POURQUOI DES GROUPES LESBIENNES?
Nous sommes lesbiennes, Nous sommes femmes,
Nous sommes des femmes lesbiennes et nous ne nous sentons pas toujours très à l’aise dans le mouvement des femmes, pire même, nous pouvons parfois nous en sentir rejetées. Femmes, différentes d’elles et pourtant si proches, nous avons eu trop tendance pour celles d’entre nous qui y étaient, à nous fondre dans les groupes, à y parler comme les autres de l’avortement, du viol, de la sexualité, de l’emploi... sans jamais réellement parler de nous, de nous qui aimons les femmes et, n’ayant pas de désir pour un homme nous pouvons par exemple ressentir le viol de manière encore plus « dure » , nous qui au fond n’avons qu’un intérêt abstrait aux discussions sur la sexualité masculine... Non que les problèmes de plaisir, voire de pénétration ne soient pas les nôtres, mais parce que c’est différent, parce que, parce que. . . il faudrait des pages pour en parler, des pages, et des mots différents aussi.
Oui, les problèmes de toutes les femmes sont les nôtres aussi, mais ils ne nous concernent pas tous au même titre, notre vécu n’est pas celui de la majorité des femmes, et il ne faut pas le nier. Nous nous'sommes construites seules, sans image de référence, ne nous reconnaissant ni dans l’image des femmes traditionnelles, ni dans celle des hommes, et prenant des allures « d’entre deux » nous avons pu parfois, et même encore, nous faire traiter de femmes mecs.
Certaines d’entre nous ont milité pendant des années pour l’avortement et la contraception, pour les autres en sommes tout comme nous avons accepté de faire notre vécu dans les groupes au profit de celui de la majorité de celles qui y étaient ; peut-être parce que nous culpabilisons notre différence en la taisant ?
De ce silence là il est temps aujourd’hui de sortir, car nous n’en pouvons plus et notre attachement révolutionnaire est intimement lié à ce que nous sommes.
Nous sommes trois de la même organisation, trois à avoir mis un temps fou à nous rencontrer, non que nous ne nous connaissions pas, mais il a fallu du temps pour arriver à parler de ce qui nous rapprochait, ce qui nous avait fait nous reconnaitre sans même nous parler. Et nous trois, dont l’une n’était pas dans un groupe femmes, nous nous sommes brusquement senties devenir une force collective. Nous avons parlé, parlé, et à travers cela nous avons pris conscience aussi de la nécessité d’un regroupement de lesbiennes, et pourtant nous n’étions pas toutes convaincues.
Des groupes de lesbiennes, pourquoi ?
Il y a des lesbiennes dans les groupes femmes, elles parlent peu d’elles. D’autres sont parties et restent dehors, d’autres plus nombreuses n’ont du mouvement femmes que l’idée que c’est bien, mais que comme c’est pour toutes les femmes, cela ne les concerne pas directement, elles n’ont pas disent-elles à venir y rajouter leurs problèmes qui sont ceux d’une minorité ! Il y a aussi le mouvement homosexuel très majoritairement masculin, si différent de nous. Car l’homosexualité masculine et féminine ont pour seul point commun d’être considérées comme une anormalité, mais les vécus sont aussi différents que peut l’être la répression.
Pour nous la première question est de savoir comment arriver à faire connaître l’homosexualité fémininé, reconnaître, que la répression soit reconnue, car on a trop tendance à dire qu’elle n’existe pas.
De militer sur des terrains qui ne concernaient pas nos tripes était important pour nous, nous intéressait ; par contre on a pu parfois s’y sentir mal sans comprendre pourquoi, sans nous poser la question de savoir si par dessus tout, au delà de l’intérêt qu’on pouvait y trouver, on ne voulait pas militer là dessus « comme les autres femmes », manière inconsciente de nier nous mêmes nos différences.
Cherchant une reconnaissance à travers cela, nous avons pourtant en partie trouvé une identité à travers le mouvement, et cela donnait confiance et force. Etouffant nos désirs, nos envies d’être dans la vie de tous les jours, nous les avons aussi étouffés dans lé mouvement. Paradoxalement c’est peut-être dans l’endroit où des femmes peuvent s’embrasser que nous avons été gênées. . . paradoxe qui montre bien à quel point c’est aussi dans nos têtes que cela se passe, dans nos têtes mais pas seulement. Car, il est lourd le silence qui suit le « et si on parlait d'homosexualité », et le regard qui s’attache à soi quand on dit ce qu’on est, regard différent qui fait qu’on n’est plus vécu que comme cela, et qu’on peut sentir une gêne chez les copines ? Car il s’agit toujours de rajouter l’homosexualité, comme maintenant on rajoute le féminisme, rajouter et non intégrer. Mais rajouter, n’est-ce pas culpabiliser encore ?
la majorité des lesbiennes vivent leur homosexualité dans des petits cercles fermés d’ami/es, d’autres ne la vivent pas, d’autres sont même mariées ou l’ont été, car il n’est pas facile d’échapper à son « destin » de femmes ; et beaucoup ne savent même pas que nous ne sommes pas des anormales. Si le livre d’Elula Perrin « des femmes aiment les femmes > a eu un tel succès c’est uniquement parce qu’il disait à des dizaines de milliers de filles qu’on pouvait aimer d’autres femmes et être heureuse, et qu'il y avait des lieux où des femmes « comme ça » se rencontraient... On voit à cela combien un regroupement de lesbiennes est une nécessité-regroupement de lesbiennes seules oui, car ce n’est pas en niant des différences en les noyant ou les gommant qu’on peut revendiquer.
Nous avons besoin d'une force collective pour nous raconter. Raconter nos vécus, nos rapports au monde, aux autres, la famille, le travail, notre vie coupée en deux, notre solitude, notre mal à nous reconnaître quelque part, nos envies de repli... En nous parlant c’est déjà un certain vécu que nous pouvons transformer, nous transformer en parlant et en vivant, c’est cela aussi une des fonctions d’un tel regroupement. Cela, et aussi donner de la force, celle de se reconnaitre socialement à toutes celles qui sont isolées, honteuses etc...
Car il ne s’agit pas de faire un regroupement pour se lamenter sur nous, bien au contraire, il s’agit de vivre pleinement ce que nous sommes, de lutter ensemble, d’être fières aussi de l’être. Si cette force collective peut parfois prendre un aspect de provocation, c’est que nous en avons besoin, nous avons besoin de faire notre ce mot d’ordre des homosexuel/les américains, « gay is good », homosexuelle et fièr/e de l’être ! Cela ne veut pas dire que nous instituons une contre norme, cela veut simplement dire que nous avons enfin un lieu collectif dans lequel nous pouvons être vraiment nous mêmes, un lieu collectif et non un lieu privé et cela c’est important. Nous qui sommes militantes nous rencontrons là pour la première fois un endroit où il n’y a plus ni gêne, ni distance, où nous sommes bien, et pourtant sans complaisance ; en effet, c’est de nous directement qu’il s’agit et les discussions nous impliquent directement. Il ne s’agit pas non plus de vouloir reproduire un ghetto, au contraire, l’ouverture sur l’extérieur est déterminante, ouverture sur le mouvement par le fait qu’un regroupement dé lesbiennes doit y être lié et rattaché intimement. Notre lutte concerne l’ensemble des femmes, puisqu’il s’agit de lutter pour le droit à vivre librement sa sexualité, à disposer de son corps.
Les initiatives d'un tel regroupement sont rattachées à celles du mouvement des femmes, mais aussi à celle du mouvement homosexuel existant. Nous n’avons pas le temps là de développer ce qui nous pensons de ce dernier, du problème de sa mixité, mais il est clair que des actions communes seraient possibles.
Depuis que le mouvement femmes existe, des groupes de lesbiennes ont vécu plus ou moins connus, généralement isolés. Dans tout ce qui s’est fait au niveau des luttes homosexuelles les lesbiennes ont toujours été minoritaires et ont eu du mal à fonctionner en tant que telles. Aujourd’hui des groupes liés au GLH, ou aux groupes femmes partie prenante des uns ou des autres existent dans différentes villes, aujourd’hui la question de leur existence est cruciale, et est le seul moyen pour que le mouvement femmes intègre réellement ce que nous sommes.
Christine
Nelly
Suzette