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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

«Mouvements de femmes en Amérique latine : Nouveaux espaces de lutte»

· Cahiers du féminisme, n° 31, printemps 1985 · p. 34 · 1 040 mots

Eune a aimé, l’autre pas « Mouvements de femmes en Amérique latine : nouveaux espaces de luttes »

Le n°26 du Cahier des Amériques latines vient de paraître à la fin de 1984. Un numéro qui devait sortir en 1982... L’ensemble des articles essaient de rendre compte des multiples facettes des mouvements de femmes en Amérique latine, surtout au Brésil. Ils mettent l’accent sur des formes d’organisation récentes, fondées sur l’émergence d’une identité de sexe.

Le premier article parle des luttes des ouvrières, comment actuellement les femmes pénètrent dans les nouvelles branches de l’industrie, surtout dans la métallurgie au Brésil. Cette entrée des femmes sur le marché du travail s’explique par :

— l’obligation de contribuer au budget familial à cause de la baisse des salaires réels à partir de 1964;

— la nature et la dynamique de la croissance au Brésil qui entraîna la création en grand nombre d’emplois exigeant habileté, dextérité et comportements minutieux ;

— les modifications dans l’organisation du travail qui se traduisent dans les grandes entreprises par une décomposition plus accentuée des tâches et donc par un travail plus simple, plus routinier, et par l’embauche de femmes et de mineurs des deux sexes dont le coût est moindre et qui passent pour moins offensifs. Cependant, l’étude des conditions de travail à l’intérieur de l’usine révèle que les formes de contrôle appliquée à la main-d’œuvre féminine contiennent une violence plus forte que celle dont on se sert pour gérer la main-d’œuvre masculine.

Les auteurs parlent aussi des caractéristiques du travail féminin dans l’industrie de Sao-Paulo et des revendications dès ouvrières de Sao-Bernardo. L’article se termine sur trois constatations :

— L’emploi industriel des femmes est en augmentation et leur travail est caractérisé par une discrimination et une oppression spécifiques.

— Le taux de syndicalisation des femmes s’est accru ; les femmes dénoncent les mesures discriminatoires, les formes de contrôle, la violence, l’arbitraire, c’est-à-dire le caractère sexiste de leurs conditions de travail.

— Dans leurs revendications générales, les métallurgistes ne reprennent pas en compte celles des ouvrières : la discrimination sexiste est occultée dans un discours unificateur. Toutefois, le syndicat est le point d’appui des ouvrières, et la presse syndicale le moyen de rendre publiques leurs positions.

Les auteurs disent aussi que pour comprendre l’oppression de la femme travailleuse, il est nécessaire de combiner l’analyse du quotidien de l’usine et du syndicat avec celle de la famille ouvrière.

Le deuxième article étudie les mobilisations et organisations féminines dans les secteurs populaires au Brésil. Il donne des éléments d’information sur la place des femmes dans œs mobilisations. Les femmes des quartiers populaires se mobilisent en masse avec les hommes pour améliorer leurs conditions de vie dégradées par la crise économique. Les auteurs expliquent la présence active des femmes dans ces luttes par le fait que ce sont elles qui gèrent la contradiction entre les besoins et les biens disponibles dans un équilibre précaire qui se rompt sous la pression d’une crise économique. Selon les auteurs, l’Etat, l’Eglise ou les partis politiques favorisent l’organisation des femmes des couches populaires pour les subordonner à leurs intérêts idéologiques, politiques et économiques. « Quelle voie pour i auto-organisation ? » : la tendance actuelle consiste à articuler le féminin et le féminisme. Ce mouvement « s 'inscrit dans des cadres de référence . variés : féminisme populaire, recherche-action, ou éducation populaire, mais tous s’appuient sur des principes fondamentalement semblables : conscientisation, organisation autonome, changement social ». Ces nouvelles organisations horizontales introduisent la dimension de la vie quotidienne : à part leurs objectifs économiques immédiats, il s’agit de faire prendre conscience aux femmes des classes populaires de leur existence individuelle et sociale.

Le troisième article se réfère aussi aux mouvements de femmes au Brésil. Les auteurs montrent que « Les conditions de vie des femmes de -ce pays se sont peu améliorées depuis les premières conquêtes obtenues grâee aux luttes menées ■ au début du siècle. Dans la phase actuelle marquée par "T ouverture politique". les groupes féministes tentent de se restructurer à l'échelle nationale. S'ils ont des difficultés à imposer leur autonomie et leurs revendications spécifiques... ils ont gagné un espace dans les médias. »

Le quatrième article donne une vision générale du mouvement féministe mexicain récent. L’auteur parle de la formation et de l’évolution des groupes féministes à partir de sa propre expérience. Elle nous explique comment les différents groupes se sont succédé dans le mouvement et ont adopté des attitudes diverses vis-à-vis de la politique et du militantisme. Elle fait le bilan de treize années du mouvement féministe. En conclusion, elle explique le caractère minoritaire du mouvement féministe par la manque d’articulation avec les mouvements féminins et par l’absence d’un projet politique clair, par une certaine conception du féminisme comme instrument d’analyse et non de mobilisation, et enfin par les caractéristiques du fonctionnement interne des groupes. Cependant, elle constate la grande influence du féminisme dans la société mexicaine.

Dans l’article suivant, A. Goldberg distingue un courant de contestation culturelle et un courant modernisa-teur. Elle différencie mouvement féministe et féminin. Mais c’est en s’appuyant sur des généralisations abusives qu’elle parle des femmes et des féministes de tout le sous-continent latino-américain.

L’article de Cunha Naves sur les femmes brésiliennes en exil clôt le dossier. Son hypothèse centrale est que la période d’exil a exercé une influence fondamentale pour la construction de l’identité de ces femmes. Si l’exil au Chili avait été le début d’une critique de la société patriarcale, « C'est le contact et la participation au mouvement féministe en France qui vont permettre de récupérer comme étant aussi la leur l’Histoire des femmes, et s’identifier à tout un mouvement social basé sur la spécificité de la femme. » L’intérêt de cet article, mise à part la tendance à généraliser et à considérer toutes les exilées dans la même quête et l’image trop négative et généralisatrice de la gauche de la gauche latino-américaine, c’est de nous faire connaître la manière dont au jour le jour depuis 1 964 les femmes brésiliennes en exil ont vécu leur quête d’identité.

Tels qu’ils sont, par la diversité des points de vue et d’information, ces articles permettent d’approfondir la réflexion sur le mouvement des femmes en Amérique latine. Ils peuvent être source de débats.

Louise Briceno

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