Brésil : un bureau pour les femmes victimes de la violence
Nous avons encore tous en tête les images et les paroles bouleversantes des enfants brésiliens interviewés par la télévision française au printemps de cette année... Le Brésil, outre ses plages et ses tangos, c’est un pays où des millions d’enfants vivent complètement seuls, ne comptant que sur eux -mêmes pour survivre : trouver à manger, de quoi se loger, se défendre. Un pays où ils sont carrément torturés dans les « maisons de redressement », un pays où les petites filles sont prostituées dès l’âge de quatre ans. Des gosses seulement, avec des sales vies d’adultes... Souvenez-vous du film Pixote, souvenez-vous du livre de Jorge Amado, les Capitaines des sables. La violence y est omniprésente.
C’est dans ce pays, à Sao-Paulo, qu’un commissariat de police a ouvert un bureau dirigé uniquement par des femmes, et strictement réservé à l’usage des femmes : on entend s’y occuper des crimes dont elles sont victimes. Environ deux cents femmes se rendent chaque jour dans ce bureau, chiffre qui avoisine les trois cents le lundi. Elles arrivent couvertes de bleus, certaines ont des fractures, d’autres des brûlures. Nombreuses sont les jeunes femmes et les adolescentes victimes de viol, incestueux ou non. L’inspectrice principale, Ros-mary Correa, a reçu en six semaines quatre-vingts plaintes concernant des viols, dont cinquante se sont produits dans la famille des victimes. Rosmary Correa a déclaré que « les femmes ne sont pas souvent au courant de leurs droits et ont peur de se présenter à la police. Savoir qu’elles seront reçues par d’autres femmes et quelles seront prises au sérieux leur a donné le courage de venir nous voir ».
Agresssions physiques, menaces et viols sont les problèmes qui reviennent le plus souvent, mais ce ne sont pas les seules : on traite aussi de diverses questions sociales, comme par exemple les démarches à suivre quand on a un mari alcoolique, pour obtenir le divorce ou la garde des enfants.
Ce bureau, même s’il ne représente que bien peu de choses dans cet océan de violence, aura au moins eu le mérite de faire connaître la réalité des crimes commis contre les femmes brésiliennes. Mais le manque de subventions et les barrières juridiques sont des obstacles difficiles à franchir.
Linda Woods
Grande-Bretagne : victoire contre la morale victorienne
Les jeunes femmes britanniques viennent de remporter une victoire juridique et politique importante en ce qui concerne leur droit à la contraception. Le Conseil juridique de la Chambre des lords a en effet décidé, le 1 7 octobre dernier, que les jeunes de moins de seize ans pourraient avoir accès à la contraception sans consentement parental. Ce droit leur avait été ôté depuis l’ordonnance Gillick, promulguée en décembre 1984.
Victoria Gillick, mère de dix enfants, dont cinq filles de moins de seize ans, s’était lancée il y a quatre ans dans la bataille pour la « protection de la jeunesse ». En décembre 1984, une ordonnance avait, du jour au lendemain, interdit aux médecins de donner aux jeunes — filles et garçons — la moindre information en matière de contraception.
Cette ordonnance avait été très largement combattue en Grande-Bretagne. Ainsi, le 23 juin dernier, trois mille personnes manifestaient à Londres contre cette décision. Parallèlement, diverses initiatives étaient organisées dans le pays pour protester contre cette attaque réactionnaire perpétrée au nom de la « défense de la famille ».
La remise en cause de cette ordonnance par la Chambre constitue une défaite pour la droite réactionnaire, même si la prescription des contraceptifs reste subordonnée à cinq conditions.
Communiqué des groupes de femmes péruviennes contre la violence
Les femmes sont toujours sujettes à différentes formes de violence. Nous voulons faire connaître publiquement notre indignation contre les atrocités commises sous la responsabilité des forces armées dans la « zone d’urgence » (Accomarca, Lloc-llapampa, Pucayacu, Bellaviste et Umaro).
Ces manifestations extrêmes de violence qui culminent dans les tortures et les assassinats constituent le sommet de la violence quotidienne. La violence dans le foyer, et toutes les violences et agressions qui affectent majoritairement des femmes et des enfants ne sont pas des manifestations isolées de personnes déséquilibrées ou malades. Cette violence structurelle est une conduite politique de la société capitaliste et patriarcale. En plus, l’impunité avec laquelle se réalisent les massacres des paysans d’origine indienne et l’indifférence qui les entoure sont une manifestation de la profondeur du racisme dans cette société.
Cette situation est particulièrement grave du fait que ce sont les forces armées et la police qui institutionnalisent la violence dans notre pays, et du fait que le pouvoir judiciaire, de par son incapacité, se fait complice de cette barbarie.
— Nous exigeons un procès et des sanctions contre les coupables des génocides.
— Nous soutenons les initiatives que prend la commission de la paix, et les commissions de recherche du Parlement.
— Nous exigeons la présence de femmes dans la commission de la paix.
-Nous faisons appel à la conscience des femmes pour construire la paix en luttant contre toute forme de violence-
Lima, le 4 octobre 1985 Grupo de Mujeres contra la Violencia, Mujeres en Lucha, Mujer Nuevo Despertar, Movi-miento « Manuela Ramos », Centro de la Mujer Peruana « Flora Tristan », Movimiento hacia une Nueva Mujer, Movimiento de Revendicacion de la Mujer, Comision Organizadora de la Mujer Peruana, Mujer y Cambio, Federacion de Mujeres de Ville El Salvador, Federacion de Laboratories Delia Zamudio, Grupo Autonomo de Mujer, Frente Socialista de Mujeres, Editorial Feminista « La Equi-dad », Club de Madrés de San Genero Villa Chorillos.
Nota bene. Le Comité français pour la défense des droits de l’homme au Pérou (CO-FRADH-Paris) a publié un dossier consacré à la situation des femmes au Pérou. Passez vos commandes au 175 rue Ray-mond-Losserand, 75014 Paris. Prix : 1 5 francs.
Espagne : 4 000 femmes s’auto-inculpent
Les 1er, 2 et 3 novembre, à Barcelone, en Espagne, avaient lieu les cinquièmes Journées du mouvement féministe espagnol. Les copines attendaient deux mille femmes, quatre mille sont venues : hourra !
Pendant ces journées, deux femmes se sont fait avorter, enceintes de six à sept semaines. Avant, elles étaient allées voir un centre féministe pour obtenir des adresses en Angleterre. La décision de pratiquer les avortements a été prise au cours d’une réunion fermée du collectif, et l’information n’a été donnée que quelques heures après l’intervention, afin de préserver l’intimité et l’identité de celles qui avaient avorté. Cette action a été annoncée publiquement et a été accueillie avec une chaleur et un enthousiasme délirants. Il s’agit de dénoncer l’insuffisance de la loi de dépènalisation. Cette loi, actuellement en vigueur, ne répond qu’à 2 ou 3 % des cas de femmes qui désirent avorter. Cette action marque le début d’une campagne visant à contourner la loi dans la pratique par la réalisation d’avortements du fait des seules forces féministes. Les femmes ont annoncé qu’en cas de représailles, elles s’auto-inculperaient massivement, à commencer par les quatre mille participantes à ces journées. Les instruments utilisés et les bocaux contenant les embryons extraits ont été exposés publiquement et l’opération d’avortement a été filmée et projetée en vidéo.
Faut-il préciser que cela a déclenché un énorme scandale dans la presse espagnole ? Tout le monde en parle, trois fois hourra !