organisation dont la présence était la plus forte), du PC, du SWP (ex-IS) de divers autres groupes se réclamant du trotskysme, et surtout de femmes inorganisées dont beaucoup exprimaient leur méfiance à l’égard des partis politiques dont elles avaient souvent été membres. Les divergences étaient évidentes.
Le PC, pour sa part, est opposé à la structuration d’un courant féministe socialiste, jugeant que cela ne peut que représenter un facteur de division au sein du mouvement. Une vingtaine de militantes de ce parti étaient cependant présentes à titre individuel. Le SWP, quant à lui, fait semblant d’ignorer l'existence de ce courant dans la mesure où son projet passe par la construction d'un regroupement alternatif autour de « Women’s Voice »,« • le magazine des femmes du SWP ». Ce qui n’avait pas empêché plusieurs dizaines de militantes du SWP de venir à Manchester, certaines exprimant ouvertement leurs critiques vis-à-vis de l’orientation de leur parti qu’elles jugeaient sectaire. Ce qui dominait cependant, c'était le sentiment que le courant féministe socialiste, tel qu'il s’exprime aujourd’hui en Grande-Bretagne est un phénomène nouveau et que son renforcement s’avérera décisif dans la bataille pour que le mouvement autonome adopte une orientation de lutte de classe et non de lutte de sexes.
Dans les discussions des commissions du second jour qui portaient sur des thèmes aussi divers que l’avortement, les femmes battues, la reproduction, la santé mentale, l'éducation, la situation des femmes du tiers monde, le racisme, la répression en Irlande, le 8 mars ou la campagne qui se déroule actuellement pour les élections. Ce qui frappait, c’était le sérieux du débat et la très grande volonté de déboucher sur des objectifs et des initiatives précises.
C’est ainsi que la commission tiers monde, qui portait avant tout sur la situation des femmes en Amérique latine, fusionna avec la commission du 8 mars pour mettre sur pied le projet d'un grand rallye à Londres le jour du 8 mars sur la question de la répression, approuvant par ailleurs l'idée d'une campagne internationale contre la répression qui fut présentée par une déléguée ayant participé aux réunions de coordination à Paris. Auparavant avait été discuté un texte sur la position des femmes dans le contexte social et politique de l’Amérique latine, repris d’une contribution du groupe des femmes d’Amérique latine de Paris, complété et retravaillé par des latino-américaines de Londres.
Dans la commission « Fascisme et racisme », des textes de contribution soulignaient les liens étroits existant entre racisme et sexisme, le rôle traditionnellement attribué à la femme par les courants fascisants, le poids de l'idéologie réactionnaire pour ces défenseurs inconditionnels de la famille patriarcale. Dès lors, le débat portait sur l'importance d'actions de front unique avec les organisations du mouvement ouvrier — certaines femmes émettant des doutes sur la possibilité qu'une telle unité puisse se faire sans que soient passées sous la table les revendications spécifiques des femmes. Mais plusieurs intervinrent pour montrer que le mouvement des femmes lui-même n’était pas exempt de traces de racisme et une femme de couleur dit son amertume de voir combien la surexploitation et la répression qui touche en particulier les femmes asiatiques en Grande-Bretagne, étaient peu prises en considération par le mouvement. Ce qui expliquait que ces dernières soient si peu nombreuses dans les groupes femmes, et en particulier dans cette conférence. Il fut décidé que la proposition d'une campagne active du mouvement contre les lois répressives et discriminatoires vis-à-vis des immigrés devrait faire l'objet de débat dans tous les groupes où les féministes socialistes sont présentes.
II est impossible de rapporter ici tout ce qui nous a paru passionnant et nouveau dans les débats de ces commissions.
Notons tout de même notre étonnement devant la tenue d'une commission sur « Socialist Unity », le front d'extrême-gauche qui s'est constitué à l'initiative de l'IMG et de « Big Flam » pour mener une campagne des révolutionnaires préparant les prochaines élections. C'était comme si les organisations de la liste « Pour le socialisme, le pouvoir aux travailleurs » organisaient des forums particuliers dans le cadre des initiatives du mouvement autonome français afin d'expliquer leurs objectifs ! Là encore, la structuration très particulière du mouvement ouvrier anglais explique des traditions de débat différentes de celles que . l'on connaît en France, et qui se reflètent dans le fonctionnement du mouvement des femmes. Il était surtout frappant de constater que la plupart des femmes présentes dans cette commission n'étaient pas des militantes des organisations politiques concernées, mais des participantes à la Conférence, venues là pour s'informer, ou des membres non organisées des comités « 5o-cialist Unity » racontant le travail de propagande effectué, les discussions avec des travailleuses à la porte des usines, la richesse des débats dans les petits meetings de quartiers, et tout ce que cette expérience d'intervention directe leur avait rapporté. Elles insistaient cependant sur la difficulté qu'elles avaient eu à faire reconnaître l’importance des revendications spécifiques des femmes dans leurs comités respectifs. Ce qui les avait amenées à organiser systématiquement des réunions des femmes des comités pour débattre des priorités et préparer leurs interventions afin de faire valoir leur point de vue...
La dimension internationaliste, enfin, était particulièrement frappante tout au long de ce weekend. Depuis les thèmes déjà évoqués des nombreuses commissions jusqu'au temps de parole important accordé en plenum le dernier jour à une féministe argentine, membre des Monteneros, à une combattante irlandaise et à une immigrée iranienne, tout disait la volonté des femmes présentes de dépasser un cadre de réflexion national et de s'engager dans des actions de solidarité avec leurs sœurs opprimées.
Décision fut prise d'organiser une nouvelle conférence l’année prochaine à la même époque et de tout faire pour renforcer « Scarlet Woman », le journal du courant féministe socialiste, en multipliant les contributions politiques individuelles ou de groupes, permettant de faire avancer le débat amorcé à Manchester.
« Féminisme et socialisme », un débat qui ne fait que commencer...
Notamment, comment faire pour que des campagnes contre la misère économique, sociale et sexuelle des femmes (comme la campagne des femmes battues, par exemple) ne se limitent pas à tenter de trouver des solutions immédiates mais donnent des réponses plus globales et une analyse sur les fondements des discriminations dont les femmes sont l’objet dans la société capitaliste ? Comment mener la bataille pour l’ouverture de centres de refuge pour les femmes qui en ont besoin, sans tomber dans le piège des institutions parallèles subvenant aux carences de l’ Etat et sans poser les véritables problèmes politiques ?
Comment faire par ailleurs pour ne pas se limiter à des revendications économiques, et ne pas en rester non plus aux débats internes des groupes femmes quant à l'aspect qualitatif des changements sociaux pour lesquels le mouvement se bat ?
Par exemple, « dans les campagnes pour les crèches, nous devons préciser le type de prise en charge dont les femmes et les enfants ont besoin (et ne pas nous limiter à demander plus de crèches dégueulasses !) (...). Ce que nous voulons, ce sont des crèches pour tous ceux et toutes celles qui en ont besoin, subventionnées à 100 % par l’Etat, contrôlées par les parents et les travailleurs. En dernière analyse, ce que nous voulons, c’est une collectivité ouvrière basée sur un processus démocratique entre parents et travailleurs, une prise en charge des enfants qui s’appuie sur une lutte contre le sexisme, contre le racisme, contre la société de classe, contre la hiérarchie et l’autoritarisme ».
Autre débat important pour définir le rapport existait entre socialisme et féminisme : celui qui portait sur l'utilisation de la violence. Certaines femmes mettaient à juste titre en question la façon dont le mouvement ouvrier reprend souvent à son compte des formes de violence qui sont le produit du système d’exploitation capitaliste (agressions physiques des travailleurs contre d’autres travailleurs avec lesquels ils sont en désaccord sur le plan des idées, expression du sexisme et du racisme, quotidiennement et jusque dans les luttes. dans les piquets de grève etc.). Elles n’en concluaient pas moins à la nécessité de savoir résister par la violence physique aux attaques de la bourgeoisie et des forces de l’ordre, comme aux agressions fascistes, soulignant que, pour le mouvement autonome, cela impliquerait notamment « de savoir dépasser notre aversion envers le fait de recevoir des ordres » (..).
D’autres femmes, en revanche, semblaient mettre en question l’utilisation de la violence dans son ensemble, opposant la tenue de formes d'action propagandistes (rallyes sur des places publiques, agit-prop) à l’affrontement avec les fascistes « qui pouvait, dans certains cas, apparaître comme une perte de temps ».
Malgré la volonté très générale d’éviter le repli du mouvement sur lui-même, de s'adresser aux femmes les plus exploitées et les plus isolées, de proposer des moyens d'actions leur permettant de s’intégrer à la lutte <ÿ>ntre leur oppression, les analyses mises en avant pour tenter de donner une cohérence à l’action du mouvement reflétaient souvent un haut degré d’abstraction.
Ces interrogations illustrent bien le désarroi qui traverse les rangs des groupes de femmes — y compris ceux qui se réclament du socialisme — dans tous les pays où le mouvement autonome s’est développé ces dernières années et où les résistances des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier à reconnaître l'importance de la bataille menée par le mouvement autonome n’ont d'égale que la perdurante de rapports sexistes à l’intérieur de ces organisations. A ce propos, on évoqua longuement la lutte de Gründwick.
Cette entreprise où la majorité des travailleuses sont des femmes immigrées ont, depuis un an, engagé une bataille sans merci pour faire reconnaître leurs droits à se syndiquer. Sous la pression de la solidarité qui s’est exprimée dans d'autres entreprises, dans certaines branches syndicales, et surtout dans le mouvement autonome des femmes, les directions syndicales se sont vues obligées d'apporter leur soutien aux ouvrières de Gründwick. Mais ce fut pour mieux les trahir ensuite. Alors que le conflit se prolongeait, les bureaucrates n’hésitèrent pas à donner la main aux patrons, à la police et à la presse bourgeoise dans leurs assauts contre ces ouvrières obstinées. Répression et licenciements de l’appareil syndical furent les seules réponses qu’ils apportèrent à ceux de leurs membres qui prétendaient prendre trop ouvertement fait et cause pour un conflit devenu gênant pour eux. Par ailleurs, beaucoup de femmes avaient pu constater combien les leaders syndicaux de gauche, dans les piquets de grève, avaient tendance à se mettre en avant, oubliant de donner la parole aux ouvrières aussi bien qu'aux femmes du mouvement présentes dans les piquets. Le soutien qu'ils apportaient marquait certes une rupture claire avec la politique de la bureaucratie. Mais cela n’empêchait pas les plaisanteries sexistes de fuser devant les banderolles des féministes revendiquant le droit à l’expression.
Tout cela venait renforcer les doutes de certaines femmes quant à la capacité des organisations du mouvement ouvrier à prendre en charge la lutte quotidienne qui permettra seule de mettre en question la surexploitation et l’oppression spécifique des femmes. Mais il est un autre élément qui contribue à alimenter les doutes de certaines femmes : c’est la lenteur qu’elles croient pouvoir constater dans le changement des rapports entre les individus jusque dans les organisations révolutionnaires. Même devant celles qui semblent avoir reconnu l’apport décisif du mouvement autonome des femmes. « Ce0 tains groupes de gauche paraissent prêts à apprendre et à tirer des leçons des acquis de ce mouvement » affirmaient plusieurs femmes qui notaient en particulier le rôle extrêmement positif joué par des organisations comme « Big Flame » ou comme 1TMG qui s’étaient engagées dès 1969 dans la construction du mouvement.
Mais d’une manière générale, affirment-elles, les attitudes sexistes sont loin d’avoir disparu. « De phallocrates crasse qu’ils étaient auparavant, beaucoup de militants sont devenus des phallocrates subtils » notait l’un des textes. Et de souligner le facteur de découragement que cela représente pour les militantes ou pour les femmes qui sont en accord avec la ligne politique d'ensemble de telle ou telle organisation.
Les moyens d’intervenir pour modifier cette réalité, pour que le féminisme soit réellement intégré dans le débat, dans le programme, dans tous les aspects de l’intervention des organisations révolutionnaires ? Est-ce possible, quand et comment ? C’est là que les opinions divergeaient le plus... C’est à ce type de questions que l’article (pp. 44 à 48) de John Ross, l’un de nos camarades de IT MG, apporte selon nous de premiers éléments de réponse.