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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Le féminisme italien à l’aube des années quatre-vingt-dix

· Cahiers du féminisme, n° 50, automne 1989 · p. 14-18 · 3 600 mots

Le féminisme italien l’aube des années quatre-vingt-dix

Alisa Del Re qui signe cet article participe au mouvement féministe italien et est chercheuse à l'université de Padoue, à la faculté des sciences politiques.

Le 15 avril de cette année cinq cent mille femmes ont manifesté dans les rues de Rome pour défendre le droit de décider librement de leur vie. Elies étaient arrivées de toutes les villes d'Italie par trains spéciaux ; des femmes de tous âges, de trois et parfois quatre générations différentes étaient réunies pour la première fois depuis longtemps pour défiler, danser, chanter, dans les rues étonnées de la capitale italienne. Déguisées en fleurs ou avec de grands parapluies roses, femmes-maires avec les armes de leurs villes ou sorcières en violet avec de longs chapeaux, elles défilaient comme pour une grande fête, mais leur détermination était évidente. Elles étaient là pour protester contre les atteintes que le ministre de la Santé, C. Donat Cattin (démocratie chrétienne), avait porté au droit d'avorter en ordonnant des perquisitions dans des cliniques « historiquement » utilisées par les femmes, comme la Mangiagalli de Milan ou la Maternité de Bologne.

La raison officielle de ces perquisitions, pratiquées par les carabiniers, était de vérifier si la loi 194, loi qui permet l’avortement libre et gratuit dans les quatre-vingt-dix premiers jours de la grossesse, était correctement appliquée. Déjà la présence de nombreux médecins « objecteurs de conscience » rend difficile en Italie l’application de cette loi ; de plus les médecins non objecteurs, souvent jeunes, voient leur carrière bloquée dans la routine des avortements, sans possibilité de pratiquer des interventions plus prestigieuses. Cette situation les amène de plus en plus à « objecter » et donc de plus en plus souvent les hôpitaux et les cliniques ont des difficultés à garantir des IVG aux femmes qui les demandent, les renvoyant aux cliniques privées et payantes1. Les entraves ministérielles au fonctionnement des rares cliniques qui répondent à la demande constituent donc de véritables atteintes au droit à l’avortement. Ce droit, les femmes italiennes l’ont conquis en 1978 et réaffirmé en 1981 quand la droite a demandé par référendum l’abrogation de la loi. Cette même droite est en train de renouveler un climat de « guerre sainte » autour de ce qu’elle appelle « le droit à la vie ».

Hantées par le cauchemar du retour à l’avortement clandestin, du retour aux tribunaux, des milliers de femmes ont rempli les rues : la manifestation avait été organisée par les femmes des partis laïcs et de gauche et par les femmes des syndicats. Mais la mobilisation a dépassé tous les espoirs ; non seulement tous les groupes féministes étaient présents au rendez-vous mais de nombreuses femmes étaient venues aussi à titre individuel : retraitées, jeunes étudiantes, grands-mères ' militantes de Unione donne italiane (UDI, section féminine du Parti communiste), ouvrières, enseignantes, infirmières de plusieurs cliniques, chanteuses, actrices, parlementaires. Ce n’est pas un hasard si la manifestation s’est terminée avec la chanson de Tracy Chapman : Talking about the Revolution. Les femmes ne voulaient pas seulement demander de manière défensive le respect de la loi, mais elles voulaient aussi imposer positivement leur droit à l’autodétermination et « leur » droit à la vie.

On attendait cent mille femmes, il y en a eu cinq cent mille. Ce qui témoigne du grand dynamisme du mouvement féministe italien. Celui-ci a , néanmoins beaucoup changé ces dernières années, aussi bien théoriquement que dans la manière de s’affirmer dans la société. Il a imposé la présence politique des femmes et suscité de leur part une demande « gênante de pouvoir ». A s l’occasion du débat sur la loi contre la violence sexuelle, les femmes ont découvert à la fois leurs différences mais aussi ce qui les sépare des hommes lorsqu’ils et elles sont dans les institutions: une manière différente de sentir et de comprendre les questions politiques.

La loi contre la violence sexuelle

Le projet de loi, qui est encore en discussion au Parlement, remonte à 1979 : c’est un projet de loi d’initiative populaire (trois cent mille signatu-res ont été recueillies), présenté par des collectifs s féministes et ensuite par des parlementaires femmes et appelé « la loi des femmes ». Il a provoqué lors de sa présentation et dans ses différentes phases d’élaboration d’âpres discussions dans le mouvement féministe : fallait-il ou non recourir à l’instrument pénal et dans quelle mesure était-il légitime que certaines femmes « légifèrent pour toutes » ?

Dans la discussion très complexe de cette loi, le mouvement féministe a demandé aux femmes parlementaires de s’engager à ne pas suivre la discipline de leurs partis dans la mesure où celle-ci serait étrangère à la réalité et aux besoins des femmes.

L’ultime division dans l’élaboration difficile de cette loi a porté sur la question de la poursuite judiciaire. La poursuite judiciaire d’office, conséquence directe de l’insertion du viol dans la liste des crimes contre la personne (et non contre la « morale » comme le voulait la Démocratie chrétienne), a été introduite dans le premier texte de loi proposé par une partie du féminisme italien (UDI, MLD : Movimento di liberazione della donna, et quelques collectifs romains) pour insister sur la gravité de ce crime. Cela a été conservé dans la rèécriture de la loi par les femmes parlementaires de gauche. Mais cette disposition a été très critiquée par le plus grand nombre des féministes italiennes :

-Il s’agit en effet d’une disposition fondée sur la conviction que la femme est encore un sujet « faible » et qui a besoin de la tutelle de l’Etat. -La pratique féministe a révélé l’inutilité d’un procès imposé et non voulu (qui inévitablement se transforme en procès de la victime).

-Une conception positive de la liberté féminine exige pour la femme la possibilité de choisir et non de subir obligatoirement un procès.

Pour toutes ces raisons une partie importante du féminisme demandait, pour l’ouverture d’un procès, une plainte préalable de la victime (ce qui était demandé aussi par les Verts et les radicaux). La Démocratie chrétienne demandait, quant à elle, d’un côté la poursuite judiciaire d’office pour le viol « dans la rue » et de l’autre côté la plainte préalable de la victime en cas de violence dans la famille, conformément au respect de l’intimité domestique. Il ne s’agissait pas de défendre la liberté féminine, mais une certaine « culture de la pudeur ».

A gauche la situation était encore plus compliquée : la poursuite judiciaire d’office satisfaisait l’exigence de rendre visible la gravité du crime et en même temps de pratiquer un contrôle social (masculin) sur une déviance sexuelle (masculine). Mais elle ne faisait pas l’accord de toutes les parlementaires, surtout des communistes, gagnées aux objections féministes. Dans cette impasse, la proposition de compromis présenté par les parlementaires indépendants de gauche Mariella Gramaglia et Franco Bassanini nous a semblé très intéressante et surtout innovatrice par rapport à l’utilisation du droit. Il s’agissait dans cette proposition de garantir la poursuite judiciaire d’office avec la possibilité de la part de la victime d’interrompre le procès : le parquet, avant de commencer le procès, doit informer par lettre recommandée la victime qu’elle peut, si elle le veut, interrompre le procès. Il y a poursuite judiciaire d’office contre quiconque essaye de l’obliger à renoncer au procès. Si dans un délai de quinze jours la victime ne répond pas, le procès commence. Malheureusement cette proposition n’a pas eu de succès parlementaire, même si elle a été appréciée par une grande partie du mouvement et par plusieurs juristes « démocratiques ». Au Sénat le « double régime » voulu par la Démocratie chrétienne est passé avec la complicité des socialistes (mais il faut dire que la sous-secrétaire d’Etat à la santé, Elena Marinucci, socialiste, a voté contre) et donc le texte a été renvoyé à la Chambre. La chute du gouvernement et les vicissitudes électorales européennes ont mis de côté pour l’instant le vote final de cette loi : on en reparlera en automne.

Le Parti communiste italien et la Carta des femmes

La vraie nouveauté de ces dernières années est représentée par l’intérêt porté aux femmes par les

Manifestation du 15 avril 1989 à Rome (DR).

Manifestation du 15 avril 1989 à Rome (DR)

Pour en savoir plus...

Pour donner un aperçu de l’étendue et de la vivacité du mouvement féministe italien, voici une liste (sans doute non exhaustive) des revues féministes, centres de documentation et librairies de femmes.

Parmi les revues féministes

♦ Noi donne, mensuel de l’UDI, Unione donne italiane.

♦ Legendaria, supplément bimensuel à Noi donne, sur les publications qui intéressent les femmes.

♦ Leggere Donna, bimensuel d’information culturelle du Centro documentazione donna di Ferrara.

♦ Memoria, revue d’histoire des femmes qui sort tous les quatre mois.

♦ DWF, {Donna, woman, femme) sort tous les trois mois souvent avec des numéros à thème (résumés des articles en français et en anglais).

♦ Reti, sur les pratiques et savoirs des femmes, bimensuel, édité par les Editori Riuniti, maison d’éditions communiste.

♦ Fluttuaria, sur les signes d’autonomie dans l’expérience des femmes, mensuel édité par le Circolo culturale delle donne C&C à Milan.

♦ Lapis, sur le parcours de la réflexion féminine, mensuel édité à Milan.

♦ Sottosopra, publication politique de la Libreria delle donne de Milan ; le dernier numéro (janvier 1989) s’appelle Sottosopra oro, et a pour titre « Un fil de bonheur » (le premier s’appelait « Plus femmes qu’hom-mes », 1983. Le compte-rendu des débats cités ci-dessus se trouve dans le Bulletin du Crif, n°4-5, 1984, Tierce).

♦ Manifesta, (n° 1 octobre 1988) trimestriel du groupe Nemesiache de Naples.

♦ Donne, parlamento e società, revue qui sort tous les quatre mois, du groupe interparlementaire des élus dans les listes du PCI. La revue, souvent à thème, est un instrument de réflexion sur des sujets concernant les femmes. Mensuellement, le groupe publie le bulletin Paracomit DPeS qui fournit les informations sur les initiatives parlementaires que le groupe même entreprend.

Centres de documentation-femmes

La dernière rencontre nationale des centres de Documentazione-donna a eu lieu à Bologne le 11 et 12 février 1989. On a organisé un réseau de librairies et bibliothèques où les femmes peuvent trouver les publications féministes. Le réseau a été construit en garantissant aux librairies de nouveaux acquéreurs-femmes et en ayant en échange la circulation du matériel féministe. Le projet est soutenu par la Libreria delle donne, Legendaria, Leggere donna, Il paese delle donne et coordonné par la Libreria delle donne de Milan.

Les librairies exclusivement des femmes sont : Bologne, Librellula, strada Maggiore 23/a ; Cagliari, Libreria delle donne, via Lanusei 15 ; Florence, Libreria delle donne, via Fiesolana 2/b ; Milan, Libreria delle donne, via Dogana 2 ; Milan, MLD, via Zecca Vecchia 3 ; Roma, Al tempo ritrovato, piazza Famese 103.

Une dernière maison d’édition exclusivement féministe est : La Tartaruga, de Milan.

Centres culturels et de recherche

♦ Un centre très important est le Centre culturel Virginia Woolf, Rome, université des femmes.

♦ A Milan on trouve l’Associazione per la libera università delle donne, qui a organisé en 1989 sa deuxième année de cours.

♦ Encore à Milan on trouve Ipazia, Comu-nità scientifica femminile, près de la Libreria delle donne, qui a publié Quattro giovedi e un venerdi per la Jilosofia / Quatre jeudis et un vendredi pour la philosophie.

Des centres de documentations existent dans presque toutes les villes d’Italie et souvent sont aussi des centres d’initiative politique. Voici la liste des adresses :

Ancône, Biblioteca delle donne, via Cialdini 26 ; Bergame, Centro doc. donna, via Tasso 94 ; Bologne, Ass. GEA, via Lombardia 1 5 ; Bologne, Centro doc. donna, via Galliera 8 ; Brindisi, Centro doc. donna, via S. Chiara 26 ; Cagliari, Coll. femm. Mafalda, via Manno 22 ; Catane, Le due lune, via S. Sofia 107 ; Ferrare, Centro documentazione donna, contrada della Rosa 14 ; L’Aquila, Biblioteca AIED, c.so Federico II 58 ; Livourne, Centro donna, l.go Strozzi ; Mestre, Centro donna, p.zza Ferretto 124 ; Milan, Centro studi donna, via Romagnosi 3 ; Milan, Centro problemi donna, via Pel-lico 6 ; Modène, Casa delle donne, via del Gambero 77 ; Parme, Biblioteca delle donne, via XX settembre 31 ; Pesaro, Casa delle donne, via Montini 17 ; Pise, Centro documentazione donna, via Puccini 15 ; Porde-none, L’acqua in gabbia, via Martelli 43 ; Rome, DWF, via S. Benedetto in Arenula 4 ; Rome, CLI, via S. Francesco di Sales 1 / a ; Rovereto, Coop. A. Crimella, via S. Chiara 8 ; Sassari, Biblioteca AIED, p.zza Col. Serra 9 ; Tarente, Centro documentazione donna, v. le Regina Elena 12 ; Turin, Ass. Laverani Donini, via Govemolo 28 bis ; Turin, Produire e riprodurre, via Vanchiglia 3 ; Turin, ss. S. Anguissola, via Pr. d’Acaia 20 ; Verone, Filo d’Arianna, p. Scalette Rubiani 1 ; Verone, Gruppo donne Arcigay, via Saura 2.

partis politiques et les syndicats (et réciproquement).

La Carta des femmes communistes (1987) est le manifeste de référence sur le rapport politique des femmes au parti. Il s’agit d’un « pacte entre les femmes », destiné à consolider leur rapport de force à l’intérieur et à l’extérieur du parti. Grâce à cette pratique de solidarité2, les femmes du parti ont pu retrouver une place non subordonnée à l’intérieur de cette institution et demander avec force la reconnaissance politique de leur existence sexuée, en s’appuyant sur les luttes et le soutien du mouvement féministe.

Dans son rapport prononcé en ouverture du XVIIIe Congrès du PCI, du 18 au 22 mars 1989 (la traduction française des extraits du rapport est parue dans M n° 29, juin 1989, p. 28 à 37) Achille Ochetto avait promis aux femmes un quota de 30 % de présence à tous les niveaux de l’organisation3. Mais dans la direction du PCI les femmes élues sont passées de quatre à onze, ce qui représente seulement 20 % de cette instance (dans le comité central elles sont passées de trente-huit sur deux cent quinze à quatre vingt treize sur trois cents). Bien que Livia Turco (confirmée dans la nouvelle direction) affirme que « l’opération est réussie parce quelle ne se posait pas en termes mathématiques mais politiques », l’insuccès de l’opération est évident précisément sur le plan politique : les nouvelles élues ne font pas partie, comme on s’y attendait, des intellectuelles féministes qui ont porté dans le PCI la nouveauté théorique et politique du thème de la différence sexuelle. Les élues sont bien des femmes, mais elles sont issues de l’appareil du parti.

En effet Achille Ochetto avait dit : « Nous nous tournons vers les femmes italiennes avec la conscience d’avoir fait, en tant que parti, et sur la base de l’élaboration de nos camarades féminines (sic), un choix courageux et important: d’être l’unique force politique qui ait assumé la différence des sexes comme critère rendant plus riche sa propre vision des rapports sociaux et humains. Ce choix est d’une telle portée sur le plan culturel, programmatique et organisationnel qu’il n’exige pas de nous, pour le moment, d’avancées ultérieures sur le plan de nos positions ou dans les rapports avec le Mouvement de libération des femmes. »

Continuons à analyser ce rapport. Le PCI en ce moment est en train de chercher sa nouvelle identité : pour l’instant il prétend tout simplement « diriger » les mouvements « spontanés » (sans analyser dans cette « spontanéité » l’évident refus exprimé par ces mouvements — vert, écolo, féministe -de se confronter à un parti qui n’avait rien à leur dire). Pour ce qui concerne les femmes, Ochetto déclare : « Dans le même temps nous nous tournons vers la réalité des femmes, vers cette grande force qui croît avec le mouvement de modernisation ; avec la conscience qu’un tel mouvement peut être le véritable point d’appui de la nouvelle époque des révolutions non violentes, justement parce qu ’il est une force qui est en même temps sujet actif du processus de modernisation et force radicalement critique si l’on considère ses résultats spontanés. » Pourquoi prendre en considération les femmes en tant que sujet sexué dans le parti ? Parce que : « Le mouvement des femmes Préfigure une politique nouvelle plus concrète et plus liée aux valeurs de la personne. Il est en mesure de promouvoir ces groupements transversaux capables de faire émerger cette gauche submergée qui existe dans notre pays. Pour cela, il est une composante essentielle de l’alternative, une composante que le parti a entendu mettre en valeur, y compris par l’innovation importante des quotas de représentation qui, comme toutes les mesures normatives se présentent aujourd’hui comme une nécessité pour forcer et inverser une inertie historique, pour ouvrir la voie à une solution physiologique au problème du rééquilibre de la représentation à tous les niveaux. »

Je ne peux que critiquer ces affirmations avec les mots de Rossana Rossanda, dans l’éditorial de Il Manifesto dull octobre 1988 « ...la proposition politique d’Ochetto est destinée à trouver un consensus chez les nouveaux sujets — en particulier les femmes, qui voient affirmées les valeurs de la différence, et les écologistes. La centralité du travail voit se dissoudre ses traits de classe au profit d’une diversité de figures qui devraient garantir la transversalité d'un programme qui ne vise pas à une alliance de partis, mais de ceux qui entendent mettre des limites à la liberté la plus effrénée de la rationalité du profit et du marché. »

Ce type de reconnaissance par le PCI de la différence sexuelle s’inscrit dans une transformation plus générale du PCI marquée par l’abandon d’une orientation de lutte de classes au profit d’une stratégie social-démocrate.

Le Parti socialiste et Olympia

Les socialistes se situent par rapport aux femmes d’une façon plus traditionnelle4. Une association, Olympia (du nom d’Olympe de Gouges) s’est constituée récemment (mai 1989) et se propose d’œuvrer à la reconnaissance d’une citoyenneté pleine et entière pour les femmes dans les secteurs culturel et politique. La pratique d’une

Tiré de Femmes suisses, janvier 1989.

Tiré de Femmes suisses, janvier 1989

politique d’égalité des chances fondée sur la diffusion « d’actions positives » (comparable à la politique menée par Yvette Roudy) a montré ses limites. L’association se propose donc d’étudier les problèmes de la formation et de la transmission du pouvoir parmi les femmes et les moyens d’assurer la représentation des intérêts des deux sexes dans les institutions existantes, jusqu’ici considérées comme universelles et en réalité monosexuées. Dans son programme on peut trouver : un projet éthique, un projet de Women 's Studies et un projet sur l’ imaginaire et l’industrie de l’image. L’initiative est encore jeune, mais ses développements peuvent être intéressants.

lique du pape Jean-Paul II, qui a été accueilli diversement par les féministes. Certaines ont apprécié l’intervention papale concernant l’égalité des femmes dans la Genèse et l’apparition de la différence comme fruit du « péché originel » (donc différence d’origine historique et non ontologique). D’autres ont critiqué l’utilisation des stéréotypes de la différence : la femme mère, la Mère du Christ, et la persistance d’une pratique inégalitaire de l’Eglise (aucune référence n’est faite au sacerdoce des femmes).

La Démocratie chrétienne et la Federcasalinghe

Et le mouvement féministe ?

La Démocratie chrétienne s’intéresse beaucoup à la Federcasalinghe (Fédération des ménagères), une association qui compte cinq cent mille femmes inscrites. L’idéologie de cette association (élaborée déjà en France et aux USA dans les années trente) s’articule autour du principe que le ménage est un « métier » qu’il faut rémunérer. Il s’agit d’une fédération nationale qui a élaboré de nombreux projets pour les ménagères (demande de tickets d’autobus gratuits, projet « buon do-mani » lié à la constitution d’un fond privé de retraite pour les ménagères, etc.)5. Mais cette fédération est connue aussi pour d’autres initiatives moins « féministes », comme par exemple le boycott du film de Scorsese à Venise il y a deux ans. Les ménagères italiennes peuvent se retrouver dans plusieurs autres associations, de tendances différentes ; entre autres : l’ANPED (Associa-zione nazionale problemi economici delle casa-linghe), l’ULCI (Unione lavoratrici casalinghe), liée à la revue Madré, l’OIKLA (Organizziazione interregionale Kasalinghe indipendenti associate) et le MDLC (Movimento diritti lavoro casalingo).

L’Eglise aussi renifle, comme toujours, avec une très grande attention l’air du temps. Elle est intervenue avec Mulieris dignitatem, lettre aposto-

Quelque chose est en train de bouger aussi, par exemple dans le projet ONDA (Organizziazione nazionale donne autonome, Organisation nationale des femmes autonomes). Un projet qui ne concerne pas les partis politiques, mais des femmes du « mouvement », des féministes qui pensent qu’il faut une organisation générale. Le danger majeur pour les femmes qui ne militent que dans un parti traditionnel est celui de l’affaiblissement des capacités d’analyse féministes, parce qu’on arrive rarement à sortir d’une optique de simple féminisation des problèmes et à mettre en discussion les perspectives politiques plus générales. De là, la proposition de construire une organisation de femmes : une structure autonome, politique, nationale. Les femmes expriment ainsi le besoin diffus et conscient de confronter leurs points de vue sur les contenus et les formes de l’activité politique et de se rèapproprier leurs luttes. Cela signifie penser à une organisation féministe représentative et reconnue formellement. Déjà une fois le féminisme a disparu par absence de mémoire historique que les femmes ont dû reconstituer avec difficulté : la séparation aujourd’hui entre les générations est due, entre autre, à la difficulté de trouver des espaces où exposer et confronter les expériences des générations, rendues différentes par l’histoire même du féminisme. Un parti des femmes ? Peut-être, mais avec des formes qui permettent de ne plus perdre ni prêter à autrui la richesse des contenus du mouvement féministe.

Notes

  1. Alisa Del Re
  2. Août 1989
  3. 1 . Cent mille avortements clandestins par an sont pratiqués en Italie. Le coût moyen est d’un million de lires, c’est donc un marché de 70-80 milliards, qu’une partie des six mille gynécologues italiens (souvent objecteurs) se partagent en plus de leurs salaires. Nombre des avortements «légaux » : 1984, 224 067 ; 1986, 197 776.
  4. 2. «des femmes, la force aux femmes » est une des formules utilisée par les femmes communistes qui signifie que les femmes doivent soutenir par leurs luttes les femmes qui s’engagent à les représenter dans les institutions (partis politiques, syndicats ou parlement).
  5. 3. A propos des quotas : cela aussi a déterminé un débat et une division entre les femmes. Plusieurs féministes ont considéré le quota comme un procédé inadéquat. Mais d’autres pensent qu’il introduit un principe subversif : aucun sexe ne peut décider en politique sans l’autre.
  6. 4. Dans le PSI les élues sont 20 % (il n’y a pas de quota).
  7. 5. Dans son dernier congrès la Federcasalinghe a proposé la formation d’un parti pour obtenir du gouvernement un salaire pour la femme au foyer et une retraite.

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