A l’époque du MLAC et des grandes mobilisations pour le droit à l’avortement, Rouen fut un des « hauts lieux » du féminisme.
La vague du reflux ne l’a pas épargnée... Cependant, comme à Nantes, des femmes continuent à se rencontrer, à se réunir...
Les groupes femmes, qui furent très forts dans les années soixante-dix, ont peu à peu décliné, pour disparaître complètement il y a environ trois ans. Mais il existe toujours à Rouen, comme dans d’autres grandes villes, des lieux consacrés aux femmes et à leurs problèmes spécifiques : foyer de femmes battues à Elbeuf (près de Rouen), centre d’insertion à la vie professionnelle, bibliothèques, associations culturelles, etc. Autant de petits pôles éclatés, éparpillés, mais dont les animatrices se connaissent pour avoir participé ensemble à des manifestations (à l’occasion du 8 Mars par exemple) ou à des collectifs (comme le Collectif contre le viol l’an dernier), et qui traduisent une même volonté de continuer à agir, de ne pas baisser les bras, apportant par là un démenti — fut-il discret — à tous ceux qui glosent sur « la mort du féminisme ».
Du côté des syndicats, même si l’UD-CGT maintient sur le papier un secrétariat chargé du secteur féminin, c’est plutôt le calme plat... Mais la Commission syndicale femmes CGT de l’hôpital psychiatrique fonctionne toujours, souvent interpellée sur l’hôpital par des problèmes locaux (temps partiels, horaires de la crèche du comité d’entreprise, etc.) et se mobilise chaque année autour du 8 Mars, en se joignant, quand il y en a, aux initiatives du mouvement sur la ville.
Cependant l’essentiel des forces féministes militantes, après la disparition des groupes femmes locaux, tourne aujourd’hui autour de deux pôles : le Planning familial et le Café des femmes Adèle Blanc-Sec.
Le premier est représenté par deux groupes assez dynamiques, l’un à Rouen, l’autre à Saint-Etienne-du Rouvray. La plupart de ses militantes et militants étant également investis dans d’autres associations ou collectifs (sur le viol, les femmes battues, la petite enfance, ou l’association Naître en Haute-Normandie, etc.), le Planning est devenu, de fait, un lieu important de centralisation de l’information pour tout ce qui concerne spécifiquement les femmes dans l’agglomération. Il a également des liens avec le Café des femmes, par l’intermédiaire de quelques militantes des anciens groupes femmes qui ont rejoint le Planning.
Le café « Adèle Blanc-Sec »
A l’époque où les groupes femmes disparaissaient peu à peu, quelques féministes rouennaises s’étaient regroupées en association autour d’un projet de café. Celui-ci a vu le jour, il y a maintenant presque quatre ans et compte encore aujourd’hui plus d’une centaine d’adhérentes. Les animatrices de ce lieu sont certes moins nombreuses qu’au début, mais les initiatives qui y sont organisées rencontrent chaque fois un succès non négligeable : Nuit du cinéma de femmes tous les ans en juin, stage de self-défense (femme-Do-chi), débats (cette année sur le thème de l’éducation non sexiste, sur les problèmes de patronyme, etc.).
Lors d’une assemblée générale de bilan qui s’est tenue à la fin du mois de juin dernier, des perspectives pour l’année qui vient ont été esquissées : les idées n’ont pas manqué, notamment celle de reprendre le débat sur le sexisme, avec plus d’ampleur, en se joignant à d’autres forces locales pour l’organiser.
Signalons encore, pour compléter ce rapide tour d’horizon, le Collectif contre le viol. Très actif l’an dernier, il s’est mis cette année en veilleuse, car les perspectives d’une mobilisation (relais nécessaire pour son développement) ne se sont pas présentées. Mais les associations qui en sont partie prenante ont décidé de rester en contact et de se retrouver à la première occasion (procès, agressions locales, etc.).
Quant aux Cahiers du féminisme , ils sont plutôt bien accueillis dans tous ces lieux, et en avril dernier nous avons organisé, comme cela s’était fait à Paris, la projection du film de Margarethe von Trotta, Rosa Luxemburg. La salle était pleine à craquer et de nombreuses personnes n’ont malheureusement pas pu entrer (alors que le film avait déjà été projeté sur la ville...). Le débat qui suivit fut riche et passionnant. Bref, un résultat encourageant !
Voilà donc, brièvement, l’état des lieux sur Rouen. J’en oublie certainement, que l’on me pardonne... Mais je crois qu’ici comme ailleurs tous ces pôles féministes — qui connaissent des problèmes de forces militantes réels, et qui ont beaucoup de mal à se faire connaître vu le boycott complet des médias — sont autant de morceaux d’un même puzzle qu’il faudrait rassembler pour redonner force et vie à l’ensemble. Dans son hétérogénéité, le mouvement des femmes tout entier en sortirait renforcé.
Notes
- Maryvonne correspondante Rouen