Prendre en charge les enfants
Enfin une publication officielle de la LCR consacrée à la question des enfants I Quelle joie.
Il est à la fois inquiétant et rassurant que ce soit les Cahiers du féminisme qui réalisent cette grande première ! Inquiétant parce que c'est un indice que, malgré tout ce qu'on a pu dire et faire," même dans nos rangs, les enfants restent surtout la préoccupation des femmes. Rassurant parce qu'il faut bien constater que nos sorts sont si étroitement liés que nous, femmes, ne nous libérons pas sans « déchaîner nos enfants » (j'emprunte cette belle expression à Catherine Ribeiro).
Jusqu'à présent, dans nos textes et nos réunions, il n'a été question des enfants que sous l'angle des problèmes de garde que l'existence d'individus en bas âge pose aux militants parents. (Les enfants, pour beaucoup de nos camarades ne font sans doute pas davantage partie du prolétariat que les chiens, les chats et les fonctionnaires... de là à en conclure qu'il n'y a pas de question sociale des enfants, le pas est allègrement franchi... et on passe à la question suivante.)
Quelques tentatives ont été faites (bulletin intérieur femmes de juin 1977, résolution du CC, article sur la pédophilie dans Rouge) pour aborder la question d'un point de vue plus global : la place des enfants dans la société, les rapports entre adultes et enfants.
Il est grand temps que nous nous sentions interrogés en tant que militants révolutionnaires parents qui vivons comme tous les parents dans une situation de grande inégalité avec nos enfants.
Ils dépendent de nous entièrement :
— sur le plan économique ;
— sur le plan affectif.
Ils doivent supporter les conséquences de tous les choix que nous faisons (mode de vie, militantisme) et de ceux qui nous sont imposés (temps de travail, conditions de vie, logement, transports, travail) avec le rythme de vie que cela entraîne et que les enfants supportent généralement assez mal.
Quels droits sont les leurs 7
Quelle place leur reconnaissons-nous dans notre vie, dans la vie sociale en général ?
Je soulève ici en vrac quelques questions que je me pose, quelques idées qui rencontreront peut-être d'autres expériences et d'autres idées.
1. La bataille pour les équipements collectifs
Il est maintenant inscrite dans tous nos programmes ; l'enjeu n'en est pas seulement de permettre aux parents d'aller travailler ; la collectivité peut être pour les enfants le moyen de déve-
Réflexion d’une mère militante lopper leurs activités, d'enrichir leur apprentissage, d'éviter une trop grande polarisation affective sur le père ou la mère, de faire l'apprentissage de la vie en société, des contraintes qu elle impose, des plaisirs qu elle apporte. C'est vrai que ces possibilités sont actuellement très limitées par nos conditions de vie : horaires de travail trop lourds des parents, du personnel des crèches, mode d'habitat très ségrégationniste entre couches sociales et classes d'âge (nos enfants de moins de trois ans ne connaissent que deux classes d'âge : les 2-3 ans c’est-à-dire leurs copains, et les trente ans c'est-à-dire leurs parents ; ils ne partagent rien dans leur vie avec de grands enfants, des jeunes, des 40-50 ans, des vieillards). Se battre pour des équipements collectifs, ça aide justement à remettre en cause tout ce mode de vie productiviste et individualiste.
2 Ces revendications, ces débats, H faut les mener dans les structures syndicales professionnelles et pas seulement dans les associations de quartier, car tout dépend des conditions de travail des parents. Quelques exemples : horaire d'ouverture des crèches généralement de 7 h à 19 h.
Dans la métallurgie, à Grenoble, la majorité des ouvriers commencent à 7 h alors qu'un grand nombre d'ouvriers commence à 7 h 30 ; exigeons dans nos syndicats que hommes et femmes puissent également accompagner leurs enfants à la crèche. Une occasion de se battre pour la réduction du temps de travail ;
— crèches ouvertes 24 heures sur 24 ; on a repris ce mot d'ordre dans le Manifeste alors qu’on lui avait adjoint un point d'interrogation dans Rouge récemment.
Cherchons-nous à concilier la vie folle des parents et l'existence des en- fants, ou à exiger de meilleur tions de vie avec la suppressic vail de nuit, la suppression d< réduction massive du temps d< Allons-nous revendiquer des c le personnel tournera en [ héberger des enfants que leur lèveraient à 3 h du matin ou raient à 1 h du matin, ou la 16 heures d'affilée à la crèchi pas les réveiller ?
— congés post-nataux : les hommes vivent-ils leurs avec leurs enfants pour suppo leur octroie trois jours seulem une naissance, c'est-à-dire n pour enterrer leur père ou poi rier ; la venue d'un enfant est ment un incident dans leur e Les hommes ont-il envie de se eux aussi et obtenir un congé |
— les fichiers sanitaires el (Audass et Gamin). Quelle mener contre la généralisatic chiers magnétiques et les dt leur utilisation par le pouvoir
— les droits matériels, mo diques des enfants. Mis à pa de vote, fixé à seize ans dans grammes (on se demande nous n'avons presque rien < droit des enfants à faire des disposer de leur vie.
Même en laissant de côté me très particulier de la petit* qu'avons-nous à dire sur les enfants de sept à quatorze ai de percevoir les allocations de choisir entre l'un ou l'autr rents ou aucun en cas de di\ partir de 12 ans, proposer f c'est tout.
Pourtant à tous les niveau) les âges, les enfants doiver prendre des décisions à leui d'autres que nous ont une ri une pratique sur la question, ment de l'école moderne, la i institutionnelle... Il serait s que l'ensemble des militants, culier ceux qui ont des enfant de considérer les questions de avec dédain ou indifférence c< problèmes secondaires ou naux ».
Petite digression sur mon hi s sonnette
En écrivant cela, je ne fa procès d'intention, je constate Il y a longtemps que la questk fants me tracasse. Ce qui m'a envoyer ma contribution pour ro des Cahiers, c'est la manié vis mal, depuis plusieurs i situation de militante mère da
Je suis militante à la L(bientôt neuf ans, j' appartient secteur petite enfance, depuis
Militantisme et vie quotidienne à l'AEF (voir article sur les crèches à la Villeneuve de Grenoble) depuis un an également. J'ai milité pendant plusieurs années à la CGT dans mon entreprise avec des responsabilités syndicales ; puis elles ont été interrompues par une longue période de maternité-licenciement-formation professionnelle-chômage, qui n'a pris fin que très récemment, lorsque j'ai trouvé un emploi, sans aucun rapport avec ma qualification.
Depuis des mois, quand on aborde la question des enfants dans les réunions de la LCR on entend soit :
— « Ce n'est pas le problème du parti ; on doit régler ça dans le cadre des associations de quartier ; tout ce que peut faire la LCR, c'est payer des baby-sitters pendant les réunions... »
— Soit, à propos de mes droits militants : « C'est un secteur marginal, passe encore que tu te sois consacrée à ça quand tu étais au chômage, maintenant, le travail syndical passe avant tout, on ne peut pas s'investir dans tous les secteurs sous prétexte que c’est dans notre programme. »
— On encore : « Dans la LCR, il y a ceux qui militent et ceux qui adhèrent... (dont moi sans doute qui travaille 40 heures par semaine, assume trois ou quatre réunions par semaine et élève mon enfant pratiquement seule depuis trois mois).
Une réunion de parents d’élèves, ça ne compte pas comme une réunion militante (sans doute que ça compte comme le ciné).
Je précise que je suis tout à fait consciente de l'importance du syndicalisme sur le lieu de travail et je crois ne l'avoir jamais négligé ; je suis consciente aussi qu'il faut faire des choix. Je ne réclame pas que tous les militants de la LCR s'investissent dans les associations de parents ; encore faut-il être soi-même motivé sur la question et avoir un ou des enfants !...
Je voudrais que l'existence d'individus en grand nombre qui s'appellent des enfants commence à être considérée comme une question importante dans la LCR au même titre que s’est imposée la question des femmes.
Si ce numéro des Cahiers pouvait y contribuer, ce serait un grand succès.
<r Pas de socialisme sans libération des femmes et des enfants » ou dans l'immédiat : « Les femmes et les enfants <f abord ».
Anne-Marie, militante de la LCR et mère d'un petit enfant
Notes
- Anne-Marie, militante de la LCR et mère d'un petit enfant