II existe pour les femmes seules sans ressource, des foyers créés spécialement pour elles, où elles peuvent être hébergées . Nous publions ici le témoignage d’une jeune mère célibataire qui fut accueillie quelques mois dans un de ces foyers, dans une ville de province.
Son expérience date d’il y a deux ans, mais elle garde hélas toute son actualité, même si tous les foyers ne ressemblent pas aussi caricaturalement à des prisons.
♦ Comment es-tu arrivée en foyer ?
M — J’étais chez mes parents. Je me suis retrouvée enceinte. C’est là que les problèmes ont commencé. Ma mère ne voulait pas que je garde le bébé. Alors, je me suis enfuie de chez eux, sans rien, ni argent, ni travail.
♦ Tu es allée directement au foyer ?
M — Non, j’ai été hébergée pendant un mois chez une copine, puis une assistante sociale m’a proposé d’aller en foyer.
♦ Raconte-nous ton arrivée...
M — C’est un bâtiment très fermé. On sonne et on voit une petite fenêtre s’ouvrir, comme dans une prison. La première chose qu’on m’a dit quand je suis arrivée, c’est qu’il y avait des règles à respecter. Ça se passe en entretien dans le bureau de la directrice.
♦ Quelles étaient ces règles ?
M — C’était surtout au niveau des droits de sortie. On ne pouvait pas sortir le soir et on avait un week-end sur deux où l’on pouvait découcher. Les sorties dans la journée, c’était une heure le matin et une heure l’après-midi, de 18 h à 19 h. En dehors de ces heures, il fallait demander l’autorisation, avec une bonne raison et ramener un justificatif comme quoi on était allé chercher du travail.
♦ Et à l’intérieur, comment se passaient les journées ?
M — Ce n’est pas le travail qui manquait. Le matin, on faisait le ménage à fond : gratter et cirer le parquet, faire les carreaux... Le midi, on avait des tours de cuisine par groupes avec les monitrices. Et l’après-midi, on avait ateüer : tricot, couture, repassage, broderie... On repassait et on brodait aussi les draps du foyer des hommes !
♦ Tout cela sans être payées ?
M — Si, on avait droit à un petit pécule par mois. En général, c’était cent francs. Mais seulement si on avait bien travaillé ! Si on avait le malheur de ne pas plaire à la directrice, ou si on avait mal travaillé, ça baissait à quatre-vingts francs ou moins. C’était considéré comme une récompense.
♦ Est-ce que vous deviez payer un loyer quand vous touchiez de l’argent ?
M — Oui, si on gagnait de l’argent ou qu’on avait une allocation, on versait une pension. Mais on ne pouvait rien cacher, parce que la directrice vérifiait l’argent qui rentrait, nos carnets de caisse d’épargne étaient regardés...
♦ Est-ce qu’il vous arrivait de sortir en dehors des heures autorisées ?
M — Oui, surtout le jeudi. Les monitrices avaient réunion ce jour-là. On profitait de la moins grande surveillance pour sortir en douce.
♦ Vous étiez combien dans ce foyer, et de quel âge ?
M — Au maximum, une trentaine, mais ça tournait beaucoup et on était souvent moins. La moyenne d’âge était de vingt ans, il y avait des mineures mais aussi des femmes de trente ans. Il y avait une dizaine de monitrices en permanence.
♦ Comment cela se passait avec les monitrices ?
M — Tout allait bien tant qu’on restait cloîtrées et qu’on ne posait pas de problème. Mais il y avait parfois de longs entretiens quand on voulait sortir. On était obligé de mentir pour avoir un peu de temps libre dehors.
♦ Et entre vous ?
M — On était en petits groupes de copines. On s’entraidait comme ça. Mais il n’y avait pas de solidarité entre toutes les filles. Ça marchait par groupes de copines. Parfois, il y avait des problèmes, souvent pour des bêtises, les tours de bouffe, le ménage... Cela tournait quelquefois en véritable bagarre !
♦ Combien de temps es-tu restée dans ce foyer ?
M — Trois mois. J’étais enceinte et j’allais commencer à toucher l’allocation de parente isolée. Le foyer m’en aurait piqué une partie. Alors, j’ai décidé de partir. De toute façon, au bout du septième mois, j’aurais été placée en maison maternelle. Je suis partie en mai 1986 et j’ai été un mois à l’hôtel. Puis, j’ai eu un appart. en HLM avec des copains.
♦ Comment cela s’est passé à ton départ du foyer ?
M — Je ne sais pas, je suis partie sans prévenir ! Avec une copine, on a fait nos bagages et on les a passés par la fenêtre, et on est parties sans prévenir personne. C’était un jeudi où les monitrices étaient en réunion !
♦ Et maintenant, comment vis-tu ?
M — J’ai toujours mon allocation de parente isolée, trois mille deux cents francs par mois. Mon fils a deux ans. Je vis avec une copine en HLM. Je revois toujours les copines qui étaient avec moi au foyer. Quelques unes ont trouvé du boulot. L’avenir, on verra...
Propos recueillis par Sylvie.