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Editorial

A droite toute !

Cahiers du féminisme, n° 36, été 1986 · p. 3 · 441 mots

Il faut remonter bien loin dans le passé de la France pour trouver gouvernement plus à droite. Aux transfuges d’Ordre nouveau qui cassaient du gauchiste, dans les années soixante-dix, s’ajoutent les hyper-libéraux revenus des Amériques, les rescapés de la chouannerie et les gaullistes de droite. C’est — la terreur en moins — Vichy, modernisé par Reagan. Des agriculteurs aux pharmaciens, tout le monde est content. Les plus contents sont encore les adhérents du CNPF qu’un chroniqueur du Monde décrivait menacés de crise cardiaque, tant les bonnes nouvelles s’accumulent : régression planifiée des droits sociaux, amnisties fiscales en tout genre, dénationalisations. . .

Côté fantasmes, le terrorisme, au demeurant inacceptable, vient à point pour justifier les attaques contre les libertés. Il y avait longtemps qu’on n’avait vu un ministre de la Police appeler à la délation contre les « porteurs de valise » des terroristes, situés, comme il nous l’apprend, à l’extrême gauche. Accablante responsabilité que celle de la gauche réformiste, qui pour avoir appliqué le programme de la droite modérée s’est fait le fourrier d’une droite bien extrême.

On ose à peine parler du sort réservé au féminisme. A l’heure où Simone de Beauvoir est enterrée, les insultes qui l’accompagnent — il y a des crachats qui honorent ceux qui les reçoivent — prouvent que la lutte continue sur ce front.

Passons sur l’équipe gouvernementale. Dans un premier temps, pas une femme ministre, de vagues secrétaires d’Etat. Comme cela fait mauvais genre, on se décide à nommer une ministre de plein exercice et, au bout de trois semaines, on sort, du fond de la Cour des comptes, une illustre inconnue pour la promouvoir Déléguée à la condition féminine. Pourtant Mahuret (« droits de l’homme ») et Seguin (Affaires sociales) avaient expliqué, sans rire, qu’ils étaient par nature, chacun, le ministre des femmes.

Plus graves sont les attaques contre les droits sociaux ; la déréglementation promise touchera les femmes de plein fouet.

La campagne démographique annoncée laisse prévoir un discours et des mesures réactionnaires.

La famille est un thème mobilisateur de la droite, et à défaut de distribuer des salaires de femme au foyer, pour lequels l’argent public manque, on peut toujours accroître la pression pour faire retourner les femmes à leurs « fonctions naturelles ». Pourquoi ne pas le dire ? La situation est difficile, les capacités de mobilisation paraissent faibles, le comportement des directions syndicales confine à la trahison ouverte.

Mais, il n’y a pas d’autre choix que de se préparer à riposter à chacune des attaques et que de rassembler les forces féministes autour de la volonté de peser sur la situation et de préparer les mobilisations de demain.

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