La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Québec : La colère des douces

Cahiers du féminisme, n° 47, hiver 1988 · p. 32 · 536 mots

Savez-vous qu’il commence à y avoir pénurie d’infirmières au Québec ? Au moment de décider d’une orientation, les filles d’aujourd’hui ne choisissent le nursing qu’en quatre-vingt-onzième position alors que celles d’hier le prenaient en troisième ou quatrième choix ! Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est un des ghettos d’emplois féminins les moins payés, compte tenu des responsabilités, du stress et des mauvaises conditions de travail auxquels on fait face. Lorsqu’on parle en terme d’équité, on a peine à épeler le premier “e” du mot (...) tellement l’injustice est étoufiante. Moins payées qu’un plombier, qu’un technicien en informatique, qu’un travailleur social, qu’une diététiste, les infirmières ont pourtant des responsabilités très lourdes sur les épaules : celles de vies humaines, (...)

« Comble d’ironie : un directeur d’hôpital reçoit un salaire proportionnel au nombre de lits de son établissement ; mais, dans le cas de l’infirmière, son traitement reste le même, qu’elle ait vingt ou quarante patients sous sa responsabilité directe !

« Certains métiers sont bien payés parce qu’ils impliquent une responsabilité envers les équipements. Dans notre société, la responsabilité envers les personnes est parfois sous-payée. Un exemple : certaines grilles d’évaluation des emplois donnent cinquante points à la responsabilité envers les objets et seulement vingt-cinq à la responsabilité envers autrui.

« Les infirmières ont deux types de responsabilités : envers les vies humaines et envers les matériaux et l’équipement. Ces responsabilités s’effectuent dans un milieu de travail qui n’a rien d’agréable, lieu de toutes les douleurs, de la mort, que l’infirmière doit assumer dans le stress, l’angoisse, la fatigue et l’inconfort.

« Comment peut-on prétendre que les revendications des infirmières sont exagérées ?

« La Fédération des infirmières du Québec regroupe trente-six mille membres. Carole Larose, vice-présidente, m’explique : (...) “Nous avons fait faire une évaluation d’emplois par l’Institut de recherche et d’information sur la rémunération. (...) Sans entrer dans le détail des résultats, je dirai qu’ils nous amènent à comparer les conditions de travail des infirmières à celles d’autres types d’emploi exigeant une solidarité plus élevée, comme diététiste, physiothérapeute ou travailleur social. Ces personnes connaissent moins de stress et bénéficient de conditions de travail plus humaines. Aussi croyons-nous qu’il ne suffit pas d’augmenter le salaire des infirmières ; il faut aussi réduire leur fardeau de travail.”

« Parmi les techniciens à l’emploi du gouvernement, le technicien en informatique est un des mieux payés. Ce type d’emploi a été valorisé pour attirer la main-d’œuvre, au moment où l’on avait besoin de personnel dans ce domaine. Le travail avec les ordinateurs jouit d’une aura de prestige ! (...) Nous demandons que les salaires des infirmières soient les mêmes que ceux des techniciens en informatique (...).

« L’ennui, c’est que les techniciens en informatique qui ont créé les précédente salariaux faisaient partie d’un secteur de pointe, tandis que les premières infirmières étaient des religieuses qui faisaient un travail bénévole ! Mais, comme le dit si bien Carole Robertson, de la Fédération des travailleurs du Québec : “Il est temps qu’on arrête de compter sur le dévouement des femmes.” »

Extraite tirés de « La colère des douces », in la Gazette des femmes, revue du Conseil du statut de la femme,

� _ Québec, septembre-octobre 1988. j

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