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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

7e Conférence des femmes salariées CGT

· Cahiers du féminisme, n° 34, hiver 1985 · p. 4-5 · 1 384 mots

En France, si vous saviez

T Conférence des femmes salariées CGT

La T Conférence nationale des femmes salariées organisée par la CGT, prévue initialement en juin, s’est tenue les 9 et 10 octobre derniers. La CGT a donc renoué avec une tradition abandonnée depuis huit ans. Rappelons que c’est en 1958 que ce syndicat avait réuni pour la première fois une conférence nationale et qu’il a reconduit cette initiative tous les quatre ans.

Après 1977, la direction de la CGT avait réagi brutalement à la radicalisation féministe qui avait émergé de la conférence. Le conflit s’était terminé par la liquidation du secteur femmes et le licenciement de l’équipe d’ Antoinette.

Aujourd’hui, la CGT doit faire preuve de réalisme. Elle ne peut pas ignorer l’entrée massive des femmes dans le monde du travail, avec toutes ses implications. D’autre part, malgré le recul des formes organisées du mouvement des femmes, on a assisté ces dernières années à une large diffusion des idées féministes dans toute la société et... dans la CGT.

Au sein même de la centrale, des militantes, y compris a l’échelon confédéral, ont maintenu des pressions pour la prise en compte de la situation des femmes et le maintien du mensuel Antoinette en direction des travailleuses.

La conférence a eu lieu dans un contexte de très grandes difficultés internes pour la CGT : baisse de son influence, chute du nombre d’adhérents, perte d’identité... La remise à l’ordre du jour de ces questions peut l’aider à redorer son blason et aussi à s’implanter dans des secteurs tels que le tertiaire où elle est peu influente. Il ne semble pas toutefois que l’objectif que la centrale s’était fixé pour la préparation — mille débats dans les entreprises — ait été atteint, même si la situation a été inégale suivant les régions. On ne remédie pas aisément à plusieurs années d’abandon du travail spécifique en direction des salariées !

On pouvait donc s’interroger sur ce que serait le contenu de cette 7e Conférence, convoquée sur les thèmes « droit au travail, égalité, dignité ». Le ton a été rapidement donné par les déléguées venues en majorité du secteur public et nationalisé, mais également du commerce, du textile, de la chimie ou de la métallurgie. Les débats se sont déroulés dans un climat très revendicatif et très féministe (même s’il ne s’agit pas, la plupart du temps, d’un féminisme assumé en tant que tel). Les intervenantes, jeunes pour la plupart (les deux tiers avaient moins de quarante ans) ont abordé les différents aspects de la vie des femmes salariées, au travail aussi bien que dans la société en général, avec beaucoup de force toujours, avec quelque insolence à l’égard des directions syndicales parfois.

Beaucoup de témoignages concrets sur les difficultés rencontrées par les femmes aujourd’hui au travail... ou pour pouvoir travailler : chômage, licenciements, mise en place sournoise des mesures de flexibilité, développement du temps partiel, inégalité de salaire, de -4 - qualification, pénibilité des conditions de travail. Témoignages aussi de déléguées exerçant des métiers traditionnellement masculins (cheminote ou conductrice de bus par exemple). La pratique de ces métiers n’ayant jamais été pensée en termes de mixité, cela rend les conditions de travail pénibles pour les femmes. Plusieurs déléguées ont mis l’accent sur l’importance pour tous des luttes menées par des femmes pour les conditions de travail : « Quand on obtient une diminution des charges à porter, c’est pour les hommes comme pour les femmes », expliquait une préposée des PTT.

Dénonciation de la campagne idéologique prônant le retour des femmes au foyer et le développement de la natalité : c’est bien la volonté des femmes de travailler, de faire des enfants quand elles le veulent, d’être considérées comme femmes et non seulement comme mères que les participantes ont réaffirmée. De nombreuses femmes ont dénoncé le sexisme latent dans les entreprises, avec ses formes multiples, cultivé par le patron, la hiérarchie... mais aussi parfois les collègues. Il ressortait des interventions une volonté très forte de lutter pour le droit à la dignité : « Etre respectées au travail, au syndicat, à la maison, nous devons nous battre pour tout cela. »

Et c’est sans complaisance qu’a été discutée la place des femmes dans le

La conférence en chiffres

La jeunesse, un des traits saillants de la conférence. 60 % des déléguées avaient moins de 35 ans. 55 % ont adhéré à la CGT depuis 1976.

La conférence comptait 21 % d’ouvrières spécialisées et professionnelles, 61 % d’employées, 10% de techniciennes et 5 % d’ingénieurs. 6 1 % travaillent dans le secteur public et nationalisé, 28 % dans le privé, 40 % dans des entreprises de plus de mille salariés.

61 % des déléguées ont pris des responsabilités syndicales dans les années 1983-85. 25 % sont secrétaires de leur syndicat, 23 % responsables à l’UD et 19 % dans une union locale. Près de la moitié ont suivi un « stage élémentaire » de formation syndicale, et 5 % un « stage supérieur ».

Enfin, 17 % des déléguées sont responsables de l’activité en direction des femmes salariées et 1 1 % de la diffusion d 'Antoinette.

Extrait d'Antoinette de novembre 1985.

syndicat et les problèmes rencontrés .-indifférence des responsables aux questions femmes, marginalisation des commissions spécifiques, relégation des femmes dans les tâches subalternes ou parfois « aspiration » dans les structures sans avoir le moyen de maîtriser l’activité à mener. D’où également la place importante prise par les revendications exprimées : stages de formation, plus de démocratie, travail collectif et plus concret... « Pour avoir des garanties quant à la place des femmes dans les directions, pourquoi ne pas établir des quotas en fonction du nombre de femmes salariées dans l’entreprise ? », revendiquait une intervenante.

La CGT fait une analyse de la situation des femmes que nous partageons largement. Elle donne toute sa place au travail des femmes : « L activité professionnelle des femmes est devenue une donnée permanente qui fait partie intégrante de leur vie, y compris quand elles ont des enfants. Les femmes représentent une force avec laquelle tout le monde doit compter, y compris la CGT1. » La centrale se prononce contre toutes les formes de précarisation du travail (contrats à durée déterminée, emplois non statutaires, flexibilité, etc.) et contre toute politique de développement du temps partiel. Elle déclare vouloir donner une place importante à la lutte contre les discriminations sexistes.

Elle admet aussi avoir pris du retard sur ces questions : « Il y a des retards qu’il est urgent de rattraper, des défauts qu’il faut corriger, des méthodes de travail qu ’il faut bousculer, et cela jusqu ’au plus haut niveau. Les femmes veulent se reconnaître dans une CGT plus féminine, plus proche de leurs préoccupations 1 . » Et pour réaliser cet objectif, elle estime toujours indispensable la mise en place de commissions spécifiques pour élaborer des propositions en direction des travailleuses, mais également pour donner l’impulsion nécessaire aux syndicats.

Tout cela est positif et répond à une partie des questions posées par les déléguées. Mais on peut s’interroger sur la volonté réelle de la confédération de prendre en charge les revendications des femmes. La direction confédérale n’a tracé aucune perspective pour l’après-conférence. Pourtant, les propositions d’une déléguée avançant l’idée d’une campagne en défense du droit à l’emploi des femmes, culminant dans une marche sur ce thème le 8 Mars prochain, ont eu un écho important. Le silence du bureau confédéral en a été d’autant remarqué.

L’orientation de la CGT depuis plusieurs mois l’a conduite vers des actions choc, à caractère souvent minoritaire. Il s’agit manifestement pour elle davantage de se mettre en avant de la scène sociale et politique en cette période électorale, que d’organiser réellement la lutte contre l’austérité. Le 42e Congrès confédéral qui se tient fin novembre dira si ce cap est maintenu.

Quoi qu’il en soit, la CGT n’en a pas fini avec les femmes... Un nouvel élan a été donné par cette conférence. Le dynamisme des déléguées, leur volonté fermement exprimée de voir prise en compte leur situation de femmes et de travailleuses les conduira à continuer à affirmer leurs exigences. La balle " est dans le camp de la direction confédérale. A elle maintenant de prouver que la CGT est bien le syndicat féministe qu’elle prétend être.

Françoise Vial Mathilde Le Breton

Notes

  1. 1. Rapport de Jacqueline Léonard à la conférence.

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