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Interview de Dominique Godineau : Les femmes actrices de la Révolution

· Cahiers du féminisme, n° 49, été 1989 · p. 9-16 · 6 437 mots

Entretien avec Dominique Godineau.

Dominique Godineau est historienne. Depuis de longues années, elle mène des recherches sur les femmes et la Révolution française, notamment à Paris. Elle a co-organisé le colloque de Toulouse. Elle a publié un livre remarquable sur cette question : Citoyennes Tricoteuses1.

Nous l'avons rencontrée.

♦ Dans votre livre, vous écrivez que les femmes du peuple à Paris, à la veille de la Révolution disposent « d’une assez large indépendance de fait ». Quelle était plus précisément leur situation ?

Au xviii' siècle, les femmes du peuple travaillent pratiquement toutes et même si cela ne leur assure pas une réelle indépendance économique puisqu’elles sont faiblement rétribuées, cela leur ouvre une certaine vie sociale entre femmes ; je pense par exemple aux blanchisseuses qui travaillent ensemble ; cela leur permet aussi parfois de travailler en dehors du domicile familial avec d’autres personnes que leur mari et de ne pas être complètement dépendantes financièrement des hommes. Au xvnr, il y a une vie sociale féminine qui est très importante entre compagnes de travail, entre voisines surtout. Dernière chose les femmes ne sont pas exclues de la scène publique comme elles le seront au xixe siècle : elles vont au cabaret, elles participent à tous les gestes de la vie publique au même titre que les hommes2.

♦ Pourtant du point de vue de la législation, elles n’avaient aucun droit ! Est-ce que dans les cahiers de doléances, on trouve des protestations contre ce statut de mineure ?

Dans des cahiers de doléances, des femmes demandent que leur métier soit protégé contre 1’entrée des hommes dans leur profession (l’écrivain, Sébastien Mercier dénonçait lui aussi, à la fin du xviii' siècle, les hommes qui faisaient des travaux d’aiguille et réduisaient ainsi les femmes au chômage et à la prostitution). Il y a beaucoup de choses sur l’éducation des filles, sur la prostitution qui était un véritable fléau social à l’époque. Dans des brochures de femmes qui sont parues dès l’annonce des Etats Généraux on trouve de nombreuses critiques contre l’administration des biens des épouses par les maris. Dans ces textes, les femmes s’insurgent contre les mauvais mariages ou ceux mal assortis entre une jeune fille et un vieillard riche, ou une jeune fille et un mari débauché, etc. et cela se termine assez souvent par la demande de pouvoir annuler ce type de mariages. La question du mariage revient donc très souvent dans ces brochures de femmes mais rarement dans les cahiers de doléances dont la très large majorité n’était pas rédigée par des femmes.

Il faut ajouter que dans les milieux populaires les femmes n’hésitent pas à quitter leur mari ou leur compagnon quand elles estiment qu’ils ne se conduisent pas en bons maris, qu’ils les battent trop et ceci avant même que la loi sur le divorce n’existe ; ceci, on peut le constater dans les archives de la Révolution quand il est fait référence à la vie de femmes du peuple avant la période révolutionnaire.

de nombreuses jeunes filles ne supportent plus l’autorité tant bien que mal leur familial, vivent seules ou aussi à Paris de nombreuses venues pour gagner leur « pour voir le monde disent et qui là encore seules avec tout ce que cela de positif mais aussi de risques. partir de la seconde moitié xviii' siècle, on constate forte augmentation des sances illégitimes qui passent de 2 — 3 % dans les grandes villes 10 — 1 1 % environ. qui donne une indication sur la place du concubinage.

♦ Comment les femmes elles participé au processus révolutionnaire ?

Les femmes sont in tervenues en permanence dans la Révolution et elles ont joué un rôle tout particulier à trois moments forts, selon moi. Rappe-lons-les. Il y a d’abord les journées des 5 et 6 octobre 1789, quand les fem-

POSSilE mes du peuple de Paris qui étaient déjà en mouvement depuis un mois environ, se réunissent devant 1’Hôtel de ville, décident d’aller à Versailles pour y chercher le roi et demander du pain. Elles sont entre sept et dix mille. En passant devant le Châtelet, elles s’emparent des canons. Elles arrivent à Versailles dans l’après-midi. Elles sont suivies par les hommes organisés en garde nationale et légalement armés. A la suite de cette intervention, le roi vient habiter Paris, il est suivi par l’Assemblée nationale qui était jusque-là à Versailles. C’est aussi à la suite de cette marche que le roi accepte de signer et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et le décret du 4 août sur l’abolition des privilèges. C’est donc quelque chose de très important.

Le deuxième moment fort de l’action des femmes, pas de toutes les femmes mais des plus militantes, celles que j’appelle la sans-culotterie féminine, c’est durant le printemps et l’été 1793, au moment où la situation politique est caractérisée par l'affrontement à l’Assemblée nationale entre les Girondins et les Montagnards et au niveau local entre les sans-culottes et ceux qu’on appelle les modérés. Les femmes qui font partie de la sans-culotterie vont intervenir très activement pour soutenir les Montagnards : elles participent notamment à l’insurrection de 1793. Ceci dit, il y a eu des femmes en nombre plus ou moins important dans toutes les insurrections depuis la prise de la Bastille. En octobre 1789, vous avez une foule féminine ; au printemps 1793, ce sont les femmes des clubs, notamment du club des Citoyennnes républicaines révolutionnaires ; au printemps 1795, c’est à nouveau une foule féminine. Il faut se rappeler qu’en juillet 1794, il y a eu la chute des robespierristes. L’automne et le printemps 1795 sont caractérisés par une crise économique très grave, il y a disette de pain puis une véritable famine ; il y a en outre une inflation terrible et les gens du peuple ne peuvent plus rien acheter pour se nourrir. C’est en même temps une période de réaction politique où on emprisonne, on pourchasse les sans-culottes de l’an II, c’est-à-dire de 1793-1794. Il y a donc la conjonction de deux facteurs, le manque de pain et la réaction politique, qui suscite une résistance populaire dans laquelle les femmes sont au premier plan. On les retrouve dans les « conciliabules », c’est-à-dire des réunions clandestines, dans la rue où elles organisent des manifestations. Elles appellent enfin les hommes à l’insurrection en les traitant de lâches. Cela, on l’avait déjà vu en 1789 et au printemps 1793. Il y a deux insurrections importantes en 1795, l’une en avril, l’autre en mai ; ce sont les insurrections de germinal et prairial an III et toutes les deux commencent par des manifestations de femmes, notamment celle de prairial an III (20-23 mai 1795), qui est la dernière grande insurrection populaire de la Révolution. Tout commence le 20 au matin quand des femmes vont sonner le toscin, signe que le peuple est en insurrection ; elles battent la générale dans les rues, sur des tambours, pour appeler les autres à les suivre et elles se dirigent de tous les quartiers de la capitale, en flots continus, vers la Convention. Elles arrivent à enfoncer la porte de la salle des séances mais elles sont repoussées par les gendarmes, ensuite elles sont rejointes par les hommes et là les émeutiers pénètrent dans l’Assemblée. Dans le vocabulaire de l’époque on parlera de « la marche des femmes », des témoins parlent de « la journée des femmes », etc.

Le dernier point fort de l’action des femmes mais là du côté contre-révolutionnaire, que je n’ai pas étudié mais qu’il ne faut pas oublier� surtout en province, c’est le rôle très important qu’elles ont joué dans le soutien aux prêtres réfractaires qui refusaient de prêter serment à la constitution civile du clergé.

DOSSIER

♦ Vous contestez dans votre livre Vidée suivant laquelle les femmes ne seraient intervenues dans la Révolution que poussées par les problèmes de subsistances. Pouvez-vous nous rappeler la dimension politique de la lutte des femmes pendant la Révolution ?

Il est vrai qu’il y a formation d’une foule féminine spécifique quand il y a disette de pain ; ceci dit, ces foules féminines ont toujours une coloration politique. Pour donner deux exemples, en octobre 1789, les femmes qui sont à Versailles répondent à un provocateur royaliste, qu’elles veulent du pain « mais pas au prix de la liberté ». En 1795, le mot d’ordre des insurgé(e)s, c’est « du pain et la Constitution » (de 1793) et comme le dit alors un observateur de police dans une très belle phrase « Le pain est à la base de leur insurrection physiquement parlant mais la Constitution en est lame. » Et cela est vrai pour les hommes et pour les femmes. Ces deux questions sont d’autant plus mêlées que pendant la Révolution, la question des subsistances a été formulée en termes de droit, de « droit à l’existence » qui est le premier des droits de l’homme. Pour vous donner un autre exemple, en germinal an III, des femmes marchent sur la Convention, elles demandent du pain et en tête de leur cortège, elles portent la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Il faut donc arrêter de dire que ce sont seulement des ménagères préoccupées par la question du pain. Elles le sont mais pas seulement. Les femmes sont d’ailleurs présentes elles aussi dans des mouvements à buts purement politiques. Le 17 juillet 1791, après la fuite du roi le 2 1 juin, les Parisiens sont appelés à venir signer au Champs-de-Mars une pétition pour la destitution du roi. Dans ce rassemblement, il y avait énormément de femmes et on oublie toujours de dire que l’initiative de la pétition est partie du club des Cordeliers mais aussi de la Société fraternelle des deux Sexes, société mixte comme son nom l’indique. En mai 1793 dont je vous ai parlé, à ce moment-là c’est la sans-culotterie féminine qui se distingue et aucun problème de subsistance n’est en cause. En fait pour que l’historiographie remarque les femmes, il faut qu’elles soient plus nombreuses que les hommes et quand elles sont plus nombreuses que les hommes, c’est vrai qu’il y a la crise des subsistances. Je voudrais citer un dernier exemple sur ce point : il y a eu deux clubs de femmes à Paris. Le second, celui qui est formé de militantes populaires et qui s’appelle le club des Citoyennes républicaines révolutionnaires n’est intervenu que très accessoirement sur cette question des subsistances, ce que j’ai découvert à ma très grande surprise. Ce club intervient sur des questions très directement politiques comme la question de 1 organisation de l’exécutif, la mise à l’ordre du jour de la terreur, etc.

♦ Quelle forme a pris la bataille pour la citoyenneté pour les femmes ?

Quand on voit les documents, on peut croire que cette question n’a pas intéressé les femmes, dans la mesure où il y a très peu de revendications portant sur le droit de vote. La souveraineté populaire qui est le concept essentiel dans la mentalité de l’époque repose sur le fait de pouvoir choisir ses représentants et de porter les armes. °1, il y a de très nombreuses demandes de la part de la sans-culotterie féminine d’être armée, d’être organisée en Garde nationale. Là encore, on y a vu seulement une volonté, un réflexe d’autodéfense, je suis sûre que cela va plus loin et que c’est aussi pour elle une manière de réclamer une partie de la citoyenneté.

De plus, même si la majorité de ces femmes ne réclame pas les droits politiques, il y a acte de citoyenneté. Le mouvement féminin révolutionnaire essaye également de montrer par tous les moyens symboliques possibles qu’il fait partie du peuple souverain. Prenons l’exemple de la place des femmes dans les tribunes publiques ; à l’époque tous les organismes révolutionnaires étaient ouverts au public, notamment l’Assemblée nationale où il y avaient des tribunes aménagées. Or, on sait qu’il y avait surtout des femmes. On peut se demander pourquoi : peut-être que l’organisation du travail sans leur laisser plus de temps leur permettait d’avoir un emploi du temps plus souple ; elles pouvaient aller une heure ou deux dans les tribunes de la Convention, elles pouvaient y coudre. Mais être dans les tribunes de la Convention, ce n’est pas être passif, c’est surveiller les députés et montrer qu’on fait partie du peuple souverain.

En 1793, une constitution est votée, elle est soumise au référendum populaire, donc les hommes votent et font part de leur vote à la Convention. Dans plusieurs villes et villages, des femmes se réunissent, votent elles aussi l’acceptation de la Constitution et en informent solennellement les députés ; parfois elles rajoutent ceci « bien que nous soyons privées du droit précieux de voter », c’est très important, elles transforment un geste personnel en intégrant la citoyenneté qu’elles ne possèdent pas. Dans certains cas elles réclament directement le droit de vote mais il y en a très peu. Enfin, Olympe de Gouges a écrit une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, à une époque où plusieurs personnes en parlaient, où la question était posée de savoir si les droits des femmes sont compris dans les droits de l’homme. Ensuite en 1793, il y aura une autre tactique : les femmes vont s’appuyer sur la Déclaration des droits de l’homme. Elles déclarent qu’elle est commune aux deux sexes, que les droits de l’homme sont aussi les leurs.

♦ Est-ce que la bataille pour la cocarde s’inscrit dans le même processus ?

Oui. Il y avait un décret qui rendait obligatoire le port de la cocarde. Mais on ne précisait pas si cela concernait uniquement les hommes ou les deux sexes. Les militantes populaires portaient généralement la cocarde. A la fin de l’été 1793, au moment où la sans-culotterie féminine est très forte elles vont lancer un mouvement obligeant toutes les femmes à l’agrafer. Cette bataille s’inscrit dans les luttes de l’époque, c’est une bataille à la fois du mouvement populaire et des femmes. Le 25 septembre, la Convention a adopté finalement le décret obligeant toutes les femmes à porter la cocarde, à la suite de cette véritable campagne des militantes populaires. Les hommes ne s’y sont pas trompés, ce décret a provoqué un très grand mécontentement chez certains ; et quand le problème de faire un pas de plus vers la citoyenneté va être reposé, on va dire « elles ont demandé la cocarde, maintenant elles l’ont, ensuite elles auront le bonnet rouge, puis le pantalon, w Cmwi jp

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Citoyenne ? Comme c’est bizarre...

Pendant la Révolution, les femmes n’ont jamais eu les droits de citoyenne ; mais, pendant un moment, on les a appelées ainsi dans la vie de tous les jours. Comment cette discordance a-t-elle pu naître, et subsister ?

Les trois sens du mot

Citoyen n’est pas un néologisme1. C’est un vieux mot, dont les dictionnaires rendent amplement compte. Il a trois sens ; si les deux premiers se féminisent sans problème, ce n’est pas le cas du troisième !

Le premier sens est purement descriptif et signifie habitant d’une cité ou d’un pays. Le second est plus complexe, car il comporte un jugement de valeur : on se sent ou se veut citoyen, c’est-à-dire préoccupé de la société dans laquelle on vit, soucieux du bien commun. Dans cet emploi, on trouve souvent les adjectifs renforçatifs bon ou vrai, qui ne peuvent porter que sur une qualité, et non sur un fait. Dès le début de 1789 paraissent des brochures signées « une bonne citoyenne », « une femme citoyenne », « les dames citoyennes de... ». Le dernier sens a un réfèrent légal, car il suppose l’exercice de droits, comme le souligne Diderot dans l’Encyclopédie (t. 3, 1753): « Citoyen, s.m. : c’est celui qui est membre d'une société libre de plusieurs familles, qui partage les droits de cette société, et qui jouit de ses franchises. (...) On n’accorde ce titre aux femmes, aux jeunes enfants, aux serviteurs, que comme à des membres de la famille d’un citoyen proprement dit ; mais ils ne sont pas vraiment citoyens. »

Tous les débats sur la citoyenneté, jusqu’à nos jours, portent sur trois critères : résidence/nationalité, volonté d’appartenance, jouissance de droits. Tous furent discutés pendant la Révolution, et tranchés diversement. La première constitution, en 1791, ne donne le droit de vote qu’aux hommes de plus de vingt-cinq ans, ni domestiques ni esclaves, et payant un impôt équivalent à trois jours de travail. Au-dessous de cette barre financière, ils ne sont que « citoyens passifs ».

Les citoyens et leurs femmes

En 1792, la revendication d’égalité sociale se fait de plus en plus pressante, mais elle ne s’accompagne pas forcément d’une revendication d’égalité sexuelle ; en témoigne telle pétition de juillet 1792 : « Il faut donner le droit de citoyen actif à tous les citoyens qui payent même la plus légère contribution, attendu leurs justes murmures d’être comptés pour rien dans l’empire, tandis qu'ils servent la patrie par leurs bras, par leurs femmes et par leurs enfants .2 »

Femmes et enfants sont ici vus comme extension, comme prolongement du corps propre des citoyens. C’est la conception qui dominera, en France et ailleurs, jusqu’au xx* siècle. Après le 10 août 1792, presque tous les hommes de plus de vingt-et-un ans furent citoyens3. 1793 marque l’apogée de l’auto-organisation des femmes en clubs et de leur revendication de citoyenneté légale. Mais, peu après l’instauration du gouvernement révolutionnaire, une réaction s’amorce : le 30 octobre 1793, un décret de la Convention ôte aux femmes le droit de s’assembler en clubs. C’est pourtant à la même époque qu’on entendait partout le mot « citoyenne ». Car, entre mai et septembre 1792, sous l’impulsion de la base des sections, de la Commune insurrectionnelle de Paris, puis de la Convention, s’instaurait l’usage de « citoyen(ne) » comme appellatif.

L’appellatif est tout ce qui, dans l’usage courant, et d’abord dans l’emploi vocatif oral, précède le nom propre. Mélange d’habitudes et de règlements, c’est un véhicule des relations hiérarchiques sociales. Son usage est inévitable dans tout échange de propos : si on peut passer une journée sans débattre du droit de citoyenneté, on ne peut procéder à aucune conversation, si banale soit-elle, sans utiliser d’appellatif. La volonté égalitaire-rèpublicaine, caractéristique de la « seconde révolution », celle du 10 août 1792, se manifeste dans le tutoiement et l’appellatif citoyen(ne), véritable « révolution culturelle » par rapport à la subtile hiérarchie des formules de l’Ancien Régime. L’usage du mot citoyenne ne signifie pas un changement du statut politique des femmes: la constitution de 1793 ne leur accorde toujours pas le droit de vote4. Mais ce simple (?) titre égalitaire-républicain recèle une considérable nouveauté. Citoyen remplace un seul mot, monsieur, mais citoyenne en remplace deux, madame et mademoiselle5 ! Pendant la période (de 1792 à environ 1800) où il fut assez répandu, une femme fut donc appelée citoyenne X, sans mention de son statut matrimonial. Cet usage révolutionnaire servit à deux argumentations contradictoires : certain(e)s demandèrent que la citoyenneté légale suive l’usage appellatif, d’autres protestèrent, au nom de la logique et des convenances sociales. On devine sans peine quel camp triompha : en 1 800, les anciennes formules sont rétablies... pour les femmes d’abord : « Le titre de madame est généralement rendu aux femmes chez le Premier Consul. (...) Comme elles n'exercent aucun droit politique, la qualification de citoyenne manque de justesse à leur égard, et offre l’inconvénient de ne présenter aucune distinction entre les personnes mariées et celles non mariées. Cependant les rapports généraux de la société rendent souvent cette distinction nécessaire. Quant aux hommes, le titre de citoyen est le seul qu’on leur donne chez le Premier Consul, à moins qu’ils ne soient des étrangers.6 »

Le mot citoyenne a donc eu deux usages différents, sinon contradictoires, pendant la Révolution. La Française de 1793 n’était pas légalement citoyenne, mais l’appellatif républicain la nommait égalitairement par rapport à l’homme. La Française de 1989 est légalement citoyenne, mais elle est traitée inégalitairement sur le plan des appellatifs : nous sommes encore, dans l’usage quotidien, marquées selon notre statut matrimonial. De cet indice, pris entre beaucoup d’autres, on déduira facilement que certaines anticipations révolutionnaires restent à réinventer !

Annie Geffroy

bientôt les armes, et finalement elles auront le droit de vote ». Il y a là un cheminement qu’on retrouve dans la bouche de députés comme Fabre d’Eglan-tine mais aussi dans celles d’hommes inconnus. Certains disent avant l’adoption du décret : la cocarde doit être réservée aux hommes.

♦ Apparemment, à l’été 1793, après qu’elles ont directement participé à l’insurrection contre les Girondins, on a l’impression qu’il y a une espèce d’ouverture en faveur des droits des femmes...

Oui. On leur accorde tout au moins le droit de participer. A l’été 1793, la sans-culotterie de manière générale est très forte et en son sein il y a une poussée de la sans-culotterie féminine ; les femmes à Paris ont participé à l’insurrection et en province elles ont soutenu les Montagnards dans leur région contre les Girondins. C’est l’époque où une société populaire qui n’était pas mixte le devient, où une autre qui était mixte depuis longtemps a besoin de l’affirmer théoriquement, de dire que c’est un principe qu’hommes et femmes doivent pouvoir participer à la « chose publique » ; c’est l’époque où un policier dira que les femmes ont certainement plus intérêt que les hommes au règne de l’égalité, c’est-à-dire à la Révolution, parce qu’elles sont nées esclaves de l’homme ; c’est l’époque où l’on trouve le plus de textes de femmes sur la question de leurs droits à participer à la vie politique mais aussi plus largement sur leur place dans la société. C’est le moment où est lancée la guerre des cocardes, c’est aussi le moment où les femmes votent la Constitution de 1793 ; tout culmine dans la guerre des cocardes. Fin septembre dans la rue des gens disent que dans un Etat où la liberté, l’égalité sont proclamées il n’est pas normal que les femmes n’aient pas le droit de voter, le droit de vote étant un droit naturel, qui leur appartient, qu’elles doivent réclamer aussi une place dans le gouvernement. Ce n’est pas un mouvement organisé, on peut parler de débat diffus ; ces revendications sont moins claires que lorsqu’elles étaient portées par une seule personne comme O. de Gouges ou Condorcet mais elles le sont par un plus grand nombre de personnes ; c’est à ce moment-là qu’elles sont perçues comme un danger.

♦ Peut-être faudrait-il avant d’aborder la dissolution, expliquer la place des clubs et ce que représente le club des Citoyennes républicaines ?

C’est en octobre 1793 que les clubs féminins vont être interdits. Ces clubs de femmes existaient dans toute la France, d’abord en Province ; j’en avais dénombré une trentaine mais il y en a eu certainement plus. Ils ont été créés dans les années 1790-1791, au départ par les parentes, sœurs, filles des révolutionnaires locaux qui étaient des notables, donc au début par des femmes de la bourgeoisie qui ont repris à leur compte certaines activités traditionnelles comme l’assistance aux personnes pauvres, l’éducation. Elles se sont aussi beaucoup mobilisées sur la question religieuse aux côtés du clergé « pro-révolution-naire ». Avec la radicalisation du mouvement révolutionnaire, ces clubs eux-mêmes se sont radicalisés, leur recrutement s’est démocratisé, il va y avoir plus de femmes du peuple qu’il n’y en avait au départ. Ces clubs vont intervenir dans la vie politique locale, ils vont tous soutenir les Montagnards, ce qui ne veut pas dire que toutes les femmes soutiennent les Montagnards. A Paris, il y avait eu un premier club créé en 1 79 1 par Etta Palm d’Aelders, une hollandaise « féministe », qui recrutait surtout des femmes de la bourgeoisie et qui n’a pas eu d’impact sur les femmes du peuple.

Club patriotique de femmes pendant la Révolution. Lesueur, musée Carnavalet, Paris.

Club patriotique de femmes pendant la Révolution. Lesueur, musée Carnavalet, Paris

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Il a duré un an. Il s’occupait de tâches de bienfaisance, il a réclamé la loi du divorce et l’égalité politique des femmes et des hommes. Un second club a été créé en mai 1793 par des militantes populaires cette fois, c’est le club des citoyennes républicaines révolutionnaires. Les femmes qui ont créé ce club se connaissaient depuis longtemps, elles avaient l’habitude de se rencontrer dans les assemblées qu’elles fréquentaient, le club des Jacobins, le club des Cordeliers, les sociétés populaires de leur section. Quand les sociétés populaires étaient mixtes elles en faisaient partie, mais elles ressentaient vraiment le besoin de créer une organisation particulière, non pas pour lutter pour leurs droits de femmes mais pour lutter en tant que femmes dans toutes les initiatives : en effet elles étaient freinées par le fait qu’elles n’étaient pas membres à part entière de la majorité des organisations révolutionnaires. Elles créent ce club avec deux buts au départ : s’organiser en Garde nationale, c’est-à-dire revendiquer la citoyenneté, et mieux lutter contre les Girondins. Ce qu’elles font aux côtés des Montagnards : elles participent en tant que club à l’insurrection anti-girondine des 3 1 mai — 2 juin 1793. Ce club était proche des Enragés, notamment proche de Leclerc. Celui-ci aurait été l’amant de Claire La-combe et ensuite il a épousé Pauline Léon, deux dirigeantes du club. On a donc dit qu’elles se laissaient guider par un homme et que le club était un instrument aux mains des Enragés ; en fait à l’intérieur de ce club il y avait plusieurs tendances politiques ; finalement grâce aux personnalités de P. Léon et de C. Lacombe, le club va effectivement s’engager dans la voie des Enragés mais au prix d’exclusions, ce qui a contribué à l’affaiblir.

Les Tricoteuses, Lesueur, Pour résumer schématiquement, les Citoyennes musée Carnavalet républicaines révolutionnaires sont proches des

Enragés dans la mesure où elles réclament l’application de la Constitution de 1793 (alors que celle-ci a été reportée à la paix), la dissolution de la Convention et l’organisation de nouvelles élections alors qu’à l’inverse, les Jacobins notamment Robespierre et les Montagnards, disent qu’avant de pouvoir appliquer la Constitution, il faut affermir la République. Ces deux positions, on les retrouve dans le club des Citoyennes républicaines révolutionnaires. Mais elles ont une différence avec les Enragés : ils ont toujours accordé une attention très forte à la question des subsistances en exigeant la fixation d’un prix maximum pour les denrées de première nécessité ; or elles ne s’y intéressent pas sauf à partir du moment où elles commencent à être attaquées par les Jacobins, les journaux etc. A partir de ce moment-là, elles commencent à intervenir sur des questions de moins en moins directement politiques comme elles le faisaient avant, sur les questions d’organisation du pouvoir telles celles de l’épuration des administrations ou de l’application de la terreur, la création des tribunaux révolutionnaires (programme type de la sans-culotterie). A partir donc de la mi-septembre 1793, elles vont peu à peu intervenir sur la question des subsistances et progressivement uniquement sur cette question. Mais ce n’est pas du tout cela qui les caractérise au départ.

♦ Finalement, leur club est interdit le 30 octobre 1793.

Oui et le prétexte invoqué était parfaitement oiseux. On craignait que les femmes qui avaient demandé à porter la cocarde, demandent aussi à porter le bonnet rouge. Or les Citoyennes républicaines révolutionnaires qui étaient attaquées de tous les côtés, étaient très conscientes du danger et à l’intérieur de leur club, elles avaient pris un arrêté disant qu’elles excluraient toutes celles qui forceraient les femmes à porter le bonnet rouge. Cependant, il va y avoir une rixe entre elles et les dames de la Halle et en quelques heures, la rumeur va se répandre que c’est elles qui sont à l’origine de cet incident en ayant voulu contraindre les dames de la Halle à porter le bonnet rouge alors que ce sont ces dernières qui avaient commencé la bagarre. La Convention se saisit de cet incident pour interdire tous les clubs de femmes. Cette interdiction est à la fois une attaque contre le mouvement des Enragés dont elles faisaient partie mais aussi et avant tout contre les Citoyennes républicaines révolutionnaires en tant que femmes. D’ailleurs, ce sont tous les clubs de femmes qui sont touchés par cette interdiction. Ce décret avait été précédé à la Convention par un rapport présenté par le député Amar, au nom du Comité de sûreté générale, et qui traite de la place des femmes dans la société. Amar pose la question de savoir si les femmes pourront ou non avoir les droits politiques et il y répond par la négative. Actuellement tous les historiens se demandent ce qui s’est passé : comment se fait-il que le mouvement révolutionnaire qui était fort, ait basculé? C’est une question en suspens. Ce retournement pour les femmes s’est produit dès septembre, de façon très nette. Pour l’ensemble de la sans-culotterie, ce mouvement de recul apparaît dès l’automne mais le tournant a été de fait plus tardif et plus brutal. Après cela, les femmes ont continué

Les Tricoteuses, Lesueur, musée Carnavalet

OOSSI�R

« Tricoteuses »

« “Tricoteuses”, les appelait-on, parce qu’elles suivaient les débats des assemblées révolutionnaires tout en tricotant. Peu usité pendant la Révolution, surtout employé par leurs adversaires après la chute des Robespierristes — et même alors devancé par l’expression “furies de guillotine” c’est pourtant ce mot qui a survécu pour désigner les militantes populaires. (...) L’activité signalée par le mot “tricoteuse”, celle d’une paisible mère de famille est positive. Mais s’échappant du coin de l’âtre pour prendre place sur la scène publique, déplacée, elle est dotée d’une charge négative. Et dans l’imaginaire les aiguilles sont aussi symboles de cette perfidie, elles qui pourraient devenir dangereuses, armes ne disant pas leur nom, instruments de travail dévoyés à des fins sanglantes. »

Extrait de Citoyennes tricoteuses, les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française, p. 13-14.

Deux siècle plus tard, ce sont les mêmes fantasmes qui ont fonctionné : en 1976, lors du 1er Mai, les « gros bras » du service d’ordre de la CGT avaient fait courir le bruit que les féministes voulaient les attaquer avec des aiguilles !

à participer à la vie politique mais leur mouvement était cassé et il n’y a plus eu de revendications, d’interrogations, de pamphlets de femmes comme il y en avait eu avant.

♦ Et qui proteste contre cette interdiction ?

Un député, Charrier, peu connu, proteste non pas contre le fait qu’on interdise les droits politiques aux femmes mais contre le fait qu’on leur interdise de s’assembler parce que, dit-il, c’est un droit commun à tous les êtres pensants. Là encore c’est la philosophie du droit naturel qui motive cette position. Des femmes ont protesté mais le rapport de forces était tellement défavorable que chaque fois qu’elles ont essayé de le faire, elles ont soulevé les huées et l’hostilité.

♦ Quelle forme prend l’activité politique des femmes après cette interdiction ?

Il y a une chose sur laquelle je voudrais revenir. On a interdit les clubs de femmes mais on ne leur a pas interdit d’assister aux assemblées ni de faire partie des sociétés populaires mixtes ; à Paris les sociétés populaires, de façon générale, ont dirigé toute la vie politique locale des quartiers pendant l’hiver 1793-1794. Paradoxe étonnant: là où existent des sociétés populaires mixtes, les femmes, membres de ces sociétés, ont avec les hommes dirigé la vie politique, ce qui leur a été reproché de façon virulente. Notamment, chaque citoyen s’il ne voulait pas être considéré comme suspect devait obtenir un certificat de civisme et pour cela il passait normalement devant 1 assemblée générale de la section. Pendant hiver 1793, il passait devant la société populaire ; or quand la société populaire était mixte, des femmes mterrogeaient donc des hommes sur leur rôle pendant la Révolution... Ce qui était ressenti comme humiliant par les hommes...

♦ Combien y avait-il de sociétés mixtes ?

On n’est jamais sûr, il y en avait six dont on peut dire sûrement qu’elles étaient mixtes, une demi-douzaine dont on peut dire que ça penche pour la mixité mais on n’en a pas le règlement. Ces sociétés vont avoir encore un rôle important au moment de l’affrontement entre les Jacobins et les Cordeliers, ceux qu’on appelle les Hébertistes. Beaucoup de femmes de la sans-culotterie défendent Hébert, là encore non pas pour des questions de subsistances comme on l’a dit souvent (Hébert avait un journal le Père Duchesne, dans lequel il faisait de nombreuses campagnes sur la question des subsistances). Elles ne le soutiennent pas parce que c’est le pourfendeur des marchands mais parce qu’il est le « défenseur des droits de l’homme », « la bonne tête politique de la Révolution » etc. Au printemps 1794, époque où a lieu cette crise, se développe un mouvement important de travailleuses dans des filatures nationales. Celles-ci avaient été ouvertes en 1790 pour fournir du travail aux femmes au chômage, aux indigentes, comme les ouvrières des métiers de luxe en crise à cause de l’émigration. Dans ces établissements nationaux, les femmes sont très peu payées. Il est dit ouvertement qu’il s’agit de travaux de secours, qu’il est hors de question de les payer au même prix que dans les filatures privées où elles n’étaient déjà pas beaucoup payées. Il y a là plusieurs centaines de femmes réunies sur le même lieu de travail, fait exceptionnel dans le Paris révolutionnaire puisque généralement l’organisation du travail est caractérisée par l’artisanat dans de petits ateliers de deux à dix personnes. Donc, ces femmes se mettent en mouvement ; cela commence dès l’hiver 1793, les mouvements les plus forts vont se dérouler au printemps 1794. Elles vont réclamer une augmentation du tarif, les deux livres de pain qu’on leur avait supprimé deux ans et demi plus tôt (en effet, en plus de leur salaire, elles recevaient du pain à l’heure des repas) et qu’on leur rembourse toutes celles qu’on leur a retenues depuis deux ans et demi. Elles réclament aussi de meilleures conditions de travail, elles se plaignent que les ateliers dans lesquels elles travaillent sont malsains, elles demandent plus de bois, de charbon pour les poêles, des carrelages par terre, elles se plaignent de l’attitude autoritaire des chefs d’ateliers. Elles ne se mettent pas en grève, elles ne cessent jamais le travail, en revanche elles rédigent des pétitions qu’elles adressent aux société populaires de leurs sections qui les soutiennent et elles les envoient à la Convention. C’est un mouvement très fort qui va durer plusieurs mois, qui reprend en 1795 dans l’autre filature (il y avait deux filatures). C’est le plus déterminé de tous les mouvements sociaux de la Révolution, mal connus par ailleurs, c’est celui qui va le plus loin mais en même temps on constate que ces femmes ne sont pas organisées. Ce sont d’anciennes chômeuses, il ne faut pas l’oublier, ce sont des indigentes qui ont vraiment besoin de leur travail, elles ne sont pas dans la même situation que des travailleurs d’une branche où cela marche mieux. Il existe d’autres grèves à l’époque, soit menées par des hommes, soit menées par des hommes et des femmes. Quand les conflits sont mieux organisés, les femmes y participent tout à fait, on a l’exemple de femmes qui distribuent des « tracts » à l’entrée d’un atelier appelant à faire grève mais ce n’est pas le cas dans les filatures. Le mouvement y est très fort (elles vont pousser le directeur à démissionner) mais pas organisé. Ce qui ne l’empêche pas de reprendre quelques mois plus tard dans l’autre filature. Au terme de ce mouvement, malgré la résistance

1“ prairial an III : les sans-culottes envahissent la Convention. (Bibliothèque nationale).

des femmes, il y aura suppression du travail dans les ateliers et généralisation du travail à domicile.

♦ Et après Thermidor ?

Les femmes vont continuer à participer à la vie politique jusqu’à l’insurrection de prairial. Celle-ci est un échec, et marque à la fois la fin du mouvement populaire et la fin de l’intervention massive des femmes dans la Révolution. On va renvoyer les femmes chez elles pour un certain nombre d’années. Plusieurs décrets répressifs sont pris dont certains uniquement à l’encontre des femmes. On leur interdit d’abord de pénétrer dans les tribunes de la Convention, d’assister de façon plus générale aux assemblées politiques, de se réunir dans la rue au dessus de cinq sous peine d’arrestation. On vise ainsi un des éléments les plus forts du mouvement populaire. On leur interdit les tribunes parce que depuis plus de deux, trois mois, elles n’arrêtaient pas d’intervenir en soutenant les derniers Montagnards ; on leur interdit de se réunir parce qu’elles n’avaient pas cesser de former des attroupements qui ensuite s’étaient transformés en manifestation et en insurrection. On voit très bien que les députés ont eu peur. Mais ces décrets s’intégrent aussi dans une évolution plus générale, qui triomphera au xdc siècle et tendra à exclure les femmes de la scène publique.

♦ Quel est le bilan global de la Révolution ?

La Révolution leur a accordé une existence juridique, l’égalité successorale ; et puis le divorce, grande mesure où là hommes et femmes sont à égalité. Sur le plan de l’enseignement, dans la loi votée en 1794 qui n’a pas eu le temps d’être appliquée, on prévoyait l’école primaire obligatoire gratuite pendant trois ans pour les filles et les garçons. De toutes ces mesures, il n’est plus rien resté après la Révolution, sauf l’égalité successorale. Exemple, dès 1795 on est revenu sur la loi du divorce. On a mis des difficultés au divorce pour incompatibilité d’humeur. Quant à Napoléon, vous connaissez le Code civil... Il a conservé le divorce mais en instaurant une inégalité qui n’existait pas précédemment, puisque le mari pouvait demander le divorce pour adultère et non la femme. Ce qui est positif pour moi, ce sont les principes de la Déclaration des droits de l’homme, je sais que beaucoup de gens ne sont pas d’accord. Question : est-ce que la Déclaration concernait les hommes et les femmes ? Selon moi, cela concernait l’ensemble des êtres humains, sinon cela n’a aucun sens ; quand les législateurs ont voté ce texte, ils ont fait acte d’universalité ensuite ils ne l’ont pas appliqué. En tous cas, les principes de la Déclaration des droits de l’homme ont été à la base des actions de nombreuses féministes du xixe siècle qui se sont appuyées sur les principes d’égalité qui étaient contenus dans la Déclaration, non seulement en France mais à l’étranger comme en Grèce3. C’est un legs de la Révolution, non seulement pour les femmes mais pour tous les exclus, quoiqu’on puisse penser par ailleurs.

Propos recueillis par Josette Desbois et Marie-Annick Vigan

1er prairial an III : les sans-culottes envahissent la Convention. (Bibliothèque nationale)

Notes

  1. 1. Voir D. Godineau, «Autour du mot citoyenne », Mots, 16, 1988, p. 91-110.
  2. 2. Pétition de la section du Louvre, in F. Braesch, La commune du 10 août, p. 130.
  3. 3. La loi du 12 août 1792 pour l’élection de la Convention exclut encore les domestiques à gages, et l’ensemble des femmes. Cela n’a pas empêché la plupart des historiens, de Jaurès à nos jours, de baptiser suffrage universel ce qui n’était encore que «quasi-universel-mascu-lin ».
  4. 4. Voir les textes dans Paroles d'hommes (1790-1793), présentées par E. Badinter, POL, 1989.
  5. 5. Avant 1789, la paire sert déjà à opposer femme mariée et non mariée, mais elle dénote encore parfois un reste de hiérarchie féodale, mademoiselle signalant� une dignité inférieure à madame. La Révolution opère, là comme partout, une liquidation et une unification : après 1 800, le système des appellatifs a un sens pur, c’est-à-dire purement sexiste.
  6. 6. Journal des débats, 28 février 1800.
  7. 1. Editions Alinéa, 1988.
  8. 2. Cf. les travaux d’Arlette Farge notamment Vivre dans la rue à Paris au xvnr siècle. Paris, Gallimard, Archives, 1979.
  9. 3. Cf. communication d’Hélèni Varikas au colloque de Toulouse.

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