Grande-Bretagne : Femmes pour le socialisme
Elles se sont retrouvées plus de quatre cents à Londres, les 25 et 26 février, pour la première rencontre nationale de l’association Women for Socialism (Femmes pour le socialisme) : il y avait là des « anciennes » des débuts du mouvement féministe des années soixante-dix, des personnalités comme Sheila Rowbo-tham, mais aussi bon nombre de jeunes. En effet, même si le mouvement féministe britannique est loin du niveau atteint vers 1979, toutes les grandes mobilisations de ces dernières années ont été l’occasion d’une jonction entre une aile de ce mouvement et de nouvelles couches de femmes : lors des mobilisations contre les missiles nucléaires, avec le camp de femmes pour la paix de Greenham Common ; lors de la grande grève des mineurs en 1984-1985, où les femmes des communautés minières se sont organisées de manière spécifique ; ou encore dans toutes les campagnes de solidarité internationale, sur l’Afrique du Sud, l’Irlande, etc.
Ce mélange de générations et d’expériences différentes s’est manifesté tout au long de cette rencontre: le discours d’ouverture fut prononcé par Betty Heathfield, dirigeante du mouvement des femmes de mineurs. Parmi les invitées, il y avait également Mairead Keane, responsable du département femmes du Sinn Fein, le mouvement nationaliste irlandais ; Martha Osa-mor, une noire, conseillère municipale de Londres du Parti travailliste ; Sandra Plummer, elle aussi conseillère municipale travailliste et représentante du Groupe des lesbiennes socialistes ; Jamilha Akmed, représentante du mouvement des femmes palestiniennes.
Dès le début, l’accent a été mis sur la nécessité d’un mouvement radical, socialiste, non bureaucratisé et internationaliste, qui saurait rassembler des militantes féministes socialistes (qu’elles soient membres du Parti travailliste ou non) sans subordonner leurs propres besoins à ceux d’un groupe ou d’un parti.
Martha Osamor, en particulier, a insisté sur les problèmes qui découlent aujourd’hui de l’alliance passée il y a quelques années —à une époque où le mouvement féministe était plus fort -avec la gauche travailliste : « Nous payons actuellement le prix de ces alliances ; c’est pourquoi il nous faut maintenant un réseau de femmes qui sache dire non aux bureaucrates quand ils veulent, par exemple, supprimer les comités femmes ou les programmes d’action positive pour les femmes dans les municipalités. »
Après cette séance d’ouverture, des commissions se sont réunies sur différents thèmes : les femmes dans les luttes et les syndicats, la santé, l’avortement, les violences sexuelles contre les enfants, etc. Toutefois, la commission qui regroupa le plus grand nombre de participantes fut celle sur l’internationalisme. Aussi a-t-il été décidé que la prochaine initiative nationale de Women for Socialism serait une conférence nationale sur les problèmes de solidarité internationale.
C’est bien une nouvelle organisation nationale qui s’est créée ce week-end.
Chiracasanova
Relevée dans Libération, cette phrase de Chirac : « J’aimerais que Paris éternelle garde de l’instant où je l’ai courtisée le souvenir d’un bon amant »... De quoi fuir les liaisons dangereuses, la capitale, ou changer de maire.
Un patron crado-macho-facho
Début avril, Libération et le Canard enchaîné ont fait état des méthodes de recrutement du patron d’Impac. Port de lingerie fine, mœurs sexuelles, opinion sur la peine de mort et l’immigration sont les questions auxquelles sont soumises les candidates à l’embauche. Partisans de l’ordre nouveau, ces big boss de choc ont de la nougatine dans le cerveau et l’intelligence dans leurs slips kangourous !
L’inspection du travail est saisie du dossier mais il est regrettable qu’aucune disposition légale ne permette aux associations féministes de se porter partie civile contre de telles pratiques sexistes.
Le travail de nuit en question
Au mois de juin va s’ouvrir, à Genève, la conférence de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui doit examiner la convention n° 89 interdisant le travail de nuit des femmes dans l’industrie.
Depuis son adoption, en 1948, cette convention a subi, dans la plupart des pays, maints aménagements ; dérogations et exceptions se sont multipliées. Mais pour le patronat, c’est encore trop d’entraves à la liberté d’exploiter...
C’est ainsi que le Conseil fédéral de la Suisse, sous la pression des organisations patronales, a d’ores et déjà annoncé son intention de ne pas renouveler l’adhésion de ce pays à la convention de l’OIT. Mais ces projets rencontrent une vive opposition : un comité unitaire, regroupant des féministes et des syndicalistes, a lancé un appel pour un symposium national et international contre le travail de nuit : « Parce que le travail de nuit est nocif pour la santé (...) ; parce qu[\\\ conduit à l’isolement (...),-parce qu{\\] n’est pas le résultat d’un libre choix (...) ; parce que l'égalité doit aller dans le sens d’un progrès social (...) : aujourd’hui, le mouvement syndical ainsi que les partis et associations progressistes doivent s’engager pour le maintien de l’interdiction du travail de nuit des femmes dans l’industrie, comme l’impose l’actuelle convention n° 89 de l’OIT, et pour son extension aux hommes. »
Ce symposium aura lieu le 10 juin à Genève. Pour tout contact : A. Leenhardt, 5, route des Acacias, 1227 Genève, Suisse.
Festival turc et kurde
Plus de cinq cents personnes ont participé, le 11 mars, au festival organisé à Bobigny par le groupe de femmes kurdes et turques de Paris à l’occasion de la Journée internationale des femmes (cf interview dans le n° 48 des Cahiers du féminisme) : un véritable succès qui dépassait même les objectifs que s’étaient fixés les organisatrices !
Mais cette affluence n’est pas leur seul motif de satisfaction, comme l’explique l’une d’elles : « Nous avons réussi à organiser ce festival avec des femmes de diverses sensibilités politiques [parmi les femmes turques et kurdes vivant en France, beaucoup sont des réfugiées membres d’organisations politiques de gauche] et à créer un espace de discussion commune sur le féminisme, le mouvement autonome des femmes, etc. Ce festival a fait naître un intérêt nouveau chez beaucoup de femmes et aujourd’hui ces débats commencent à émerger au sein même des organisations politiques. »
Cet intérêt nouveau se manifeste également par la participation croissante aux réunions régulières du groupe: envie de discuter, d’approfondir toutes les questions abordées lors du festival (l’oppression des femmes en général et en Turquie en particulier, les violences faites au femmes, etc.), mais aussi envie d’agir. Tout cela s’est traduit par l’organisation d’un cortège de femmes dans la manifestation du 1“ mai à Paris, qui a regroupé une cinquantaine de femmes. « Une affaire à suivre », conclue l’une d’elles.