La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 38, hiver 1986 · p. 6 · 1 199 mots

IVG : Alerte !

Après les immigrés et les étudiants, c’est au tour des femmes d’être la cible des attaques de la droite : soixante-sept députés du Front national, du RPR et de l’UDF viennent de s’associer, une nouvelle fois, pour tenter de supprimer le remboursement de 1TVG.

Le gouvernement qui, jusque-là, avait préféré repousser la discussion, va-t-il cette fois céder à la pression de l’extrême droite et de la partie la plus réactionnaire de sa majorité ? A l’heure où nous mettons sous presse, le danger se précise : le débat au Parlement aurait lieu dans les premiers jours de décembre. Il n’y a plus une minute à perdre !

Une manifestation unitaire est déjà prévue pour le 3 décembre. La mobilisation la plus large est nécessaire pour faire reculer la réaction et défendre les acquis des femmes.

Terrorisme sur canapé

Quand nos psychanalystes de hazard se lancent dans l’analyse politique et sociologique du terrorisme, ça vaut son pesant de phallus !

Le monde journalistique en émoi s’empresse de monter en épingle la présence des femmes dans les réseaux terroristes et théorise le terrorisme au féminin.

C’est simple, qu’est-ce qui est névorsé, castré, allumé, dégénère, « mal baisé » : « LA » terroriste. Le P 38 remplacerait le « petit robinet » qu’elle n’a pas (sic).

Quelle misère idéologique !

Une militante féministe est morte

Josyane Moutet s’est donnée la mort le 18 octobre 1986. Voici l’hommage que Paris féministe lui a rendu dans son dernier numéro : « (...) Avocate du Mouvement des femmes et de la défense des peuples opprimés, elle avait en particulier participé activement à la lutte contre le viol. Depuis quelques années, elle avait quitté le barreau et se consacrait à la recherche. (...) A cinquante ans, elle a choisi de quitter la vie en pleine possession de sa lucidité et de ses moyens. Cette vie qu ’elle aimait et pour laquelle elle avait une exigence incommensurable (■■■) »

Pour notre part, nous ne connaissions pas bien J. Moutet mais nous avions eu l’occasion de la rencontrer en 1978, en pleine bataille et polémique sur la question du viol. En compagnie de M. Antoine et de C. Auger, autres avocates féministes connues avec lesquelles elle fonctionnait en collectif à l’époque, elle nous avait exposé sa, leur position sur le recours à la justice. Une position très claire sans concession vis-à-vis de cette justice de classe qui s’acharne à broyer les plus démunis, ni vis-a-vis des avocats de gauche qui avaient accepté de défendre des violeurs en niant l’oppression des femmes et leurs droits.

Nous n’oublierons pas cette grande femme brune aux pommettes saillantes, à la voix grave qui savait trouver les formules lapidaires et incisives pour stigmatiser ses adversaires et dont le regard exprimait une grande détermination.

Tout en affirmant que les femmes étaient bien obligées de passer par le biais du système judiciaire pour faire reconnaître le viol comme un crime, elle avait toujours contesté la thèse de G. Halimi selon laquelle, en cas de viol, la prison peut avoir une fonction exemplaire.

Elle avait dénoncé avec la plus grande énergie la récupération par la justice de la lutte des femmes au profit de l’ordre patriarcal et bourgeois. Avec d’autres, elle proposait d’expérimenter pour les violeurs le « sursis avec mise à l’épreuve », en demandant, solution scandaleuse pour certaines, des dommages et intérêts pout les victimes.

« Je suis, disait-elle, pour renverser les symboles. Le système de répression actuel fonctionne à partir de deux symboles : l’argent et la prison. Je suis pour inverser ces symboles. »

Du sexe du bœuf et de... l’être humain

Tout va très vite. Il y a quelques semaines, on annonçait que dorénavant l’on pouvait sélectionner le sexe des bœufs avant la naissance ; une grande première riche de promesses pour les éleveurs et autres marchands de viande. Et bien, des animaux à l’homme, il n’y a qu’un pas. Comme le craignait J. Testart, pionnier de la fécondation in vitro, on a commencé au Japon à expérimenter une nouvelle méthode de fécondation in vitro permettant de sélectionner le sexe des enfants. Et il ne s’agit pas seulement ainsi de prévenir certaines maladies héréditaires. Choisir le sexe de son enfant est le but avoué d’une quarantaine de femmes ainsi fécondées dans une clinique privée japonaise. Quel sexe ? A vous de deviner ! Malheureusement, tous les biologistes n’ont pas les mêmes scrupules que J. Testart qui s’est trouvé complètement isolé au cours du XII e Congrès mondial sur la fertilité et la stérilité qui s’est réuni au début du mois de novembre à Singapour (cf. le Monde du 5 novembre 1986). Nous reviendrons sur l’ensemble de ces questions dans notre prochain numéro à l’occasion d’un entretien que J. Testard doit nous accorder.

Vient de paraître

Calendrier « Femmes 1987 » en vente à la Maison des femmes ou à commander à .-Association La GRAF, 36, rue de Flandre, 75019 Paris.

35 F l’exemplaire. + 7 F de port.

Les dégâts du travail en équipes

L’institut prophylactique dentaire infantile est un centre de santé qui intervient sur quatre arrondissements de Paris, notamment sur le vingtième. Le personnel est majoritairement féminin et ce sont pour beaucoup des mères célibataires. Récemment, l’instauration du travail en équipe, par le simple décalage d’une demi-heure des horaires d’ouverture, a bouleversé la vie quotidienne des travailleuses : pour celles habitant en banlieue, la récupération des enfants le soir devient un vrai casse-tête.

Quant aux usagers, qui sont essentiellement des enfants, ils ne peuvent pas, vu l’heure tardive, venir seuls aux consultations et cela complique l’emploi du temps de leurs parents.

Par contre, l’augmentation des cadences des consultations en matière de dépistage scolaire entre dans une logique de rentabilité similaire à celle du privé. Le rythme est celui d’un enfant toutes les quatre minutes au lieu d’un quart d’heure auparavant, c’est une véritable politique de prévention au rabais.

A l’origine, les centres de santé étaient conçus pour promouvoir la santé des travailleurs. Les usagers sont issus des couches les plus défavorisées. Aujourd’hui, sous couvert de répondre à leurs « besoins », on allonge les heures d’ouverture. En réalité, la tactique est claire, il s’agit de démontrer que les centres de santé sont un gouffre financier et qu’ils sont responsables du trou de la Sécu. Ainsi la voie est libre pour transférer au privé la prise en charge du dépistage et conclure à la fermeture des centres de santé.

Face à cette situation de réactions du personnel sont mitigées. Une vingtaine de femmes sont prêtes à faire grève une demi-heure tous les jours, mais beaucoup préfèrent attendre en espérant que le coût de l’expérience sera trop élevé pour continuer, sans voir le risque de fermeture à la clef. A la dernière assemblée générale, il a été décidé d’occuper le bureau du divisionnaire en allant porter une -pétition. Comme à chaque conflit, ce sont les femmes elles-mêmes qui s’organisent et les syndicats soutiennent. La CFDT est majoritaire sur le centre, la CGT n’est pas représentée localement et FO se débat dans ses scandales financiers. L’exemple de ce centre illustre la politique de privatisation tous azimuts à laquelle nous assistons aujourd’hui.

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