La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Si toutes les femmes du monde

Brésil : Mouvement syndical et revendications des femmes

· Cahiers du féminisme, n° 47, hiver 1988 · p. 34-35 · 933 mots

Dès la naissance de la Centrale unique des travailleurs (CÜT) au Brésil, il y a cinq ans, les travailleuses syndiquées s 'étaient mobilisées à tous les niveaux de l'organisation et dans beaucoup d'Etats du pays pour discuter des tactiques visant à intégrer les revendications des femmes dans la plate-forme syndicale. Le deuxième congrès de la CÜT, en 1986, à Rio de Janeiro, avait marqué un pas important dans ce sens, avec l'adoption de campagnes et de mots d'ordre concernant les femmes travailleuses. * Cette année, pour préparer le troisième congrès de la CÜT — qui s'est tenu du 7 au 1 0 septembre à Belo Horizonte, Minas Gérais, et a rassemblé sept mille délégués — les camarades syndiquées avaient organisé préalablement une rencontre femmes. Nous avons demandé à l'une des organisatrices de cette rencontre, Didirce, de nous en faire le compte-rendu. üne brochure, contenant l'ensemble des rapports présentés à la rencontre, a été distribuée pendant le congrès de la CÜT et doit servir d'outil de débat, au sein de la centrale syndicale, sur les revendications des femmes.

Cette première rencontre nationale sur la question des femmes travailleuses s’est tenue du 1er au 3 juillet sous l’égide de la commission femmes du secrétariat de politique syndicale de la CUT à Praia-Grande, Sâo Paulo. Soixante-douze syndicalistes de la CUT y participaient représentant quatorze Etats du pays et appartenant à vingt-cinq catégories professionnelles, parmi lesquelles des institutrices, des employées de commerce, des ouvrières industrielles, des avocates, des employées de la fonction publique, des agricultrices, etc.

Il s’agissait de la première grande rencontre nationale organisée par la CUT depuis son deuxième congrès national à Rio de Janeiro en août 1986. Ce congrès avait voté une résolution politique sur les femmes soulignant l’importance de l’intégration dans la plate-forme de la CUT des revendications des femmes aux luttes et aux structures syndicales.

La rencontre nationale des femmes de juillet 1988 s’est préoccupée de la situation des travailleuses brésiliennes sur le marché du travail urbain, soulignant les conséquences de la crise économique brésilienne sur le travail féminin. Elle a aussi analysé les conditions de travail des agricultrices, en étudiant la pénétration du capitalisme à la campagne et les conséquences des modifications récentes sur la condition des travailleuses agricoles.

Les femmes constituent aujourd’hui 37 % de la force de travail au Brésil. Cependant, l’accroissement de la participation des femmes au marché du travail s’est accompagné de discriminations et d’inégalités, comme en ont témoigné les travailleuses lors de la rencontre. L’inégalité des salaires est l’une des expressions les plus criantes de cette réalité. A fonction identique, la rémunération de la main d’œuvre féminine est inférieure à celle des hommes. On peut citer d’autres exemples de discrimination comme la difficulté d’accès des femmes aux fonctions qualifiées tant dans l’industrie que dans d’autres secteurs, la difficulté d’accès aux postes de responsabilité, le harcèlement sexuel sur les lieux de travail, l’absence de droits reconnus pour les travailleuses agricoles et les employées de maison, le manque de crèches sur les lieux de travail et d’habitation, les discriminations faites aux femmes enceintes, mariées et avec enfants.

De ce point de vue, lors de la rencontre, les travailleuses ont dénoncé l’augmentation des pressions patronales sur les femmes à la suite de l’adoption d’un congé-maternité de cent vingt jours, assuré par la nouvelle constitution en cours d’élaboration au Brésil. Dès le vote de cette mesure, les entrepreneurs ont commencé à adopter des attitudes inacceptables, qui vont du licenciement des femmes pour réduire leur nombre dans l’entreprise jusqu’à l’exigence d’une preuve de stérilité comme critère d’admission.

La première rencontre a défini des revendications prioritaires et des propositions en vue d’un renforcement de la participation des femmes dans les syndicats et à la centrale unique.

Les revendications suivantes ont été approuvées comme étant prioritaires pour la prochaine période :

1 . La lutte pour les crèches, campagne actuelle de la CUT, doit se poursuivre.

2. La lutte contre toute discrimination faite aux femmes dans le travail et la société (inégalité des salaires, violence sexuelle, etc.)

D’autres revendications devront être présentées au prochain congrès de la CUT, en septembre 1988 :

— garantie du droit à la santé pour toute la population ;

— légalisation de l’avortement ;

— extension de la législation du travail aux travailleuses agricoles et aux employées de maison ;

— diminution de la journée de travail à quarante heures par semaine ;

— stabilité de l’emploi.

La rencontre a aussi approuvé le renforcement des commissions femmes à tous les niveaux de la CUT et dans les syndicats. On a discuté du caractère prioritaire à accorder au développement des activités de formations syndicale et politique des femmes travailleuses ainsi qu’à la formation spéciale sur la question femme de l’ensemble du mouvement syndical.

Celui-ci a encore énormément de difficultés à comprendre et intégrer la signification de l’oppression des femmes comme outil de maintien de l’exploitation de classe par le capitalisme sur l’ensemble des travailleurs.

Ces résolutions de la rencontre devront être approuvées par la direction nationale de la CUT et seront présentées au IIIe Congrès national de la CUT en septembre 1988.

La première rencontre femmes a constitué un pas très important vers la consolidation d’une politique de la CUT envers les femmes travailleuses. Elle a représenté sans doute une contribution décisive pour que la lutte des femmes soit définitivement intégrée dans les luttes syndicales comme partie indissociable de la lutte générale des travailleuses brésiliennes contre toutes les formes d’exploitation et de discrimination.

« C’est notre lutte. La maternité est une fonction sociale. Congé de maternité de 120 jours, congé de paternité de 8 jours, crèche pour tous. »

« C’est notre lutte. La maternité est une fonction sociale.

Congé de maternité de 120 jours, congé de paternité de 8 jours, crèche pour tous. »

Notes

  1. * cf. Cahiers du féminisme, numéro 38, hiver 1986.
  2. (CUT-Brésil). Septembre 1988.
  3. Didirce

Une erreur sur cette page ?