La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

· Cahiers du féminisme, n° 48, printemps 1989 · p. 27 · 1 275 mots

« Violences sexuelles et abus de pouvoir au travail »

Créée en 1985, l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail s’est fixé pour objectif de « lutter contre toutes les formes de violence faites aux femmes au travail, qui portent atteinte tant à leur intégrité et dignité qu’à leur droit au travail » : « il est temps que la gravité de cette réalité et des drames quelle engendre apparaisse derrière les rires graveleux et les plaisanteries gauloises auxquelles nous ne nous sommes jamais habituées ».

Les 17 et 18 mars, l’association organise un colloque international : « Violences sexuelles

Le Décameron des femmes

Dix femmes coincées après leur accouchement dans une maternité de Leningrad, pour cause d’épidémie de maladie de peau, décident de se divertir en se racontant chaque jour de nouvelles histoires sur le thème de l’amour. Au fil des pages, le récit de ces dix femmes aux itinéraires très différents reconstitue pour nous le puzzle de la vie quotidienne en URSS. Sans crier gare, on passe de l’émotion la plus intense à l’humour le plus tonique sans jamais sombrer dans le ton larmoyant, et pourtant ! Julia Voznesenskaya connaît bien le fardeau qui pèse sur les épaules des femmes soviétiques. Rien n’échappe à la langue acérée de ces dix femmes. Pour elles, aucun sujet n’est tabou : ni celui des violences sexuelles ni celui de la prostitution ou de l’alcoolisme. On passe de la vie des camps à celle de l’usine ou des appartements communautaires avec leur dose de mesquinerie, de lâcheté mais aussi d’héroïsme. « Le plaisir de la vengeance » fait aussi l’objet d’une soirée. Rien que de très banal ! Détrompez-vous, car lorsque c’est Albina l’hôtesse de l’air, Zina la zo-narde, Valentina, fonctionnaire de la ville, surnommée « grosse légume » ou bien encore Galina, l’épouse d’un dissident qui se confient, le récit devient vivant comme jamais et prend valeur de document.

et abus de pouvoir au travail », au cours duquel seront abordés les thèmes suivants : la situation en Europe, les approches et pratiques féministes américaines et canadiennes, la responsabilité patronale, les positions des syndicats, les actions des différentes associations, droit et harcèlement sexuel.

A l’issue des exposés et des débats, une charte européenne sur la dignité au travail sera élaborée, et proposée ensuite au Parlement européen. Ce colloque a lieu à la Maison de la chimie (salle 262), 28, rue Saint-Dominique, 75009 Paris (inscription : 200 F). Renseignements et inscription : AVFT, 71, rue Saint-Jacques, 75005 Paris, tél. : (1) 46 28 74 08 ou 43 29 86 52.

Comme le signalent les éditeurs d’Actes sud, l’auteure, « née à Leningrad, s'est fait connaître par une double activité d’écrivain et de féministe qui lui valut un séjour dans un camp d’internement en Sibérie ». Elle vit actuellement à Munich, après s’être exilée d’URSS en 1980.

♦ Le Décameron des femmes de Julia Voznesenskaya, Actes sud, 139F

Nous et notre santé

L’Association des femmes pour la santé de Madrid organise une Rencontre féministe internationale « Nous et notre santé » du 22 au 25 juillet 1989. Les débats porteront sur quatre grands thèmes :

— notre vision et nos conceptions sur notre santé (sexualité, avortement, maternité, stérilité, SIDA...) ;

— nos expériences et l’activité des groupes féministes sur ces questions (groupes d’entr’aide, lieux médicaux par et pour les femmes, etc.) ;

— analyse et critique féministe des politiques médicales (rôle de l’industrie pharmaceutique, technologies médicales, gynécologie, politique de « prévention », etc.).

Pour recevoir plus d’informations et participer à cette rencontre, contactez le groupe de l’Association des femmes pour la santé de Madrid, les mardis de 20 heures à 22 heures au 419.36.89 à Madrid.

Le Tribunal contre la pauvreté des femmes

Elles étaient 170, venues des différents pays de la Communauté européenne pour participer à Bruxelles au Tribunal européen contre la pauvreté des femmes, les 10, 11 et 12 novembre dernier.

170 femmes « en situation de pauvreté », témoignant publiquement, pour la première fois, de leurs conditions d’existence et discutant ensemble de leurs revendications.

L’objectif de ce Tribunal, préparé depuis plusieurs années par la Coordination européenne des femmes (cf. tes Cahiers du féminisme n° 46 et 47), était de rendre visible la pauvreté des femmes — dont il n’est jamais question dans les études statistiques ni dans les programmes officiels de « lutte contre la pauvreté » — et de préparer des stratégies pour remédier à cette situation.

Les témoignages des participantes ont mis en évidence des situations communes à toutes les femmes pauvres en Europe. A partir de là, des revendications générales concernant toute la communauté européenne ont été mises en avant :

— mesures pour l’égalité des chances dans l’éducation, programmes de formation et véritable politique de l’emploi en faveur des femmes ;

— amélioration du niveau de protection sociale, individualisation des droits économiques, sociaux et fiscaux, développement d’équipements collectifs pour les enfants, les handicapées et les femmes âgées ;

— législation européenne sur le travail temporaire, à temps partiel, et toutes formes de travail précaire, ainsi que sur la protection de la maternité ;

— participation effective des femmes à l’élaboration des politiques de lutte contre la pauvreté.

Il reste encore beaucoup à faire, mais ce Tribunal a permis que la pauvreté des femmes commence à sortir de l’invisibilité.

Les Infirmières polonaises aussi...

Lettre d’hôpital « Dans l’hôpital où je travaille comme infirmière, en service d’après-midi et de nuit, il y a un médecin de garde pour trois services et une infirmière pour un service de quarante et quelques lits. Malgré la bonne volonté du personnel, il est physiquement impossible de faire face à tous les besoins des malades. Il arrive fréquemment que l’intervention immédiate du médecin soit nécessaire dans deux services différents. Dans ces situations, l'infirmière doit elle-même intervenir dans l’un des services. Le stress s’ajoute à la fatigue physique, la fatigue psychique augmente.

« Celui qui pense que nos supérieurs valorisent notre travail épuisant se trompent lourdement. Ce n’est malheureusement pas le cas. On nous impose des gardes supplémentaires pendant nos jours de congé, sans nous demander notre avis. Nous finissons par n’avoir plus que trois jours de libre dans le mois, et ce sont en général des jours en compensation de nuits de garde, ce qui ne nous permet pas de nous reposer. On nous enlève ainsi toute vie privée, il est impossible de planifier son temps en dehors du travail. Les supérieurs refusent de prendre nos protestations en considération.

« En théorie, nous avons le droit de choisir entre avoir un jour de congé ultérieur ou être payées, pour nos gardes supplémentaires. C’est une illusion de plus, car il est impossible d’obtenir ensuite des jours de congé. Que nous soyons d’accord ou non, on nous paie les gardes supplémentaires. De cette manière, il arrive que nous travaillions pendant deux semaines d’affilée sans un seul jour de repos. Inutile de préciser que c’est une violation caractérisée du code du travail, un manque de respect pour notre travail et avant tout pour nous, en tant qu’employées et en tant que femmes.

« Puisque cette situation dure depuis quelques mois et qu’il n’y a pas d’espoir de la voir s’améliorer, nous réclamons depuis longtemps la fermeture d’un service, ou au moins la diminution de moitié du nombre de lits. Malheureusement, cela n’a été suivi d’aucune réaction ni initiative de la part de la direction.

Je ne comprends absolument pas au nom de quoi on maintient à tout prix le fonctionnement de tous les services, malgré un manque considérable de personnel.

Mais ce n’est certainement pas au nom du bien des malades. »

Joanna.

Notes

  1. (Lette publiée dans la presse clandestine de Solidarnosc.)

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