Septembre 1986 : voici à nouveau le temps des grandes manœuvres autour de la famille. Le Figaro-Magazine titre « Famille, Patrie, Travail 1 », tandis que les adversaires de la contraception et de l’avortement font leur rentrée à l’occasion du 9e Congrès international de la famille. Quant au gouvernement, dans le cadre de la préparation du budget 1987, il vient d’adopter de nouvelles mesures en faveur des familles nombreuses.
« Les valeurs familiales sont à la hausse ! », clame en fanfare le Figaro-Magazine, commentant les résultats d'un sondage sur les jeunes. Mais il faut croire que même les valeurs les plus nobles ont besoin de stimulants matériels : l'article se conclut sur la nécessité d'incitations financières au mariage et a la natalité ! Car fauteur est bien obligé de constater que les jeunes, comme la génération des soixante-huitards, « restent attaehês au modèle de la famille de deux enfants » et qu'eux aussi « se dèta-ehent de l'institution du mariage ». Mauvais pour la démographie ! Du coup, voilà nos libéraux, partisans farouches du « moins d'Etat », qui en appellent à l'aide des pouvoirs publics pour les familles : « // faut que l'Etat prenne le relais »...
Aussi ont-ils dû bondir de joie à l'énoncé des décisions adoptées par le Conseil des ministres du 15 septembre : leur objectif est, sans. aucune ambiguïté, de favoriser les couples mariés et d'encourager les familles nombreuses.
En premier lieu, le quatrième enfant comptera désormais une part entière (au lieu d'une demie) dans le calcul du revenu imposable : jusqu'ici, seul le troisième comptait pour une part entière. D'autre part, le gouvernement a décidé de plafonner l'avantage fiscal actuellement accordé aux parents isolés pour le premier enfant : celui-ci comptera toujours pour une part (contre une demie dans le cas d’un couple marié), mais la réduction d'impôt qui en découle sera limitée à trois mille francs. Voilà qui va remplir d’aise tous les défenseurs du mariage : une grande partie des couples non mariés ayant un enfant sera touchée (tous les couples dont le revenu global est supérieur à dix mille francs par mois).
Mais ce n'est qu’un début ! Ces mesures devraient être suivies bientôt du grand débat sur la politique familiale annoncé depuis longtemps et de l’adoption de prestations plus incitatives pour le troisième enfant, en particulier l’extension du congé parental rémunéré.
C'est également dans ce cadre que risque d'ètre reposée la question de l’avortement : on se souvient qu’en mai dernier, le gouvernement avait eu recours à la procédure du vote bloqué, pour empêcher les « ultras » du RPR de voter un amendement du Front national qui visait à supprimer le remboursement de l'IVG. Non qu'il y ait désaccord profond sur cette mesure : mais plutôt divergence d’appréciations sur l’opportunité de passer à l’offensive à ce mo-ment-là. Le gouvernement avait alors promis que la discussion aurait lieu lors du débat sur la famille (!).
A l’heure actuelle on ignore ses intentions. Mais il est à craindre que les députés partisans de trancher rapidement sur cette question aient puisé un regain d’énergie dans le relatif succès du Congrès international de la famille : pendant quatre jours, du 11 au 14 septembre, cinq mille personnes enthousiastes, toutes générations confondues, sont venues applaudir la fine fleur de la réaction française et étrangère. Sous le haut patronage de madame Chirac, et avec la bénédiction papale, laïcs et religieux se sont succédé à la tribune pour « défendre les valeurs traditionnelles » et illustrer de maintes façons cette équation du premier degré : « Contraeeption = avortement = meurtre d’une âme », tandis que les Billings, un couple de médecins, venus tout exprès d’Australie, faisaient un tabac en expliquant les mérites de leur « méthode naturelle de régulation des naissa nees », basée sur l’observation de la glaire cervicale et sur... l’abstinence périodique (on n’arrète pas le progrès !).
Si cinq mille personnes ne suffisent pas à faire une « moral majority » à l’américaine, on ne saurait toutefois prendre l’événement à la légère : significatif est le fait que Michèle Barzach, ministre de la Santé, après avoir hésité à aller se compromettre en si mauvaise compagnie, ait finalement décidé de prendre la parole devant les congressistes pour présenter la politique familiale du gouvernement. Le risque est donc grand de voir, dans la foulée, de nombreux députés de droite — sans parler de l’extrême-droite bien-sûr — multiplier les interventions et les amendements, lors du débat budgétaire par exemple, sur la question de l’avortement.
La vigilance s’impose plus que jamais ; et la campagne de sensibilisation et d’organisation de la riposte amorcée en mai dernier, à l’initiative du Planning familial, doit très rapidement retrouver un second souffle. L’unité la plus large doit se réaliser pour le maintien du remboursement de l’IVG.
Anne-Marie Granger
Non au divorce. Non à la contraception
Non à l'avortement. Oui à la tolérance
Notes
- 1. Le Figaro-Magazine du 6 septembre 1986.