La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 46, automne 1988 · p. 25-26 · 2 561 mots

Stage des comités

La commission femmes des Comités d’initiative pour une nouvelle politique à gauche (ex-comités Juquin) prépare un stage de travail qui aura lieu les 15 et 16 octobre prochain à Paris. Au programme de ce stage, plusieurs débats : féminisme et anticapitalisme ; la place des femmes dans les comités ; l’évolution de la situation des femmes dans la société et les axes de lutte à mettre en avant.

Cette initiative avait été annoncée lors de la réunion nationale des comités en juin dernier, au sortir de la campagne présidentielle, après une réunion entre femmes qui avait permis de commencer à mieux cerner les besoins comme les critiques et les interrogations. La bataille pour la parité hommes-femmes est évidemment de celles qui suscitent les débats. Elle a connu en tout cas un début de concrétisation, avec une composition moins largement masculine de l’assemblée. Mais n’a-t-elle pas eu tendance à occulter parfois des questions ressenties comme tout aussi importantes ? Ainsi de la situation concrète des femmes et des revendications féministes à mettre en avant aujourd’hui, des activités à mener dans le cadre des comités mais en se tournant vers l’extérieur... Ce débat est à l’heure actuelle largement ouvert. En tout état de cause, la tenue de ce stage correspond à un besoin exprimé par beaucoup : celui de prendre le temps — une fois passé une période électorale agitée — de se rencontrer sur le plan national, de réfléchir ensemble et de se donner ainsi les moyens d’une lutte commune plus efficace.

Pour tout renseignement : Comités d’initiative pour une nouvelle politique à gauche, commission femmes, 40, rue de Malte, 75011 Paris.

Le Dr Schwartzenberg se trompe de campagne

Malgré tout le respect et la sympathie que nous éprouvons pour le Dr Schwartzenberg, médecin le plus médiatique, nous ne pouvons nous empêcher d’exprimer notre désaccord sur sa manière de faire campagne contre le SIDA.

Il a raison, bien sûr, lorsqu’il stigmatise l’hypocrisie et l’insuffisance de la campagne publicitaire lancée par Michèle Barzach (« le SIDA, il ne passera pas par moi »). Ajuste titre, il insiste sur la nécessité d’informer franchement et sans pudibonderie sur les préservatifs. Nous sommes encore d’accord avec lui lorsqu’il suggère d’informer systématiquement les femmes enceintes et de leur proposer le test de telle sorte qu’elles puissent avorter à temps, si nécessaire. Encore faut-il être clair, très clair, sur le fait qu’il ne peut s’agir que d’un test volontaire et cela pour plusieurs raisons : — un enfant sur deux né d’une femme séropositive est parfaitement normal ; -il n’y a pas de traitement efficace contre le SIDA. En conséquence, tout ce qui pourrait inciter des personnes à se soustraire à des examens médicaux (examens prénataux ou autres) par peur des conséquences doit être banni ; le test obligatoire du SIDA fait partie de la panoplie et malheureusement le populaire Dr Schwartzenberg est loin d’être clair à ce sujet : qu’est-ce que signifie en effet un dépistage systématique non obligatoire ? De quoi, sans le vouloir, alimenter la campagne de Le Pen.

Par ailleurs, si nous comprenons l’angoisse du personnel hospitalier qui pourrait éventuellement être contaminé lors de manipulations sans précautions ou à l’occasion d’une opération, il serait démagogique voire criminel de laisser entendre que le dépistage systématique des hospitalisés réglerait le problème de la sécurité du personnel, pour les raisons invoquées plus haut. Donc là encore, il ne peut s’agir que d’un dépistage volontaire. De toute façon, ce dépistage ne réglera pas la question de la contamination. Seul un effort prodigieux d’information et de prévention auprès des jeunes est susceptible de modifier les comportements sexuels dans l’attente d’un vaccin et d’un traitement. Ce n’est malheureusement pas encore demain la veille.

Triste pays...

Créé à Nantes il y a deux ans, le Collectif féministe de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CLACS) s’efforce de briser le silence qui entoure encore trop souvent le viol et les violences sexuelles.

Une permanence téléphonique fonctionne au 40 94 22 95. Nous publions ici un texte que le CLACS nous a envoyé.

A propos d’un viol collectif à Missillac d’une jeune fille de quatorze ans, violée, sodomisée, menacée de mort :

Nous dénonçons la banalisation de l’horreur du viol.

Triste pays où les victimes sont coupables, responsables des violences qu’elles ont subies, obligées de fiiir, mises en quarantaine.

Triste pays où l’on prend la défense des agresseurs qui se sont mis à plus de dix pour violer une jeune fille qui était leur copine...

Triste pays où l’on plaint les familles sur qui la honte s’abat... à cause d’elle, où l’on met en avant le divorce de la mère pour démontrer qu’une fille de quatorze ans qui se fait violer aurait des antécédents.

Triste pays où l’on sait mais se tait, où, après l’arrestation des violeurs le dernier mot d’un patron de bistrot c’est : « il ne reste plus qu’à se branler maintenant »...

Si le silence autour des violences sexuelles a commencé à se briser, il reste encore du chemin à parcourir :

— pour que les victimes de violences sexuelles passent de la honte à la colère, qu’elles n’aient plus à se taire, à se sentir coupables ;

— pour que les viols soient reconnus comme des crimes, non comme des faits divers ;

— pour combattre tout ce qui « légitime le viol » : pornographie, publicité, place des femmes dans la société ;

— pour que les victimes trouvent aide, compréhension et solidarité ;

— pour que les garçons et les hommes aient une autre image des filles et des femmes.

Afin qu’une fille de quatorze ans que l’on a forcé à vieillir dans son corps et sa tête puisse maintenant grandir dans la dignité et le respect.

Humiliées, battues, violées, tuées, les femmes en ont assez.

Solidarité pour cette jeune fille et toutes les victimes de violences sexuelles. La manifestation du

1 6 septembre prochain nous permettra largement de manifester indignation et solidarité.

Nous appelons toutes les associations à envoyer à la jeune fille et à sa famille le témoignage de leur solidarité.

Pour information : CLACS : 41, route de la Chapelle-sur-Er-dre, 44 300 Nantes, Tél. : 40 94 22 95.

Assistance aux enfants victimes de violences

Le travail systématique et les efforts obstinés du Collectif féministe contre le viol dont nous avions rendu compte dans le n° 43 des Cahiers du féminisme (hiver 1987) vont-ils enfin aboutir?

C’est ce que pourraient laisser croire les articles parus dans la presse le lundi 19 septembre dernier. Hélène Dorlhac, secrétaire d’Etat à la famille vient en effet d’annoncer une série d’initiatives en vue de prévenir les violences et abus dont sont victimes les enfants, en premier lieu les viols par inceste.

Ce jour là, à Paris comme en province devaient se réunir des « spécialistes » de l’enfance pour discuter de ces abus commis en secret au sein même de la famille. Une brochure a été conçue (que nous n’avons pas eu l’occasion de lire) sur ce thème ; « Les abus sexuels à l’égard des enfants, comment en parler », à destination des associations. Par ailleurs un film canadien « Mon corps, c ’est mon corps » va être diffusé à la demande dans les écoles. Un groupe de travail doit être constitué en octobre et dans chaque département sera mise en place une « coordination des services de police, de justice et de travailleurs sociaux ».

L’intention est bonne mais il est certain que si les militantes féministes ne s’en mêlent pas, tout cela restera lettre morte vu la montagne de tabous et de préjugés qu’il faut soulever dès lors qu’on aborde la question de la sexualité, à fortiori la sexualité des enfants...

De ce point de vue, incontestablement ce qui a été fait au Canada peut servir d’exemple.

En bref

Viols : chronique de l'été

Procès de l'excision

20 juillet : une femme chauffeur de taxi a été violée par un client à proximité du quartier de la Croix-Rousse (Lyon) où trois viols ont été commis en un mois et demi. En menaçant de l’étrangler, l’homme a contraint la conductrice à se garer sur un chemin de halage le long du Rhône. Après l’avoir violée, il s’est emparé des deux cents francs que contenait la caisse du taxi puis a disparu.

26 juillet : Céline J., 7 ans, a été violée, torturée et assassinée alors qu’elle était en vacances chez son père dans les Alpes de Haute-Provence.

28 juillet : Sandrine, 9 ans, a échappé de justesse à la mort, après avoir été violée.

29 juillet : Elisabeth C. F., 20 ans, est retrouvée étranglée à l’aéroport de Roissy après avoir subi des sévices sexuels.

2 août : une jeune fille, 18 ans, est violée à Beynost.

Août : une jeune femme est contrainte par trois hommes armés et masqués à abandonner sa voiture et à les suivre à bord de leur « 205 » ; ils l’ont emmenée dans un endroit désert où ils l’ont violée.

9 août : Tatiana, 1 4 ans, a été violée par une bande de onze garçons qui lui ont infligé cinquante rapports. En juin et en juillet, elle avait été violée par eux cinq fois. Seuls deux jeunes reconnaissent avoir été « un peu dégueulasses », les autres ne manifestent ni remords ni regret.

16 août : une jeune femme, 22 ans, est violée puis séquestrée trois jours dans le Maine-et-Loire.

2 1 août : à la Fête des Loges, à Saint-Germain-en-Laye, deux forains ayant entraîné une cliente dans leur caravane l’ont violée.

27 août : un père de famille a avoué qu’il violait depuis une douzaine d’années ses trois filles qui ont entre 14 et 25 ans aujourd’hui. Il voulait violer la quatrième, 1 3 ans, quand la mère a « craqué » '.

Début septembre : près de Toulon, un père de famille avoue une centaine de viols commis sous la menace d’une arme. Son commentaire : « De quoi m 'accuse-t-on ? je n 'ai jamais été violent. »

Depuis le début de l’année 1988, près de 3 000 viols ont été déclarés en France : il s’agit d’une augmentation de 20 % pour le premier semestre 1988 par rapport à celui de 1987. Un tiers des viols commis depuis le début de l’année ont eu lieu entre le 1 er juin et le 1 er août.

Mais il est difficile de déterminer quelle est la part des viols non déclarés. Un tiers pour le ministère de l’Intérieur? davantage pour les associations féministes... Le Collectif féministe contre le viol2 qui poursuit son combat sait combien il est difficile et douloureux pour une femme, après avoir été violée, de faire les démarches nécessaires pour dénoncer ce crime. C’est pourtant indispensable.

C’est quotidiennement que des femmes sont violées, bafouées et humiliées. C’est quotidiennement qu’elles doivent lutter, solidaires, contre ces crimes.

1 . Voir Cahiers du féminisme n° 33, dossier « Violences », et n° 43, dossier « Au travail, dans la famille, ces viols ignorés ».

2. Collectif féministe contre le viol c/° MFPF. 4, square Saint-Irénée, 75 011 Paris. Tél : 05 05 95 95 (appel gratuit).

Le 3 avril 1983, Mantessa, un mois, est morte à Saint-Denis, d’une anémie aiguë provoquée par l’hémorragie qui a suivi l’excision opérée la veille, par sa mère et la seconde épouse de son père.

Selon les régions d’Afrique, l’excision est une opération consistant à couper le clitoris et les petites lèvres des petites filles, et peut aller jusqu’à l’infibulation ou fermeture presque totale du sexe par suturation.

Pour Mantessa, il s’agissait d’une excision « simple ».

Le procès qui a eu lieu à la cour d’assises du Val-d’Oise les 27 et 28 mai dernier a été celui de l’excision : face à l’interprète malien et à l’expert psychiatre qui évoquaient les traditions « qui datent des pharaons » {« J’ai appris ça [s/c], c’est pratiqué par tout le monde, on ne peut aller à l’encontre de ça » ou encore « Il faut se garder d’un certain occidentalo-centrisme. »), les associations qui s’étaient portées

Antoinette de septembre (journal de la CGT) publie les résultats d’une enquête sur les salaires féminins.

« 3 354 réponses parvenues dans les délais ont été traitées (...). Elles proviennent de 66 départements, de 120 établissements ou entreprises représentant 8 secteurs du privé et 11 du secteur public et nationalisé. » Plus des deux tiers des femmes ayant répondu ont moins de 40 ans, vivent en couple, avec au moins un enfant. La majorité est employée (37,8 %) mais 15,5 % sont ouvrières. Quand elles sont agents de la fonction publique, elles appartiennent à 49,9 % à la catégorie C (22,3 % à la catégorie B).

Voici quelques éléments saillants de cette enquête.

Pour 90 % des femmes ayant répondu, le salaire ne correspond pas aux besoins : « Vous vous privez à 88 % sur les loisirs, 67 % sur l’habillement, et 20 % sur le logement. » 70 % gagnent moins de 6 000 francs net par mois.

Les augmentations de salaires, quand il y en a eu (4 1 % des cas), ont été inférieures en général (77 %) à 150 francs. Les primes représentent une composante importante du salaire et sont partie civile (Enfance et partage, SOS-Femmes alternatives, le Comité français pour l’abolition des mutilations sexuelles, et le MFPF*) ont pu dénoncer avec le professeur Schwartzenberg « la coutume barbare infligée aux petites jilles qui fait d’elles, devenues femmes, des couveuses vivantes, à qui il est interdit tout plaisir sexuel ». « Ceux qui pratiquent les excisions sont des tortionnaires actifs, et tous ceux qui acceptent de tolérer cette coutume au nom d’une prétendue civilisation perdue deviennent par là même des tortionnaires passifs. »

La cour d’assises a prononcé une peine de trois ans avec sursis à l’encontre du père de Mantessa et de ses deux épouses. Pour la première fois, un jury populaire a confirmé le raisonnement du parquet suivant lequel l’excision est un crime (art. 312 du Code pénal).

* A part Enfance et partage, les autres associations ont été jugées irrecevables.

liées en général aux conditions de travail. Pour 58 % des réponses, les connaissances (formation initiale et continue, savoir-faire) ne sont pas prises en compte ni dans le salaire ni dans la classification. Plus de la moitié n’ont jamais eu de promotion.

Les ouvrières travaillent dans les pires conditions : 88,7 % ont plus de 5 ans d’ancienneté, 80 % n’ont jamais suivi de formation continue, 76,9 % n’ont jamais eu de promotion, 44,3 % ont un CAP. 49,1 % des ouvrières font de 4 à 8 heures supplémentaires, 18,6 % travaillent en équipe et 6 % à temps partiel.

Enfin, sur la question de l’égalité, les réponses sont contradictoires : 63 % pensent qu’il n’existe pas d’inégalités dans leur entreprise, mais 74 % des ouvrières disent qu’elles en sont victimes. 59 % pensent qu’à ancienneté égale, une femme a autant de chances de promotion qu’un homme, mais 6 1 % des ouvrières répondent non.

« En ce qui concerne la maternité, l’enquête nous apprend que vous êtes 28 % à avoir été pénalisées dans votre déroulement de carrière et 39 % à avoir subi une perte de salaire par la suppression des primes liées aux conditions de travail. »

Salaires féminins : Antoinette enquête

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