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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Flexibilité : Halte à l’anarque

Cahiers du féminisme, n° 34, hiver 1985 · p. 6 · 875 mots

En France, si vous saviez

Flexibilité : halte à l’arnaque

Ce n’est pas encore une vague déferlante, mais cela peut le devenir si rien n’endigue la « flexibilité » des horaires de travail. Un instant contenue par l’échec des négociations syndicats-patronat sur la question, il y a quelques mois, rien ne semble pouvoir arrêter sa progression et surtout pas le gouvernement qui on le sait prépare un projet de loi sur l’aménagement du temps de travail qui devrait donner toute satisfaction aux patrons : le travail le week-end autorisé par dérogation aujourd’hui pourrait être facilité au niveau de branches entières, le vendredi n’étant plus surpayé comme aujourd’hui, seuls le samedi et le dimanche donnant droit à une majoration. Une véritable banalisation du travail le week-end !

On accepterait pour des branches entières le principe de la modulation annuelle des horaires de travail (trente-cinq heures certaines semaines, quarante et une heures d’autres) à condition que l’horaire moyen sur l’année n’excède pas trente-huit heures.

Le refus d’accepter un tel projet de la part de la CGT et maintenant de FO (cf. le Monde du 1 1 novembre) semble devoir faire capoter le projet gouvernemental. Mais pour combien de temps encore ?

La flexibilité sauvage est en marche

De toute façon, les patrons ont maintenant décidé de ne plus se gêner du tout pour contourner ou même bafouer la loi purement et simplement.

Sur le terrain en effet, on « déréglemente » à qui mieux mieux en fonction des « impératifs » de la production saisonnière. Aucune crainte des sanctions de l’inspection du travail qui semble avoir reçu la consigne de « laisser couler ».

D’après M. Noblecourt ', 10 % des accords sur l’aménagement du temps de travail signés en 1985 « dérrogent » à la loi. Loin d’ètre montrés du doigt ou menacés de sanctions exemplaires, ces patrons « modernes » sont félicités à longueur de colonnes, leur sens du « réalisme » devenant un exemple pour tous. On apprend ainsi dans Libération du 1 1 septembre 1985, que chez « Albert S.A., la flexibilité est une réalité depuis 1978 ». Entreprise de confection installée en Vendée qui emploie un millier de personnes, dont 90 % de femmes, le travail y est de quarante-deux heures par semaine pendant sept mois, et s’arrête totalement à chaque intersaison (vers avril et septembre). Et depuis avril dernier, la flexibilité « made in Albert » s’est étoffée avec le « mi-temps annuel ». Cinquante emplois ont été créés, sous contrats à durée indéterminée, mais circonscrits dans l’année aux périodes de « travail intensif » (cf. Libération du 1 1 septembre 1985). Qui dit mieux ? Et les ouvrières ont-elles accepté ? Localement, la CFDT a semble-t-il refusé de signer l’accord. Mais l’usine continue à tourner car, comme le souligne la déléguée CFDT, « les filles, souvent issues d'un milieu rural, sont intimidées devant le patron, en plus, dans une région qui n’a aucun passé ouvrier... ».

Ainsi, petit à petit, jouant sur la naïveté des ouvriers ou leur ignorance, sur la peur du chômage qui paralyse, sur le discrédit ou la passivité de certains syndicats, les patrons appliquent, à leur rythme, à la barbe des syndicats et du gouvernement, les horaires qui leur conviennent, que les ouvriers soient d’accord ou non. Et les horaires « sauvages » se multiplient, plus nombreux qu’on le croit, sans provoquer une levée générale de boucliers.

Le dimanche en plus !

Il aura fallu que le nouvel hypermarché Continent de la Ville-du-Bois, dans l’Essonne annonce son intention d’ouvrir le dimanche pour qu’une polémique très vive s’engage sur le bien-fondé de tels horaires de travail. Signe des temps, c’est la protestation des petits commerçants, menacés par cette concurrence, qui a fait réagir le gouvernement.

Ce n’est que dans un deuxième temps que l’on s’est préoccupé des conditions de travail que cela impliquait pour les caissières. L’enquête de Libération (du 19 novembre 1983) sur les caissières des hypermarchés d’Auchan est particulièrement éloquente sur l’esclavage que représente la flexibilité pour ces femmes : « (...) A l’hypermarché de Buche-lay, dans les Yvelines, les caissières ont seulement trois samedis libres par an. Dans d’autres, c’est zéro. Et les nocturnes, donc ! Elles peuvent en faire jusqu ’à trois par semaine (...) Celles qui ont un “contrat annuel’’ doivent accepter chaque semaine n’importe quelle plage horaire fixée par la direction (...) Quant aux vacances, pas question de prendre un mois d’affilée l’été (...) Tout ça pour un salaire assez mince : 5 400 francs bruts en moyenne (...) Et Auchan n’embauche plus à temps complet. Actuellement, 40 % du personnel ne travaille que vingt ou vingt-cinq heures seulement. Il y a même des contrats de huit heures pour les fins de semaine. (...) »

Les caissières devront-elles camper nuit et jour dans le magasin pour être disponibles quand le directeur les sifflera ?

Il n’est plus temps de discuter des avantages et inconvénients de la flexi-blité pour les salariés. La preuve a été faite qu’à court terme, c’est l’esclavage assuré en matière de conditions de travail. Il faut dire non et encore non et reprendre la bataille pour la baisse du temps de travail (trente-cinq heures tout •de suite) pour tous sans diminution de salaire, avec embauches correspondantes.

Notes

  1. Le 11 novembre 1985.
  2. Claire Bataille

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