E
R
Paris. La rentrée. La fin de la détente. Partout, l’agressivité, la violence. Presque tangible tant elle est omniprésente. On sort de la cohue du RER avec sa valise toujours pleine des douceurs de l’été. On tourne le bouton de sa radio, l’humeur plutôt belle encore : une femme de dix-huit ans a été violée sur le quai du RER, aux Halles. En plein jour, à l’heure d’affluence. Personne n’a bougé.
Brutale, l’angoisse, envolée, la bonne humeur. Et puis la colère, celle qui balaie tout, qui donne envie de frapper. Une fois de plus se pose la question de l’autodéfense. Mais comment ? Où s’adresser ?
Camille ouvre la porte. Elle va me faire découvrir un art que je ne connaissais pas : le wen-do. Il est né au Canada : wen comme women, do comme terminaison traditionnelle d’art martial japonais. C’est une autodéfense conçue par des femmes et pour des femmes. C’est une technique indissociable d’une réflexion et d’un échangé sur la situation générale des femmes. C’est comprendre la nécessité de se débarrasser du conditionnement mental qui veut qu’en général les femmes se croient incapables de réagir aux agressions parce qu’éduquées en êtres passifs, faibles, doux. Cette éducation qui fait dire aux imbéciles et aux salauds : « Elles l’ont bien cherché, elles se sont laissé faire. »
Les arts martiaux traditionnels ne tiennent pas compte des problèmes spécifiques des femmes et il arrive bien souvent que des femmes soient brillantes sur le tapis de judo, et paralysées quand une agression se produit dans la rue, au travail, dans leur couple.
Le wen-do, c’est prendre conscience de sa propre force, et pour certaines c’est une révélation. C’est apprendre à la sentir et à l’utiliser. Enfin, dit Camille, même si ce n’est pas une recette-miracle, c’est savoir qu’ « il y a toujours quelque chose à faire ». Combien de fois entendrons-nous encore : « J’étais plaquée au sol. Paralysée. Incapable de crier. »
Crier. C’est justement la première chose qu’on apprend à faire. Certaines pleurent au début quand elles n’y arrivent pas. C’est si difficile de briser le silence, de sortir de l’enfermement. Le cri fait enfin éclater la boule de peur au fond de la gorge, celle qui empêche de respirer.
Et puis, on apprend les coups de poing, les coups de pied, les points sensibles. On apprend à se dégager d’un étranglement, d’un plaquage au sol. Et cela sans être forcément sportive : les femmes ont leur rythme propre, elles savent le reconnaître et le respecter. On garde aussi du temps pour parler.
Je demande à Camille comment elle est venue au wen-do. « J’ai toujours donné la priorité à mon désir de circuler. Entre seize et vingt ans, j’avais la force de l’ignorance... Et puis j’ai déchanté. On ne dira jamais assez que l’inconscience ne protège pas. » Elle parle des exercices de simulation d’agression, et entre autres de celui de l’encerclement, les yeux bandés, en sachant qu’on t’entoure pour t’agresser : « La concentration doit te permettre de sentir d’où viendra le coup ; en même temps, tu prends conscience qu’aussi peu qu’on empiète sur ton espace, c'est déjà trop. »
Ces exercices sont éprouvants, car il arrive bien souvent qu’ils fassent remonter à la surface des situations d’agression vécues et enfouies très profondément. C’est dur de vaincre la peur, mais on y arrive, et on « dégage » autre chose... Quand on a peur, on devient une proie facile. Quand on prend conscience du danger d’agression, on est préparée et on protège son espace, son intégrité. On marche différemment, on se tient différemment. Le rayonnement est radicalement différent. En d’autres termes, on ne sue plus l’angoisse...
Cela ne signifie pas que tout danger soit définitivement écarté, il y a des jours où l’on se sent crevée, plus vulnérable. Mais au moins on en a conscience et on est à même de prendre les mesures qui s’imposent : un taxi par exemple... bien qu’il n’existe pas de certificat de non-agression.
Il n’en reste pas moins vrai que les femmes qui s’initient à cet art semblent circuler plus librement, conscientes de leurs faiblesses bien sûr, mais aussi et surtout de leur force, de leur capacité à réagir.
Encore une petite chose : celles qui s’initient s’engagent à ne pas révéler aux hommes leurs techniques. Le wen-do est une arme de femme, une recherche, elle leur appartient. C’est leur secret. Et même si l’on ne partage pas l’idée que tout homme est un agresseur en puissance, on peut comprendre le désir et la nécessité de bien garder ce secret. Querelle
Quelques adresses
O Stages de wen-do : contacter Eda au 42 96 8 1 88.
O Cours de karaté à la Maison des femmes, 8, cité Prost, 75011 Paris. * 43 48 24 91.
O Karaté self-défense femmes, Kajyn Club, 7, passage Thière, 75011 Paris. * 48 06 15 86.