La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 32, été 1985 · p. 27 · 571 mots

Tunisie : la peine de mort pour les violeurs

Les députés tunisiens ont adopté, en mars, un amendement du Code pénal instituant la peine de mort pour les crimes de viol. Dans un pays où le statut de la femme est très dévalorisé, où les affaires de viol sont fréquentes et complaisamment relayées par une presse friande de détails sordides, cette mesure représente-t-elle un progrès de la cause des femmes ?

A cette question, les femmes tunisiennes repondent elles-mêmes, dans le premier numéro d’une revue qu’elles viennent de faire paraître, Nissa : s’il y avait eu une consultation préalable, « bien que femmes et parce que femmes, nous aurions répondu non à la peine de mort ». Pour elles comme pour nous, l’opposition à la peine de mort est une question de principe, qui ne peut se partager. D’autant que nous ne pensons pas qu’une loi puisse empêcher les viols. Les milliers de femmes qui, en France, il y a quelques années, se sont mobilisées pour que le viol soit reconnu comme un crime, ne prétendaient pas que le respect des femmes se mesure au nombre d’années de prison distribuées aux violeurs.

C’est en des termes semblables que les milieux féministes et intellectuels posent aujourd’hui le débat en Tunisie : à l’initiative d’un groupe d’intellectuels, une pétition, qui a déjà recueilli un grand nombre de signatures, dénonce la procédure expéditive utilisée par le pouvoir et constate que « les causes profondes et véritables de ce type de fléau [n ’ont] pas été recherchées : le rôle et l’image de la femme dans la société, l’évolution des mentalités, etc ». La solution ne peut être dans la répression. Pour Nissa, « c 'est par la modification de la représentation des femmes qu’il aurait fallu commencer ». Cela passe par « une plus grande vigilance des autorités à l’égard des manifestations multiformes de sexisme, par l’éducation de tous à une sexualité moins pudibonde et plus saine, etc. »

La nouvelle législation est donc bien loin de ce que peuvent attendre les femmes. Elle n’est en fait qu’une manifestation d’un durcissement général du régime, qui cherche à se doter d’une justice plus rigoureuse. Dans ce contexte, il y a même tout lieu de craindre que cette mesure ne se retourne contre les femmes, comme le redoute Nissa : « Elle pourrait nourrir un regain d’animosité sexiste, et la femme contre qui est souvent portée l’accusation d’incitation au vice, pourrait bien désormais passer aux yeux de monsieur tout le monde pour le véritable bourreau du candidat à la potence. »

nissa

Espagne : un pas en arrière

Jeudi 11 avril, le tribunal constitutionnel espagnol a rendu publique la sentence qui rejette la loi de dépénalisation partielle de l’avortement votée en novembre 1983, comme incompatible avec des articles de la Constitution espagnole, votée sous Franco, stipulant que « tous ont le droit à la vie ». Pourtant cette loi était bien timide : elle ne permettait l’interruption de grossesse que dans trois cas : viol, malformation du foetus, réel danger pour la vie de la mère. Cette loi avait été votée par la gauche et le centre ; les conservateurs avaient immédiatement déposé un recours : ils viennent d’avoir gain de cause. Faudra-t-il attendre l’an 2000 pour que les trois cent mille Espagnoles qui avortent chaque année clandestinement puissent le faire normalement dans des hôpitaux et lieux de santé leur garantissant des conditions d’intervention décentes.

Notes

  1. • Ces informations sont tirées du numéro 1 de Nissa, paru en avril à Tunis. Nous tenons à saluer la parution de ce nouveau journal qui, ainsi que l’explique l’éditorial, «est entièrement conçu, réalisé et géré par un groupe de femmes venues de divers horizons ». Ce journal veut être le lieu A* «une parole engagée, dans la mesure où, revenues d’un long exil, nous entendons dire notre mot sur ce monde étanche dont nous sommes exclues. » Outre des articles d’actualité (sur le viol, sur la célébration du 8 mars à Tunis), ce premier numéro comporte plusieurs rubriques : droits, corps et santé, culture, sexisme au quotidien, économie, etc.
  2. Nissa, 8 rue El Jeld, Tunis.

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