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II est très difficile de définir la situation du mouvement des femmes aujourd’ hui en Italie. Il est surtout difficile de parvenir à effectuer une synthèse de tous les processus , de tous les débats qui nous ont amenés à l'état actuel du mouvement. Si l’on veut comprendre la crise que vit actuellement le MLF, je crois qu’il faut remonter à la période précédant les élections législatives du 20 juin 76 *. Beaucoup d’entre nous pensaient alors que l’aspiration des masses à un gouvernement de la gauche créerait une situation favorable pour tous les mouvements, y compris pour le MLF. On pensait qu’on arriverait à se faire entendre un peu partout. Pourtant, la majorité du mouvement a refusé de s’engager dans cette bataille. Ce qui a prévalu, c’est la peur d’être instrumentalisées par les partis. Les femmes ne voyaient pas la possibilité d’utiliser les espaces ouverts par les élections (meetings, radio, télé, journaux) comme autant de tribunes de propagande pour faire valoir les acquis du mouvement.
la démission du mouvement des femmes sur la question de ravortement
C’est aussi, durant cette période, que le mouvement démissionna sur la question de l’avortement, alors même que cette bataille aurait permis de poser concrètement le problème du rapport et de la confrontation aux institutions bourgeoises. Les divisions finirent par prévaloir sur les acquis fondamentaux que nous avions en commun (avortement libre et gratuit, y compris pour les mineures, effectué dans les centres hospitaliers).
Pourquoi cet échec du mouvement dans la mobilisation ? Certes, les
La démission du mouvement des femmes sur la question de l'avortement
causes sont multiples. Après avoir délégué toute l’initiative sur l'avortement aux partis politiques, le MLF a été profondément choqué par le résultat du « vote noir » de juin 77. Cet échec a certainement pesé sur lelype de positions qui ont prévalu dans une partie du mouvement. Partant d’une considération évidente (« Vavortement est et reste une violence sur le corps de la femme »), un certain nombre de femmes refusaient de s’engager dans la bataille pour l’avortement. Elles oubliaient tout simplement la situation de milliers de femmes qui sont obligées de se soumettre à cette violence pour éviter les conséquences insupportables d’une grossesse non désirée, risquant la prison dans le cadre législatif actuel, et passant par les conditions déplorables dans lesquelles s’effectuent les avortements clandestins.
...Combiné à la crise de la gauche révolutionnaire
Tout cela allait se combiner avec la crise de la gauche révolutionnaire qui a suivi le 20 juin. Déjà avant le 20 juin, le féminisme avait eu un impact énorme au sein des organisations d’ extrême-gauche . Cette influence, qui s’était traduite par des affrontements très violents lors du congrès de Rimini de Lotta Continua en 1977, a traversé toute V extrême-gauche. Les militantes de ces organisations ont commencé à se réunir, à discuter, à constater qu’elles vivaient plus ou moins toutes le même phénomène de marginalisation dans leur organisation. La révolte contre le type de fonctionnement bureaucratique auquel elles étaient confrontées, contre la hiérarchie, tendait à se transformer en refus de toute organisation. Si cette prise de conscience des militantes féministes a contribué à déterminer la crise des organisations d’ extrême-gauche, la crise politique et organisationnelle qui s’est développée au sein de ces dernières au lendemain du 20 juin a sans aucun doute contribué en retour à accentuer la crise que connaissait le MLF. L’absence de perspectives politiques de V avant-garde se combinait avec le « refus des rôles » qui apparaissait en particulier dans le MLF. « Je ne suis pas de l’avant-garde, je suis une femme » disaient de nombreuses femmes d’ extrême-gauche dont beaucoup avaient joué un véritable rôle d’ avant-garde dans le mouvement jusque-là.
Mais en même temps, alors qu’une partie du mouvement se repliait sur lui-même , refusant d’aborder une réalité politique et sociale « trop difficile à affronter », un phénomène important apparaissait avec le développement de la radicalisation des femmes travailleuses. Dans nombre de bureaux ou d’usines, des femmes qui, jusque-là, avaient refusé le féminisme comme « phénomène petit-bourgeois », commençaient à prendre conscience de leur oppression spécifique, sous l’influence de déléguées féministes qui impulsaient l’organisation de structures particulières dans le syndicat. Les problèmes très concrets posés par ces femmes prolétaires, peuvent constituer les prémisses pour une transformation du mouvement des femmes. Mais le problème auquel on est confronté aujourd’hui, c’est précisément la coupure entre la radicalisation des travailleuses et l’impasse dans laquelle se trouvent les femmes qui ont formé la première vague du mouvement autonome. Une des grandes difficultés que connaît le mouvement italien, comparé au mouvement français, c’est son incapacité jusqu’ici à se donner ses propres moyens d’information, de débat et de centralisation.
L'absence de coordination
Durant toute une période, cette fonction fut remplie par la presse d’ extrême-gauche (Manifesto, Lotta Continua, Quotidiane dei Lavoratori) . C’étaient ces quotidiens qui publiaient les débats, les documents et les convocations aux réunions. Mais le refus partiel du mouvement de continuer à utiliser ces instruments (en même temps que la sortie de nombre de camarades de ces organisations) ne s’est pas traduit par la création de nouveaux instruments, propres au mouvement. L’impasse actuelle du MLF italien réside donc dans la contradiction entre, d’une part la croissance d’un mouvement qui est parvenu à toucher de nouvelles couches sociales, qui possède une capacité potentielle de débat et de mobilisation extrêmement grande, et d’autre part le manque de centralisation, de lieux de coordination lui permettant de prendre des initiatives crédibles. On a pu constater que toutes les initiatives prises jusqu’ici (même sur des thèmes secondaires comme la Conférence sur la folie), ont suscité une participation très large. Ce qui prouve bien l’espace existant pour des mobilisations du mouvement. Il existait des coordinations au niveau des villes, comme à Turin par exemple, jusqu’à ce que celle-ci se centre complètement sur la lutte pour les « Consultori ». Lorsque les autorités régionales ont ouvert des « consultons » publics, et vu la difficulté à organiser la lutte sur l’avortement à ce moment-là, même cette coordination a cessé de fonctionner.
Il ne s’agit donc pas seulement de se coordonner, mais de savoir pourquoi on le fqit, en vue de quoi on désire centraliser les forces, en vue de quels objectifs. A mon avis, cependant, on est en train de sortir de l’impasse et le phénomène de « refus de la politique » est en passe de s’atténuer. En effet, dans la première réaction de nombreuses camarades, souvent assez violente, il y avait une forte composante émotionnelle : elles pensaient alors qu’il était possible de « changer la vie » tout de suite. Beaucoup de couples ont éclaté, il y a beaucoup d’essais de « vivre entre femmes ». La mise en question d’un certain type de rapports fut importante, mais ces tentatives de vivre autrement finirent par se heurter à un système social qui ne laisse aucune place à l’utopie. Aujourd’hui, beaucoup comprennent que, pour « changer la vie », il ne suffît pas de se battre sur le plan individuel, mais qu’il faut se battre pour changer la vie de la collectivité tout entière, de tous les opprimés. C’est ce qui explique le nouveau tournant du mouvement vers « la politique », vers la réalité sociale, perçue non comme un élément extérieur, mais comme l'élément fondamental qui caractérise les conditions de vie des masses dans le système capitaliste.
Les dernières initiatives prises sur le thème de l’emploi (cortège des femmes dans la manifestation nationale des travailleurs du 2 décembre dernier), comme la lutte engagée pour V application de la loi sur l’égalité de traitement, constituent un symptôme significatif de ce tournant.
Notes
- DANIELA — janvier 78 (militante des GCR)