La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 31, printemps 1985 · p. 8 · 792 mots

Dix années de lutte pour l’avortement

Il y a dix ans, le 17 janvier 1975 précisément, entrait en vigueur la première loi légalisant, en partie, l’avortement en France. Peu de publicité a été faite autour de cet anniversaire, et moins encore de commentaires sont venus s’attarder dans la presse, sur l’ampleur de la mobilisation de femmes qu’a suscité la revendication du droit à l’avortement libre et gratuit, droit à disposer de son corps, droit de choisir d’avoir ou non des enfants.

De 1971, date de parution du manifeste de 343 femmes s’accusant du délit d’avortement, à fin 1983, quand fut obtenu le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale, c’est pourtant cette mobilisation qui fut déterminante, à chaque étape de la lutte. A partir de 1973, année de fondation du MLAC, la question de l’avortement est devenue incontournable, enjeu politique dont les femmes se saisissent pour faire éclater leurs exigences. Pratique illégale par les groupes du MLAC et initiatives de toutes sortes, débats, manifestations... se conjuguent pour donner une audience de masse à cette revendication : obligeant les syndicats et les partis de gauche à l’inscrire dans leurs plates-formes. Au-delà, c’est une prise en compte des revendications féministes qui est devenue nécessaire. Quatre ans après le vote de la loi Veil, celle-ci ayant été promulguée pour un temps limité, la nouvelle échéance parlementaire sera à nouveau l’occasion d’une mobilisation, avec deux importantes manifestations à Paris (plus de 50 000 personnes à chacune) : l’une de femmes, à l’initiative d’un collectif de personnalités féministes, l’autre organisée par des collectifs unitaires regroupent les forces du mouvement ouvrier, excepté le PC et la CGT. A l’époque, déjà, certains se plaisaient pourtant à annoncer la mort du mouvement des femmes ! Reconduite avec les mêmes limites, la loi Veil-Pelletier sera suivie, en 1980 et 1981, de nombreux procès de médecins inculpés pour avoir pratiqué des avortements hors du cadre légal. Et il faudra attendre la fin de l’année 1982 pour que la promesse du candidat Mitterrand de rembourser l’avortement soit enfin tenue. Pour cela, il aura fallu, une fois de plus, une imposante mobilisation unitaire.

Aujourd’hui, les aspects restrictifs de la loi demeurent : délais limitatifs, conditions pour les femmes immigrées et les mineures, entretien obligatoire, clause de conscience pour les médecins et maintien de l’article 317 du Code pénal qui rend passible d’amendes ou de peines de prison toute personne enfreignant la loi. Le nombre de centres d’IVG est dérisoire face aux besoins. A l’heure où la droite relève la tête et se permet tous les élans en faveur de l’ordre moral, alors même que le gouvernement légifère sur la famille à grands coups de mesures natalistes, la lutte pour le droit à l’avortement n’est pas à mettre au rang des événements glorieux du passé. La vigilance s’impose pour la sauvegarde des acquis, pour ne plus voir refleurir les procès de sinistre mémoire, et surtout pour la levée de toutes les restrictions, pour la dépénalisation de l’avortement.

Colloque : sur les nouvelles techniques de procréation

Ce colloque s’est tenu à Paris les 1 8 et 19 janvier dernier, réunissant les ministres de la Justice, de la Santé et de la Recherche, ainsi que des juristes, psychiatres, sociologues, etc. Son but était de réfléchir aux problèmes posés au droit par les nouvelles technologies dans le domaine de la procréation. Les questions posées par tous ces spécialistes ne sont pas neuves, et l’idée d’une dissociation entre filiation biologique et filiation sociale semble faire doucement son chemin. La famille reste néanmoins au centre des débats, chacun comprenant que les nouvelles technologies, loin de la remettre en cause, l’ancrent au contraire solidement sur son socle. Et pour l’occasion, plusieurs voix se sont à nouveau élevées contre le droit pour les femmes seules d’obtenir une insémination artificielle...

Dans l’ensemble, les participants au colloque hésitent à légiférer de façon tranchée, au nom de « l’effet symbolique d’encouragement à certaines pratiques » que pourrait avoir la loi et des comportements illégaux qu’elle ne pourrait de toute façon empêcher... Embryons congelés, anonymat, gratuité, eugénisme ou dons d’ovule sont-ils donc à traiter sur un pied d’égalité ? Déjà, la vpix de Françoise Dolto s’élève pour défendre la rémunération des mères porteuses, allant jusqu’à affirmer que « c’est la gratuité qui serait perverse » ! Les participants au colloque ont donc décidé d’attendre, et d’écouter... Qui ?

On peut espérer que les ministres, sociologues et psychiatres soucieux de ne pas légiférer en toute hâte sauront. informer et associer à leurs débats les principaux intéressés, c’est-à-dire la population dans son ensemble. Car il y a fort à parier que si cette affaire reste entre les mains des « spécialistes », la loi, quelle qu’elle soit, sera comme d’habitude investie par la logique du profit.

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