CI ne voie à suivre ?
LJ Europe politique peut-elle se conjuguer au féminin ? Dans le cadre de ce dossier, il nous a paru intéressant de revenir sur l’expérience des militantes du groupe des Grünen (verts allemands).
Cités en exemple par plus d’un — et plus d’une ! —, les Grünen ont créé une dynamique qui oblige d’autres partis à certains aménagements... Ainsi, le SPD allemand doit introduire prochainement en son sein la notion de quotas, cependant que le Parti socialiste français a pris soin de présenter 30 % de femmes lors des dernières élections européennes.
Ce rôle-phare tenu par les Grünen reflète-t-il la réalité ? La présence massive de femmes élues dans les institutions parlementaires ainsi qu’à tous les échelons de responsabilité de leur parti a-t-elle permis une modification des comportements, une prise en compte réelle des problèmes politiques posés par les femmes ?
En ce qui concerne le Parlement européen, les Grünen préconisent un fonctionnement identique à celui de leur parti, à savoir 50 % de femmes au moins élues à tous les échelons de responsabilités, des listes séparées d’inscription aux débats et un droit de veto des femmes sur toutes les questions les concernant spécifiquement : ainsi, chez les Grünen, toute femme peut demander un vote des femmes seules sur les problèmes qui leur sont propres. Si ce vote est négatif, la question est rediscutée par tous pour trouver une autre réponse.
La
La politique « autrement » ?
Ces mesures arithmétiques et administratives peuvent-elles constituer une réponse suffisante ? Hélas ! non. Si les Grünen sont convaincues que ces mesures volontaristes sont indispensables, elles sont les mieux placées pour en voir les limites, dans leur propre parti.
Dorothée Piermont 1 l’exprime ainsi : « Même à 50 %, on se fait souvent flouer. Cela ne garantit même pas l’égalité de pouvoir, car les hommes ont l’habitude des tractations de couloir et l’habitude du pouvoir. Il faut jouer des coudes, et ce n'est pas toujours évident. »
Il est vrai que la présence des femmes à tous les echelons garantit que l’on se préoccupe dans une certaine mesure de leurs problèmes spécifiques 2. Toutefois, cet intérêt régulièrement manifesté par le parti relève plus, selon certaines Grünen, de professions de foi « sympathiques » envers la cause des femmes que d’actions sérieuses Pour la mise en œuvre d’une politique féministe 3.
Ainsi, même si la question du viol conjugal a donné lieu à un grand débat chez les Grünen, le groupe parlementaire a toujours refusé de présenter une loi radicale sur ce sujet au Parlement.
Et lorsqu’un dossier n’est pas directement lié aux problèmes des femmes (par exemple l’urbanisme, ou les transports), la dimension femme en est totalement absente.
En fait, certaines craignent aujourd’hui que le féminisme devienne pour les Verts un simple alibi et ne fasse plus partie intégrante de leur politique, et cela malgré un onctionnement interne favorable et l’image de marque un parti quasiment « féministe ».
Dans le même temps, les femmes tirent généralement an bilan négatif de leur propre action, en tant qu’élues et emimstes. Souvent, elles se sont fait élire dans les différentes instances du parti avec la volonté de poser les revendications des femmes et de se comporter « différemment » de leurs petits camarades. Dans les faits, elles trouvent qu’elles n’ont pas suffisamment de temps pour conduire une véritable politique féministe et qu’elles sont totalement noyées dans les nécessités de la vie du parti : il faut rédiger des motions et des tracts, écrire des résolutions... et leur capacité d’imagination est étouffée dans les contraintes de la vie politique quotidienne. De modestes initiatives sont prises de temps à autre pour tenter de briser un peu les structures politiques traditionnelles, mais globalement, il faut constater que la volonté de faire une autre politique, et surtout de la faire « autrement », relève de l’utopie dans le carcan des structures politiques bourgeoises. Comme de surcroît, plusieurs élues féministes ont le sentiment d’ètre coupées des mouvements de masse et des débats qui ont lieu à la base, certaines se posent le problème de se représenter ou non, peu convaincues de l’utilité de leur expérience. Une élue a même purement et simplement abandonné ses responsabilités.
Nous sommes bien sûr convaincues que des mesures volontaristes ne peuvent pas tout régler, loin s’en faut. Néanmoins, les statuts des Grünen ont bel et bien permis aux femmes de prendre réellement leur place, à tous les niveaux du parti.
C’est bien parce qu’elles étaient nombreuses qu’elles ont réussi à sensibiliser leur parti aux problèmes spécifiques des femmes et à lui faire mener des batailles de grande envergure (campagne en faveur de 1TVG, projet de loi antidiscriminations, campagne pour un statut autonome des femmes immigrées).
Ainsi, l’action des féministes au sein des Grünen est loin d’être négative et peut servir de référence à beaucoup d’autres femmes, dans d’autres groupes politiques, y compris en France.
Cependant, on ne peut ignorer que l’orientation féministe d’une organisation est aussi liée à son orientation politique générale.
Le problème majeur qui paralyse les Grünen aujourd’hui, y compris sur le terrain du féminisme, relève d’un tel choix. Pour devenir un parti de gouvernement en alliance avec les sociaux-démocrates, les Verts vont-ils accepter n’importe quel compromis, au risque de voir partir leurs militants radicaux et leurs féministes convaincues ? C’est déjà ce qui a commencé.
En mars dernier, on le sait, ce sont en effet les partisans d’une alliance Roses-Verts qui ont gagné la majorité, acceptant des concessions majeures sur des questions décisives comme l’OTAN, les femmes, l’Europe... Le prochain congrès a lieu cet automne. Une échéance très importante pour les Verts, les féministes en particulier, qui, nous l’espérons, ne se décourageront pas. Car, pour nous, n’est-ce pas ?, le chemin à parcourir est encore très long.
Françoise Foucault
Notes
- 1 . Dorothée Piermont fait partie du groupe des Grünen au Parlement européen. Elle s’occupe plus particulièrement des problèmes de désarmement et du tiers monde.
- 2. Voir le n° 44 des Cahiers du féminisme, printemps 1988.
- 3. Dans le cadre d’une conférence organisée par le groupe Arc-en-ciel en mai 1988, Martha Rosenkxanz, députée Grünen, a répondu à un questionnaire sur «la situation des femmes dans les partis Verts ». Nous avons utilisé dans cet article de larges extraits de ses réponses.