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Tribunal européen contre la pauvreté des femmes

· Cahiers du féminisme, n° 46, automne 1988 · p. 18-21 · 3 268 mots

Entretien avec Aline, Isabelle, Magda.

Tribunal contre la pauvreté des femmes

Les 10, 1 1 et 12 novembre prochain, à rinitiative de la Coordination européenne des femmes se tiendra à Bruxelles le Tribunal européen contre la pauvreté des femmes. Aline, Isabelle et Magda, qui participent activement à sa préparation, nous présentent les ob jectifs de cette initiative.

♦ Présentez-nous la Coordination européenne des femmes.

Isabelle — L’idée a émergé en 1983 à l’initiative de quelques féministes autonomes, regroupées en coopérative, qui éditaient une revue bimensuelle étudiant l’attitude de la Communauté européenne vis-à-vis des femmes. Il existait alors à Bruxelles environ un millier de groupes de pression, comme le groupe de pression des agriculteurs (COPA), la Confédération européenne des syndicats (CES), mais aucun concernant les femmes. Une réunion s’est tenue à Bruxelles en décembre 1983 où les déléguées ont créé la Coordination européenne des femmes. L’objectif de celle-ci est de lutter contre les discriminations envers les femmes, contre les inégalités et l’oppression, pour la libre disposition de leur corps et le libre choix de leur sexualité. Depuis sa création, la coordination se bat pour être reconnue officiellement comme les nombreux autres groupes de pression.

♦ Quelles ont été les activités de cette coordination ?

Isabelle — Nous avons étudié les textes de la Communauté européenne et leurs applications dans les différents pays. Nous avons ainsi analysé les inégalités entre hommes et femmes résultant de l’appücation d’une directive de 1978 sur la Sécurité sociale et plus largement sur la protection sociale. Nous avons également examiné les projets de directives sur le travail à temps partiel, le travail intérimaire, la flexibilité, le congé parental, tous projets concernant au premier chef les femmes, même s’ils étaient apparemment asexués. Et nous avons bien sûr étudié de près le programme d’action en faveur des femmes adopté par la Communauté. Sur tous ces points, nous avons fait des rapports volumineux, détaillés, et parfois nous avons porté plainte. Nous avons parallèlement adopté des positions de politique générale comme par exemple sur les violences.

♦ Pourquoi avoir choisi le thème de la pauvreté ?

Isabelle — Depuis deux ans, nous avons décidé de travailler sur la pauvreté des femmes dans la CEE parce que nous nous sommes rendu compte que le deuxième programme de lutte contre la pauvreté adopté par la Communauté européenne pour 1985-1988 ne parlait absolument pas des femmes. Or, ce programme dispose d’un budget de vingt-cinq millions d’écus (un écu égale sept francs) destiné à financer des actions locales spécifiques, à essayer d’élaborer à partir de ces expériences des échanges, des transferts de connaissances, de méthodologies au niveau des techniques pour lutter contre la pauvreté. Il est fixé autour de huit thèmes : les jeunes sans travail, les personnes âgées, les sans-abris, les immigrés, les familles monoparentales, les actions intégrées urbaines, les actions intégrées rurales.

Aline — Le problème essentiel est un problème de paupérisation générale. Il nous a semblé que, comme d’habitude, les femmes étaient en première ügne du fait de leur surexploitation et de leur oppression.

Isabelle — Finalement, le thème de la pauvreté recouvre tous les aspects de la vie des femmes ; ceci est beaucoup plus visible dans la situation de crise actuelle : tant qu’il y avait une situation d’expansion économique, les femmes accédaient au marché du travail — avec un salaire moins important que celui des hommes, bien sûr, avec une formation souvent inadaptée — mais elles étaient portées par l’élan économique capitaliste. Les autres conséquences économiques sur la vie des femmes dues à l’oppression étaient cachées. C’est ce que les Belges dans leurs analyses appellent la « pauvreté structurelle des femmes », considérant que les femmes ont une situation économique dépendante de celle de leurs maris mais que de fait elles sont pauvres. Il ne s’agit pas aujourd’hui d’une nouvelle pauvreté, c’est simplement la crise actuelle qui nous permet de redécouvrir la situation réelle des femmes. Dans le mouvement des femmes, en examinant l’oppression des femmes, on ne la voyait jamais dans toutes ses conséquences économiques.

♦ Cette analyse se retrouve-t-elle dans tous les pays ?

Magda — Cette situation n’existe pas seulement en France ou dans les pays industrialisés, elle se retrouve à l’échelle de toute la CEE. S’il y a une pauvreté plus importante en Espagne, au Portugal ou en Grèce par rapport aux autres pays dits industrialisés, nos échanges nous permettent de constater que, dans tous les pays, ce sont toujours les femmes qui subissent une pauvreté plus grande que les hommes.

♦ En vous lançant sur ce thème, quels sont vos objectifs ?

Isabelle — Nous avons décidé de dénoncer la non-prise en considération par la Communauté européenne et les gouvernements nationaux de la pauvreté spécifique des femmes, et pour cela d’organiser un tribunal de dénonciation à Bruxelles l’an prochain.

Pour nous, 1992 ne doit pas être seulement la libre circulation des capitaux, cela doit être l’Europe de tous et toutes les citoyen(ne)s, cela doit être un minimum de droits assurés : droit au logement, à la santé, à un emploi, à la culture et à la reconnaissance de la personne. L’objectif de notre tribunal ne doit pas être restrictif, nous savons parfaitement que la situation européenne est moins dramatique que celle des pays en voie de développement, mais nous ne pouvons traiter tous les problèmes en même temps.

Aline — Le but est de faire ressortir, par le témoignage des femmes concernées, le fait que la paupérisation des femmes va en s’accentuant et d’interpeller les autorités en place, tant celles de la Communauté que celles des pays membres.

♦ Est-ce que vous vous êtes adressées à d’autres associations susceptibles de lutter avec vous, par exemple les syndicats ?

Magda — Théoriquement nos partenaires, nos interlocuteurs naturels seraient aussi les syndicats et les partis politiques de sensibilité de gauche. Théoriquement ! Mais comment se fait-il qu’on ne trouve pas d’écho auprès de ces partis politiques ou de ces syndicats ? Le seul dialogue que l’on a pu instaurer, c’est avec les associations caritatives qui, elles, sont confrontées journellement au problème de la pauvreté.

Isabelle — La première constatation, c’est que les syndicats ont été incapables de créer des syndicats de chômeurs ; à partir de là, quelles actions peut-on mener conjointement ? C’est le plus grave échec du mouvement ouvrier. Nos alliés réels sont les associations caritatives.

♦ Ces associations ont-elles remarqué une pauvreté spécifique des femmes ?

Magda — Certaines oui, mais pas toutes. La plupart agissent sur le terrain et répondent à une demande immédiate. Par contre, nous avons rencontré dans certaines associations, comme Em-maüs ou la Fédération nationale de réinsertion sociale (FNARS), des femmes, particulièrement des travailleuses sociales, qui avaient une réflexion politique vis-à-vis de la pauvreté des femmes et de sa spécificité.

Isabelle — Mais à nos questions, pourquoi si peu de foyers d’accueil temporaire pour femmes par rapport aux foyers pour hommes, pourquoi si peu de femmes dans les soupes populaires (qui portent le si joli nom de « soupes de jour »), les réponses ne sont absolument pas satisfaisantes. Seule une réflexion féministe est à même de permettre une analyse sérieuse, de faire des propositions et d’avancer des revendications contre la pauvreté des femmes.

♦ Quels moyens avez-vous trouvés pour analyser ce problème ?

Magda — L’ayant cerné de manière théorique, nous avons décidé de le concrétiser ; d’abord par un questionnaire élaboré par des femmes de Paris, qui a été diffusé dans toute l’Europe, traduit, mis sur informatique ; le but est de savoir ce qui a amené les femmes à cette situation de pauvreté. On retrouve l’éducation reçue, la formation professionnelle inadaptée, le poids de la famille avec la charge des enfants, plus tous les problèmes liés à la pauvreté tels les problèmes de santé et la réflexion des personnes autour de leur propre vie.

Aline — Le questionnaire est fait — et c’est ce qui le distingue d’un questionnaire qui aurait été établi par des instituts de sociologie — en vue d’avoir un contact direct et de faire ressortir la perception que les personnes en situation de pauvreté ont de leur vécu. Nous réalisons actuellement un film- vidéo où la parole est donnée à des femmes démunies.

♦ Qui a mené les enquêtes, qui a rencontré ces femmes ?

Isabelle — Partiellement nous, partiellement les travailleurs sociaux des organisations caritatives avec lesquelles nous étions en contact. En France environ 500 questionnaires ont été remplis. Le dépouillement n’est pas encore terminé mais on peut d’ores et déjà donner une première analyse du vécu de ces femmes. Elles sont dans des situations désespérées, elles ne voient pas d’issue, elles pensent au mieux qu’elles s’en sortiraient par une allocation type revenu minimum mais surtout si elles pouvaient trouver un emploi.

Aline — Elles viennent de milieux déjà défavorisés, elles ont souvent commencé à travailler très jeunes, dans des conditions précaires, au noir, dans des petits boulots ou des travaux très mal payés, elles ont arrêté à cause des enfants ou d’une maladie. Les revenus d’un grand nombre de ces femmes sont tellement minimaux qu’un évènement qui nous paraît mineur les précipite dans une situation d’extrême pauvreté, c’est souvent la maladie, le chômage ou le divorce.

Magda — Et ceci entraîne des phénomènes de malnutrition pour elles et leurs enfants, l’absence de soins dentaires, de soins ophtalmologiques ; tout ce qui se retrouvera par la suite et aggravera la situation.

♦ Quels types de femmes avez-vous rencontrés ?

Isabelle — D’après les témoignages, nous avons affaire à plusieurs catégories de femmes : il y a des femmes âgées dont l’espérance de vie est supérieure à celle des hommes (plus de huit ans) et qui sont majoritairement bénéficiaires du Fonds national de solidarité (2 760 F par mois) ; ceci s’explique par les différences de salaires (elles ont en général exercé des métiers plus mal payés) et par le fait qu’elles ont exercé une activité professionnelle déclarée moins longue que celle des hommes (elles ont en moyenne 25 ans de cotisation retraite).

Ce qui apparaît très clairement dans les témoignages, c’est que ces femmes ont dépensé toute leur énergie à faire vivre leur famille, à assurer leur double journée de travail, à assurer le minimum vital en travaillant à l’extérieur, à s’occuper des enfants... Elles se retrouvent définitivement sans espoir, elles se sentent complètement « blousées » et pensent qu’il est faux de dire qu’à cet âge-là on a moins besoin de ressources, que c’est au contraire à cet âge-là qu’on voudrait avoir des plaisirs qu’on n’a pas pu se permettre quand on élevait les enfants. Ce sont des témoignages assez déchirants.

Magda — C’est aussi à cet âge-là que les problèmes de santé sont les plus graves. En plus, du fait de la crise et du chômage, elles se retrouvent maintenant avec des enfants à charge.

Isabelle — Il y a aussi les jeunes, dont la situation est mieux connue. Pour elles, c’est l’engrenage : une qualification non reconnue par les entreprises, l’exigence par ces mêmes entreprises d’avoir une expérience et de l’ancienneté et maintenant les propositions de travaux nouveaux tels les TUC, SIVP... Travaux précaires par excellence, que les jeunes définissent elles-mêmes comme la galère, qui ne leur permettent pas de vivre et ne les mènent nulle part. Pour les filles, c’est aggravé du fait de leur formation ; nous avons rencontré, par exemple, une jeune fille qui a fait une formation de comptable, métier qui disparaît ou du moins se transforme ; mais pour l’ANPE, elle est considérée comme formée et n’est donc pas prioritaire pour des stages. Autre exemple, les écoles de secrétariat forment rarement au traitement de texte, pourtant exigé partout.

♦ Cet état de fait maintient-il plus les jeunes filles dans le giron de la famille ?

Magda — Elles restent dans l’environnement de la famille.

Aline — Mais cela nous l’avons constaté aussi bien chez les filles que chez les garçons. Nous avons constaté aussi qu’elles n’ont pas clairement conscience d’être discriminées. On trouve des contradictions dans leur discours mais la plupart du temps elles disent que c’est la même galère pour tous.

Isabelle — La troisième catégorie, ce sont les femmes immigrées : il y a celles venant des pays extérieurs à la Communauté et les immigrées de l’intérieur de la Communauté, par exemple les femmes de ménage portugaises qui subissent une pauvreté relative. A Paris nous avons rencontré un groupe de femmes sénégalaises, musulmanes, à Marseille nous avons des contacts avec un groupe de femmes khmers.

Il y a enfin les femmes ayant des enfants à charge. Le nombre de familles mono-parentales s’accroît d’année en année (90 % ont pour chef de famille des femmes).

♦ Quelle est d'ores et déjà votre analyse ?

Isabelle — Ce qui nous apparaît clairement au niveau du vécu, c’est que par rapport à la pauvreté des hommes, la pauvreté des femmes est cachée. Nous voulons analyser pourquoi, pourquoi peu de femmes mendiant dans le métro, pourquoi si peu de femmes aux soupes populaires. Nos conclusions actuelles sont que les femmes ont été éduquées à prendre en charge le foyer familial, elles résistent beaucoup plus longtemps, elles consacrent beaucoup plus d’énergie à conserver ce foyer, donc à payer le loyer, à faire la cuisine, à aller en fin de marché ramasser les légumes avariés. Elles ont d’autre part une résistance beaucoup plus grande, ceci nous a été signalé par toutes les associations caritatives, mais quand elles « craquent » c’est plus grave.

Aline — En fait, les femmes ne sont jamais prises en charge, alors que les hommes savent consciemment ou non qu’ils font partie d’une société qui jusqu’à un certain point peut les tirer d’alfaire. Les femmes n’ont pas une véritable intégration dans la société.

Isabelle — Ce qui nous amène à notre fil conducteur : l’exclusion. Exclusion pour les femmes pauvres de la vie sociale, politique et économique. Nous ne voulons pas entrer dans le débat : quel est le revenu minimal pour vivre, parce que — nous le voyons très bien grâce aux questionnaires — c’est une donnée subjective ; une personne jeune a besoin pour être intégrée dans la société d’aller en boîte, de fumer des cigarettes... tandis qu’une personne âgée a besoin d’avoir une bonne santé, d’avoir les moyens d’inviter quelqu’un à dîner, à prendre un café. L’important pour nous, c’est que les femmes puissent être intégrées et pour cela aient les moyens de l’être.

♦ Quels moyens envisagez-vous alors pour cette intégration ? Parler d'un revenu minimum a le mérite de porter le débat sur la place publique et de permettre des actions communes autour de cet objectif...

gionaux. Le 8 octobre à Paris, une journée nationale rassemblera tous ces travaux. Des propositions seront élaborées pour être ensuite débattues lors du Tribunal qui se tiendra les 10, 11 et 12 novembre 1988 à Bruxelles.

Propos recueillis par Marie-Annick Vigan

Aline — Nous n’avons jamais discuté d’un montant précis, nous avons surtout discuté des textes de la CEE décrivant la pauvreté et se référant à un seuil minimum de quatre mille franc par mois et par personne. Nous insistons sur le fait que la CEE doit tirer les conséquences des définitions qu’elle adopte et donc doit agir contre la pauvreté des femmes.

Magda — Cela dépend aussi des autres mesures... si le logement est garanti, le montant du revenu minimum se pose différemment.

Isabelle — Ce que je voulais dire, c’est qu’on ne peut se laisser entraîner dans l’idée que les seuls besoins sont le logement et les repas. L’exclusion prend toutes sortes de formes et nous voulons les combattre toutes.

Aline — Tu dis, une bagarre sur le revenu minimum est plus facile à mener immédiatement : c’est peut-être vrai pour un parti politique ou un syndicat mais nous n’en sommes pas là. Actuellement il nous faut sensibiliser jusqu’aux partis de gauche et d’extrême-gauche.

♦ Mais est-ce que vous envisagez à terme Vidée d'une campagne associant justement des associations féministes, caritatives, des partis, des syndicats.. ?

Magda — C’est une suite logique. Si on veut faire prendre conscience de la paupérisation des femmes, il faut convaincre les partis et les syndicats et utiliser le relais des médias.

♦ Les femmes que vous avez vues sont-elles susceptibles de collectiviser leur vécu ?

Isabelle — Oh ! Elles comptent sur nous.

Aline -Elles comptent sur nous, entre autres parce qu’elles sont submergées par le quotidien, mais on en rencontre qui sont intéressées par la politique. Par exemple quand on leur demande : qui doit apporter une solution, elles répondent le revenu minimum ; comment ? par l’Etat, par l’impôt sur les grandes fortunes.

♦ Comment ce tribunal se prépare-t-il ?

Isabelle — De nouvelles villes se sont mobilisées comme Marseille, Montpellier, Lille, Lyon mais d’autres régions n’ont pas répondu à nos appels. Ces groupes ne réunissent pas seulement des « féministes politiques », mais toutes sont des femmes qui prennent en compte une certaine réalité d’aujourd’hui, convaincues qu’il faut aujourd’hui se battre contre la pauvreté...

♦ Quelles sont les échéances ?

Magda — Des assises régionales d’abord, le 24 septembre, qui seront l’occasion de débats, de témoignages et d’interpellations des pouvoirs ré-

Témoignages

Une femme vivant en Guadeloupe

J’ai 56 ans. J’ai beaucoup travaillé, déclarée ou non à la Sécurité sociale.

J’ai élevé seule mes quatre enfants qui sont tous grands maintenant. L’aîné a 36 ans et le dernier 2S ans. Leur propre situation ne leur permet pas de m’aider. Ma dernière fille vit chez moi avec sa fille de 6 ans. Je les ai entièrement â ma charge.

Ma fille est au chômage depuis cinq ans ; elle ne perçoit plus rien et ne trouve pas d’emploi. Moi, j’ai perdu mon emploi en 1979 : j’ai été aux prud’hommes ; puis j’ai fait une demande à l’ASSEDlC. Je n’ai rien perçu.

J’ai été voir l’assistante sociale : rien.

J’ai demandé l’aide sociale : rien.

A mon âge on ne trouve pas d’emploi facilement. Je ne sais que faire. Je suis dans une situation désespérée. Je ne sais pas à quoi j’ai droit et où m’adresser.

Je suis seule avec ma famille et mes petits-enfants, sans secours...

La galère des jeunes

J’ai 20 ans et, depuis que j’ai 17 ans, je vis de galère en galère.

J’ai eu un CAP d’aide-comptable, après la troisième. Je crois que ça ne sert à rien à cause de l’informatique.

Je me suis inscrite à l’ANPE. Au début, j’y allais souvent pour consulter les offres d’emploi. Mais, il n’y en avait jamais pour les jeunes sans expérience 1 (en plus, j’habite une région rurale, peu industrialisée). Je suis restée un an et demi sans emploi, ni stage,

Je ne pouvais pas faire de stage car, paraît-ii, j’avais une formation. Finalement, j’ai fait un stage de trois mois dans le textile. Ça m’a remise sur les rails, mais derrière j’ai retrouvé le chômage pendant six mois. Ensuite, on m’a proposé un TCIC dans une école. Je travaille à mi-temps. Ça dure jusqu’en juin, et ensuite ?

Financièrement c’est dur, avec 1 300 F par mois ; on ne fait que survivre. Je dépends de mes parents. Ils m’aident, mais je voudrais un peu d’indépendance. Ce n’est pas possible dans ces conditions.

Tous ceux que je connais et qui ont eu la même formation que mol sont presque tous dans la même situation.

Je ne pense pas qu’il y ait de différence entre les garçons et les filles. Eux aussi, ils galèrent, si ce n’est que j’étais dans une formation où li y avait une majorité de filles.

Je ne peux pas dire que je suis pauvre, je bois, je mange, je dors, mais ma tête est vide...

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