Depuis plusieurs mois, les attaques contre les femmes et contre le féminisme se sont multipliées. Il y a deux ans déjà la presse à grand tirage avait, avec l’aide de la sociobiologie notamment, décrété la mort du féminisme. Depuis de sombres nouvelles des Etats-Unis : les centres d’IVG sont mis à sac par les ligues de vertu, le président Reagan apporte son soutien aux manifestantes de New-York contre l’avortement. En France, Chirac fait écho à ses cousins yankees en promettant, s’il retourne au pouvoir — et en guise d’argument pour être réélu — l’arrêt immédiat du remboursement de l’IVG. En guise de promesses — non tenues cette fois — , le gouvernement socialiste n’arrête pas de ne pas construire des crèches, conseillant même de se servir des grands-mères pour garder la progéniture, nombreuse s’il-vous-plaît. On précise parfois que le mieux serait que la jeune mère reste au foyer : les patrons sont disposés à « aménager » le temps de travail. Françaises et Français de tous horizons, unissez-vous auprès des jeunes femmes à la maison !
Face à cette avalanche d’événements et de discours, les Cahiers du féminisme ont décidé d’ouvrir un dossier sur l’offensive idéologique actuelle contre les femmes. Une enquête parmi les travailleurs sociaux de la ville de Paris illustre comment est-ce que la capitale joue le rôle de laboratoire d’expérimentation sociale de la droite. La lecture assidue du Figaro magazine témoigne du contenu idéologique précis de la droite française à propos des femmes. Et la comparaison avec la presse d’extrême droite, notamment du Front national, remarquablement peu bavarde sur ce sujet, donne un aperçu des valeurs communes entre les uns et les autres... La politique basée sur ces valeurs est mise en pratique par Thatcher en Grande-Bretagne : une camarade anglaise en fait ici le bilan. Évoquer la politique du gouvernement de Hitler à l’égard des femmes, grâce à la remarquable étude de Rita Thalmann, permet de donner à ce dossier un éclairage historique, prélude à la compréhension de cette idéologie qui envahit notre monde contemporain : ce ne sont pas simplement les anciennes valeurs de l’Europe éternelle qui en constituent le fondement, mais la vision reaganienne du monde moderne, portée jusqu’ici par les vents d’ouest.
Natacha Brink
Q O (Z) /) w H