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DANEM une campagne du mouvement des femmes contre le chômaae w
Du 24 au 30 octobre dernier, les féministes danoises ont mené une active campagne de propagande et d’agitation sur le thème du chômage des femmes.
Initiée par divers groupes de femmes qui tentaient, depuis plus d’un an, de coordonner les activités du mouvement autonome des femmes au Danemark, cette campagne est parvenue à rassembler autour d’un même objectif des féministes d’origine très diverse.
Elle a vu intervenir côte à côte certains groupes des « Bas rouges » — courant fortement influencé par les théories radicales féministes et qui étaient plus ou moins hégémoniques dans le mouvement jusqu’à une date récente — des groupes autonomes de femmes non liés aux « Bas rouges » qui existent dans différentes villes, des groupes de militantes actives dans leur syndicat et des travailleuses isolées qui n’avaient jamais participé à aucune action avant celle-là.
Droit au travail
Campagne marquée par le chiffre « 35 » puisque, outre la revendication de crèches gratuites avec augmentation des effectifs ouvertes aux chômeuses et aux chômeurs, et celle du droit au travail pour toutes les femmes, les mots d’ordre essentiels mis en avant étaient :
— 35 heures immédiatement sans perte de salaire et sans augmentation des cadences ;
— 35 centimes d’augmentation à l’heure avec échelle mobile des salaires ;
— 35 jours de congés fériés par an. De plus, 35 groupes de femmes s’étaient associés à cette campagne...
Il faut dire que la situation des femmes travailleuses est particulièrement grave au Danemark puisque plus de la moitié d’entre elles est au chômage. Or il s’agit de l’un des pays où la proportion de femmes dans la population active était l’une des plus élevées parmi les pays capitalistes avancés en 1972 (plus de 40 %). Elle représentaient alors plus de 50 % de la population féminine et près de 70 % d’entre elles étaient mariées. C’est dire si les mesures de licenciements massifs ont été durement ressenties par les femmes, premières touchées, comme toujours. D’autant qu’une série de mesures discrimi- natoires visant les femmes chômeuses permettent à la bourgeoisie de faire pression sur elles pour les empêcher de « prendre la place des travailleurs ». C’est notamment la loi de la « quarantaine » qui fait que si une femme refuse un travail qui lui est proposé par les offices de chômage, elle se voit privée de ses allocations de chômage durant cinq semaines. Or les femmes qui ne travaillent pas sont en général obligées de retirer leur enfant de chez la nourrice ou de la crèche où il était auparavant, n’étant plus à même de payer. Il leur est donc très souvent impossible de prendre au pied levé une proposition d’emploi tant qu’elles n’ont pas trouvé de solution pour la garde de leur enfant. Et comme dans la plupart des pays capitalistes, les crèches au Danemark sont surchargées... D’où une situation intenable dont la dénonciation était au centre de cette campagne contre le chômage des femmes.
Les syndicats solidaires de groupes femmes
C’est sans doute cette réalité scandaleuse qui a contraint les syndicats à majorité féminine à se solidariser avec les groupes femmes qui avaient pris cette initiative. Non seulement le syndicat des employés de bureau et de commerce et celui du textile ont soutenu publiquement les revendications mises en avant, mais ils ont aussi apporté un soutien financier. Il faut dire que les lettres ouvertes adressées aux directions syndicales de même que les interventions de militantes dans les assemblées des diverses branches ont été décisives pour en arriver là. Le PC a, lui aussi, répondu positivement aux demandes de soutien, à Copenhague en particulier. Tout cela s’est traduit par une couverture importante de la campagne dans les mass-media. Chaque jour, un thème différent de propagande avait été choisi par la coordination nationale de la campagne, et les féministes de chaque ville discutaient tous les jours avec les journalistes de ce problème spécifique. L’efficacité d’une telle méthode semble avoir été très grande.
La jonction avec les chômeuses
Plusieurs problèmes, cependant, se sont posés durant cette campagne. Et avant toute chose, la jonction avec les chômeuses elles-mêmes. Certes la participation des syndicats à l'action, s’avère très positive puisqu’elle a permis, outre nombre de résolutions votées par ces derniers, de mener un débat plus en profondeur sur la question des crèches, de la sexualité, du logement et de l’indépendance économique des femmes dans diverses sections. Pour la première fois depuis les années 20, une discussion a traversé les rangs syndicaux sur la relation entre vie privée et vie publique, posant le problème du rôle des femmes dans cette société. Mais tous les bilans montrent que ces discussions se sont malheureusement limitées à des débats avec les femmes organisées (sur le plan politique ou sur le plan syndical). Très peu de chômeuses en revanche sont intervenues dans la campagne. Et lorsque c’était le cas, il s’agissait presque toujours de femmes des couches moyennes, les ouvrières les plus affectées par la diminution des emplois restant pour leur part silencieuses.
Cela est dû notamment au fait que les initiatrices de la campagne voulaient faire porter l’agitation sur la question des crèches, vu l’échéance des élections municipales au mois de mars et l’occasion que cela représentait pour lancer un débat public sur ce point et mobiliser l’attention sur les revendications portant sur le problème des équipements collectifs. Mais cela eut comme désavantage de porter l’essentiel des forces sur cet aspect du débat et de faire passer au second plan l’exigence que les syndicats organisent des groupes de chômeuses. Le mouvement autonome des femmes a raté aussi l’occasion de faire la jonction avec les chômeuses. La tenue de telles réunions aurait pourtant permis de faire un pas en avant dans la lutte pour l’organisation des chômeurs en général. Un autre problème s’est donc posé : quelle issue donner à cette campagne ? La tentation existait, chez certaines femmes, de vouloir transformer des groupes qui s’étaient formés ponctuellement, engroupes permanents du mouvement, intervenant essentiellement sur la question du chômage et se coordonnant entre eux.
Une telle position représentait un double danger : d’une part, centrer à long terme toutes les activités d’une bonne partie du mouvement aux dépens d’autres thèmes qui devraient faire l’objet de débats et d’interventions parallèles ; et d’autre part, se couper des syndicats qui, pour la plupart, ont mis sur pied des commissions de chômage où les féministes devraient intervenir en priorité. Il semble que ce danger ait finalement été compris et qu’au lieu d’un mouvement à part sur la question du chômage, la solution retenue consiste à impulser des groupes travail sur des aspects spécifiques du chômage des femmes, mais se coordonnant avec tous les autres groupes du mouvement.
Une avancée pour le mouvement
En comparaison de l’éclatement antérieur de ce dernier, il semble aussi que la campagne sur le chômage ait joué un rôle décisif pour la centralisation des groupes au niveau local comme au niveau national. A partir de cette expérience réussie, le besoin ressenti par la plupart des femmes de ne pas continuer leur travail chacune dans leur coin s'est traduit depuis le mois d’octobre par la tenue régulière de coordinations des groupes, dans divers endroits et par le projet d’ouvrir un centre de femmes dans une ville comme Aahrus.
Le sentiment qu’il est impossible de mener une bataille efficace sur la question des crèches dans les régions les plus défavorisées, et qu’il s’agit de s’appuyer sur la situation existant dans certaines villes dirigées par ces conseils municipaux plus progressistes, a pesé pour beaucoup dans cette volonté de centraliser les forces du mouvement.
Le thème du chômage des femmes sera au centre des mobilisations du 8 mars 78 au Danemark. Une manifestation est prévue à Copenhague, des meetings dans la plupart des autres villes, souvent soutenus par les syndicats et les partis de gauche, et ceci à la veille de la date des élections municipales (le 7 mars) puisque nombre d’entre eux se tiendront pendant le weekend précédant la Journée internationale des femmes. « La lutte des femmes est internationale » est l’un des mots d’ordre qui a été retenu pour figurer en tête de ces mobilisations !