MiViUuttime et vie quotidienne
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Le phallocratisme exige la présence de l'homme et de la femme. Logiquement, il ne peut sévir qu'à partir du moment où il y a rencontre de ces deux êtres.
Volontairement, les relations homosexuelles et le phallocratisme qui peut. aussi, caractériser des relations ne seront pas abordés dans ce texte.
La Rencontre
Lieux de rencontre : 1re catégorie
Cette lrt catégorie regroupera les rencontres qui se font dans les quartiers, la résidence, le travail, le syndicat, les collectifs et en particulier les organisations politiques.
Dans le quartier ou la résidence, c'est un rapport de voisinage qui peut entraîner, par exemple, qu'un garçon propose à une fille de faire un tour en moto, ou un ciué.
Dans le boulot, c'est un garçon qui propose à une fille de faire une sortie un soir.
Dans le syndicat, c'est un garçon qui s'arrangera pour rédiger un texte ou un tract ou pour faire une distribution avec une fille en particulier.
Dans l'organisation politique. ce sera dans un meeting : « Qu’est-ce-que tu penses de T intervention du copain ? », ou alors, à la fin d une réunion : « tu pourrais me prêter tel B.I.. je ne l’ai plus ? », ou alors : » tu y vas, toi, au stage d’été ? > . ou alors à la fin d'un meeting local où un responsable national est intervenu, ce sera le président. utilisant sa place privilégiée lourde de pouvoir, qui s'arrangera pour demander a une fille qu'il a repérée dans la salle : •• tu veux venir, on va faire une bouffe entre copains avec X ? ou alors, un autre : -Ça te dit de venir voir <• la dernière femme », il parait que ça aborde assez bien le problème du phallocratisme ? »
Dans chacun des exemples cités, c’est un homme qui, dans la majorité écrasante des cas, fait les « premiers pas ». Mais qu'est-ce qui fait qu'il s'adresse à une fille en particulier, quelle est la motivation première. Sur quels critères cette démarche s'effectue-t-elle ?
A mon avis, cette attirance première est essentiellement motivée par l'élément physique, plus un certain nombre d’éléments irrationnels non analysables. Ces éléments correspondent à un éventail de critère de sélection que l'homme s’est constitué progressivement depuis la plus tendre enfance, de manière très inconsciente. Et même lorsqu'il se trouve, que de par leurs activités communes (syndicats, bandes de copains, etc...), le futur couple a pu s'observer, s’étudier intellectuellement, il n'empêche que le jour où l'homme décide de passer à un autre phase, à un plus grand rapprochement les éléments physiques et irrationnels jouent un rôle relativement important. J'affirme que je connais personnellement des filles très chouettes intellectuellement avec lesquelles je n'ai jamais eu envie d'avoir d'autre type de relations, uniquement parce qu'elles ne s'intégrent pas dans l'éventail de mes critères de choix.
Mais alors, l'homme qui propose, dans les heures qui suivent ce premier contact, prolongé par une bouffe ou ciné, de passer la nuit ensemble, cet homme-là n'est-il qu'un affreux phallocrate ? (A noter que, à ce stade de la relation, même si la femme se met en situation — apparemment de façon passive — c'est l'homme dans la majorité des cas, qui propose, qui • plonge »).
Mais alors, à chaque fois, la femme est-elle encore victime du mâle agresseur. assoiffé de sexe : un certain nombre de femmes, en accep-tant plus rapidement qu'avant la relation sexuelle. ne sont-elles que des victimes violentées, forcées et contraintes ?
Mais alors, comment peuvent-elles accepter, si l'on pense qu'elles assument concrètement ce genre de situation, de coucher si rapidement avec un homme qu'elles ne connaissent que le temps d'une bouffe ou d'une réunion ? C'est-à-dire un homme qu'elles ne connaissent pratiquement pas. Quand on songe qu’il faut parfois des mois, voire des années pour bien connaître un être !
Les critères physiques, l'ambiance, les atomes crochus, les éléments inconscients n'apparaissent-iîs pas alors comme déterminants ? D'ailleurs, depuis 68, n'assiste-on pas à des rencontres qui se font et se défont plus rapidement ? Ce phénomène est salué comme une conséquence du M.L.F., au sens large du terme et d'un recul de la possession-jalousie (démythification de l'acte sexuel en particulier). La femme qui a une relation ' sexuelle se sent aujourd'hui certainement moins marquée affectivement qu'il y a 10 ans, le brassage des idées et des corps est à mon avis un des phénomènes les plus marquants de notre époque. La grande connaissance intellectuelle et affective de <> l'autre » n'est plus un préalable absolu pour ! établissement de relations sexuelles (les tabous et blocages à ce sujet ont beaucoup reculé) ou alors il faut renouer avec cette vieille tradition que même la bourgeoisie est en train d’abandonner : « Les Fiançailles » ! Mais il faut le dire ! La relation sexuelle chez une minorité grandissante se veut de plus en plus un acte de plaisir non associé forcémènt à une notion d'engagement psychologique important.
Lieux de rencontre : 2e catégorie
La rue, les lieux publics (cafés, boîtes, etc...) Cette rencontre dans le langage courant s'appelle la drague. Un dragueur dans l'esprit d'une majorité de gens, c'est l'homme qui va au-devant d'une femme dans le souci de la consommer sexuellement, en faisant totalement abstraction du désir de l'autre, c'est un homme qui veut un trou, un homme qui dirige la relation sexuelle de A à Z, un homme qui veut que la femme ne soit qu'un objet.
Mais alors, que penser de l’homme qui aperçoit dans la rue une femme qui s'intégre dans l'éventail de ses critères physiques et irrationnels mais qui n'a pas la possibilité comme dans le milieu professionnel ou la réunion, de l'accoster à l'aide de prétextes avouables énumérés ci-dessus ? Il faut que la femme sache que l'homme qui lui demande tout simplement dans la rue de prendre un pot n'est pas forcément plus phallocrate que celui qui propose à une fille à la fin d’une réunion syndicale d’aller voir « la dernière femme ».
En un mot, la femme, pour se libérer de l’emprise phallo-cratique d’un mâle, devra assumer de façon active, la rencontre. Mais, on me rétorquera qu’une femme qui agit ainsi se fait rapidement traiter de « pute » même dans des milieux où ce mot ne devrait plus être considéré comme une insulte. En effet, mais là aussi la femme a à mener un combat redoutable, car les tabous sont forts. Il faut être convaincus qu’aucune révolution armée ne mènera ce combat à la place des femmes, qu’aucun système dit socialiste ne le fera, c’est dès aujourd’hui qu’il faut s’atteler à foutre en l’air ces blocages et là-dessus nos amies femmes peuvent compter sur la minorité d’hommes relativement conscients qui existe aujourd'hui.
Le rôle actif que la femme pourra prendre au même titre que l'homme, dans la rencontre, peut détermine* en grande partie les autres aspects de la libération féminine.
A combien de bouffes, à combien de soirées n'ai-je pas assister où très rapidement. ceux qui s'expriment ne sont que des hommes, les femmes se contentant de faire des mimiques pour donner l'impression de participer un minimum. Et combien ces soirées peuvent-elles être reçues comme profondément déprimantes par certains copains. Et ce pouvoir de paroie, ce pouvoir de l'animation, les hommes, du moins inconsciemment, ne se le laissent pas prendre, c'est donc à la femme, à la femme seule d'en arracher une partie. Et un jour viendra où la femme comme l’homme pourront prétendre à consommer de l’affectif et du sexuel
Dans des réunions mixtes, nombre de copains n'osent même plus utiliser des mots appartenant au vocabulaire sexuel existant de peur de se faire traiter de phallocrates. Ces mêmes copains soutiennent les revendications du M.L.F. tout en niant (en refoulant) leur propre identité.
Ce qui est, a mon avis, tragique puisque cela évite d'engager un véritable débat, tenant compte réellement de ce que peut être en 1978 un homme prenant conscience et essayant de tirer les conséquences dans la lutte contre l'oppression des femmes. Mais à partir du (consommer au sens d'achever, couronner, parfaire, terminer — « Petit Robert ») — sur un même plan d'égalité, sans que ni l'un ni l'autre ne puisse être considère comme un objet. Ni chasseur, ni chassée, seulement des êtres ayant envie de s’éclater. Et pour moi un des aspects les plus chouettes de Mai 68, c est que le contact s'établissait facilement dans la rue ; la rue durant 2 mois était devenue un grand meeting permanent, en quelque sorte un lieu de rencontre privilégié, on pouvait rencontrer l'autre aussi facilement dans la rue que dans une soirée chez des amis communs.
moment où l’on considère que la société ne pourra évoluer qu'avec la participation consciente et active de la femme comme de l'homme, il faut que déjà les hommes qui ressentent le besoin de parler en groupe mixte de leur affectif, de leur sexualité, de leurs phantasmes (et il y en a un sacré paquet) puissent le faire. Trop d’hommes cherchent à se déguiser et utilisent n’importe quel procédé dans le but de ne pas se faire tax-de phaliocratisme et, de ce fait, retombent inconsciemment dans un des pires travers de l’idéologie bourgeoise : le puritanisme. Tout homme armé du désir sincère d’évoluer, animé par le désir de mieux aimer la femme, à un certain moment de déblocage, ressent le besoin de communiquer de façon toujours plus mixte tout en reconnaissant la nécessité de l’existence de groupes-femmes : encore une fois, ces deux structures d'échanges ne sont absolument pas contradictoires (car sans le M.L.F., les groupes-femmes, nous n'en serions certainement pas là).
Etre phallo c’est : considérer la femme comme un être qui ne peut pas être autonome et ressponsabie dans aucun domaine et en particulier dans le domaine sexuel, domaine qui cristallise, pour nous, les hommes, les sommets de l’esprit de possession. Ah ! Bon Dieu ! Imaginer sa compagne se faire pénétrer par un autre, que c’est dur, il faut les serrer les dents, pour s’empêcher de hurler !!
Être moins phallo, c'est en particulier, lui reconnaître le droit de baiser quand et avec qui elle veut, c'est se taire quand elle décide de vivre sans que nous représentions un élément privilégié de ses relations avec les autres. Mais c'est aussi, et cela est valable pour tout le monde, se battre contre des femmes considérées corne avancées qui n'hésitent pas à qualifier d'allumeuse, voire de « pute », l'une d'entre elles qui tourne autour du compagnon !!
Donc pour en revenir au puritanisme qui sévit de façon redoutable dans les milieux les « plus radicalisés », même si ce puritanisme représente une volonté des camarades à ne pas retomber dans les ornières phallocratiques dominantes, il doit être combattu, car il permet de masquer nombre de problèmes, donc, à mon avis, il freine autant l'évolution des hommes que celle des femmes. Ces mêmes hommes qui en structures mixtes font tout pour ne pas être traités de phallos, ces mêmes hommes lorsqu’ils se retrouvent entre eux n'ont pas toujours le même comportement. Cela me paraît dangereux. Nous devrons avoir, en tant qu’hommes conscients de ce que représente le phaliocratisme, nous devrions avoir le même comportement entre nous ou avec des femmes.
Double langage de l’homme : les nouveaux puritains (nés)
Schématiquement dans certains milieux, archi-minoritaires, la femme peut parler de plus en plus ouvertement de ses phantasmes, etc.... de ses problèmes sexuels, en structure mixte, sans se faire ridiculiser ou insulter et c'est formidable, mais l'homme, trop culpabilisé, ne peut toujours pas parler, en tout cas, quand il le fait, il en prend souvent plein la gueule (« Mais qu’on lui arrache les couilles à ce mec, c’est un scandale » !). même si j’avance des choses qui peuvent choquer, je veux pouvoir en discuter ouvertement sinon je ne vois vraiment pas comment évoluer. Si constamment, quand je veux parler de ces choses, les femmes se disent profondément agressées, il y a blocage permanent, car moi je dis maintenant, car moi je dis maintenant, qu'en tant qu'homme qui essaie un peu s'évoluer, je me sens profondément agressé quand à tout moment, on me traite de phallo. Oui, je suis phallo et quelques soient mes évolutions passées et futures, je le serai à coup sûr jusqu'à la mort.
L’Amour ne se fait pas qu’avec des neurones et quand les corps se chevauchent, les neurones ne se chevauchent pas forcément. Cela il faut pouvoir le dire afin de pouvoir remettre en questions ces�fameux critères de choix physiques qui jouent, je crois un rôle tout de même assez important dans la relation.
Parlons sexualité dès aujourd’hui, pour mieux vivre la société de demain. Personne d’autre ne le fera à notre placé et en tout cas pas les bureaucraties : elles se nourrissent de ces blocages respectifs et les entretiennent de mille façons pour mieux assurer leur pouvoir.
C'est dans les luttes d'aujourd'hui que nous construirons le socialisme de demain O. K. ! mais toutes les luttes, y compris les luttes sexuelles et affectives. Nous n'avons pas sous les yeux, nous n'avons jamais eu d'exemple parfait d'autogestion et pourtant à travers les expériences embryonnaires qui y font penser, nous essayons toujours plus de savoir, d'appréhender ce que sera l'autogestion dans une sociéttété socialiste.
La même démarche doit être effectuée à l'égard de tous les problèmes economiques. culturels, v compris affectifs et sexuels. Mais, pour ce faire, il faut, à partir d'expériences. de recherches éparses effectuées sur le plan affectif et sexuel, essayer de comprendre ce qui va dans le sens d'un plus grand bonheur ou d'un plus grand malheur.
Pour ce faire, il est urgent de débloquer la parole. Par exemple, je ne pense pas que d'avouer une relation avec une « putain •> soit très équilibrant pour un homme (:de même pour la femme-putain). or. moi-même, à une certaine époque. -/"v .w iis allé -.
Si je n'y vais plus, c'est que des discussions à ce sujet. avec des amis, d'abord théoriques puis de plus en plus concrètes, dans la mesure où je parlais de mes propres expériences. m'ont permis de vivre une sexualité, peut-être moins déviée, respectant un peu plus la femme. (J'ai encore parfois envie « d'y aller ». mais disons que le contrôle que j'ai acquis à travers la réflexion m'aide beaucoup à refuser ce type de relation).
Mais cela je veux pouvoir le dire sans que des femmes et des hommes me traitent de phallo et bloquent ainsi toute évolution.
« Oh ! le phallo, il a encore envie de coucher avec un pute et prétend être révolutionnaire ».
L'art, la culture en sont profondément imprégnés. On peut à la fois vouloir faire avancer les choses et apprécier Brel, Brassens, Nou-garo. Marlon Brando ou Ma-rylin Monroë. Nous avons été élevés dans ce cadre-là, nous .arrivons à un stade où nous sentons les dangers d'une telle société, qui, si on ne correspond pas à un schéma d'apparence extérieure bien précis, nous met dramatiquement sur la touche. Que de dépressions, que de suicides à la clé !
On n'est pas dans un western, il n'y a pas les bons et les méchants, les non-phailos et les phallos. ce n'est pas si simple (l'étiquette sociale ou organisationnelle ne suffit plus). Que chacun essaie. et je crois que selon les individus, ce sera plus ou moins long, mais bon sang ! que Ton essaie de mettre sur la table une partie toujours plus grande de notre vie intérieure. cessons d’ètre des clandestins de la sexualité. Attention. pas de faux procès, je ne dis pas que les partenaires se choisissent sur la base des seuls critères physiques et éléments irrationnels, je dis que ces critères jouent un rôle certainement plus important que les milieux les plus radi-calisés veulent bien le reconnaître. D'ailleurs comment cela pourrait en être autrement dans une société où l'apparence extérieure, un certain type de morphologie est constamment mis en avant « l'habit fait malheureusement souvent le moine ». surtout avec le développement dans ces dernières années du secteur de la publicité.
L'homme davantage que la femme dans la société actuelle est certainement plus sensibilisé à ce type de critères. Mais la femme, dans une moindre mesure, l'est aussi. Je n'ai encore jamais vu d'amies développant une ie-lation sexuelle avec un homme en fermant les yeux. sur la base unique de ce qu'il dit en parole, (et même là je dirai que le timbre de la voix peut jouer un certain rôle dans l'attirance). Tout ne se fera pas en un jour, mais dès aujourd'hui, en prenant conscience de la nuit d'où nous venons, essayons d'y voir un peu plus clair. Et pour cela. Il faut dire, il faut raconter.
PS : Au delà du sigle, j'entends par » MLE », toutes les composantes du mouvement des femmes.
Notes
- Delprat, militant LCR