La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Peugeot-Sochaux : Les mordues de la grève

· Cahiers du féminisme, n° 51, hiver 1989 · p. 5-9 · 4 374 mots

Après six semaines de grève à Sochaux (sept à Mulhouse), il a bien fallu reprendre le chemin des ateliers ; mais ce n'est pas avec un sentiment d’échec que les unes et les autres ont repris le travail malgré le caractère modeste des avantages financiers obtenus.

Avoir réussi à faire plier Calvet et la direction Peugeot sous la pression du conflit, avoir préservé localement l’unité syndicale entre la CGT et la CFDT1, avoir bénéficié enfin d’une solidarité matérielle exceptionnelle sur le plan national, tout cela alimente largement un sentiment de fierté légitime chez les grévistes de Sochaux. Les plus fières, ce sont probablement les femmes. Bien que minoritaires dans l’entreprise (elles représentent 12,5 % des effectifs de Sochaux et des centres annexes), elles ont joué un rôle central dans cette grève.

Tous les grévistes, ceux en particulier qui ont participé aux grandes grèves de 1968 ou de 1981 vous le diront, les femmes n’ont jamais été aussi nombreuses ; dans certains secteurs comme en peinture ou en garniture, ce sont des femmes qui ont été « les premières à partir dans la grève ». Les ouvrières de garniture témoignent par leur présence de la profondeur de la mobilisation. En 1981, elles n’avaient pas bougé. Cette fois-ci elles ont abandonné leur machine à coudre et c’est par petits groupes de deux ou trois, bras dessus bras dessous qu’elles ont participé au cortège des grévistes, le long des chaînes, quotidiennement.

“On n’a plus de vie”

Le ras le bol des ouvrières comme celui des ouvriers s’explique évidemment par les bas salaires. Avant la grève, Viviane par exemple qui travaille dans un atelier de contrôle (intégré récemment au secteur carosserie) gagnait 5 113F nets, en ayant vingt ans d’ancienneté et une prime liée au travail en équipe. Pour différentes raisons, entre autres parce qu’elles viennent moins travailler le samedi en heures supplémentaires (et pour cause), les femmes sont généralement plus mal payées que les hommes. L’accentuation des cadences au nom de la lutte pour la compétitivité les a aussi particulièrement exaspérées. Dans l’ate-ner garniture nous dit ainsi une gréviste : « Avant c était bien, on pouvait parler à des copines. Maintenant, il y a une mauvaise ambiance, à cause des cadences... ». C’est aussi ce dont témoigne Viviane : « Maintenant, il y a pression, pression, pression. Cela fait déjà quelques temps que chez nous les femmes en avaient marre. C’est un travail d’OS. On peut pas dire que c’est un travail dur, il est lassant, fatigant, c’est la chaîne, il n’y a rien à faire ! ». La « mauvaise ambiance » c’est nussi la division entre salarié(e)s aggravée par le développement des primes et la pression de l’encadrement : « Avant on voyait personne, nous dit Viviane. Le directeur on le voyait de temps en temps, une fois par mois, là ils étaient tout le temps sur le dos de nos contremaîtres, de nos chefs d’équipe, alors quand il y a quelque chose, ils viennent nous emmerder... pour un rien, ils te regardent de travers, parce que tu ris ! ». En garniture aussi la pression était énorme : « on a même du mal à aller faire pipi ». Mais comme le dit Emilienne, ouvrière de l’atelier peinture et militante CGT : « Le problème spécifique des femmes, c'est la double journée. La majorité des femmes travaillent en horaires de doublage. Quand elles sont de l’équipe du matin, elles se lèvent à quatre heures, elles terminent vers treize heures, ensuite quand elles rentrent, il faut s’occuper des gosses, il y a le ménage à faire. Ce n’est plus possible de rentrer de l’usine en ayant épuisé toutes ses forces, de ne plus avoir envie de participer à la vie associative ; avec les gosses, c’est la même chose: on a qu’une hâte c’est de les mettre au lit parce qu'on n ’en peut plus. Moi quand je travaille de doublage comme actuellement, je ne bouquine plus parce que le ménage s ’accumule et puis je ne profite pas. J’ai mes week-ends où je peux un petit peu respirer. On sort de la boîte complètement vidée. Et s’il y a bien une revendication à laquelle les femmes sont sensibles, c’est bien celle des trente-cinq heures ! ». Quand les deux parents travaillent à Peugeot en horaire de doublage, ils travaillent en horaire de tournée inverse pour pouvoir garder les gosses et ne se voient plus que le samedi et le dimanche. Comme le dit une ouvrière de garniture « la vie de famille, bonjour ».

“Elles ont du punch”

C’est dans ce contexte que les débrayages ont démarré à Sochaux, en carrosserie, le vendredi

8 septembre mais il a fallu plusieurs jours de discussion, de débrayages pour que la grève « prenne » réellement. Viviane, syndiquée à la CGT, nous raconte avec émotion l’arrivée des grévistes de carrosserie dans son atelier : « Moi le mercredi matin, j’arrive. On discute avec les nanas. Elles me disent qu est-ce que tu fais, il parait qu ’ils vont venir aujourd’hui. Je dis : on verra, s-’ils viennent, j’y vais de toutes façons. Le casse-croûte arrive, il était sept heures trente, je n ’avais rien dit à personne, je mets ma fameuse blouse (couverte de mots d’ordre : 1 500 F pour tous, cadences ras le bol). Quand ils ont vu ma blouse, tout le monde s’est mis à rire. Vers dix heures, les grévistes sont arrivés dans notre bâtiment. Tout le monde s’est mis au bord de la grande allée, a commencé à applaudir. Moi je me suis mise avec eux devant, je chantais, je dansais. Pratiquement tout l’atelier a suivi, tout le monde est sorti. Tout le monde les attendait. Sur la droite, il y avait des copines, des femmes. Je leur ai dit : qu’est ce que vous faîtes, vous venez ou vous ne venez pas ? Il y en a une qui a dit à une autre : tu viens, on y va et puis elles sont toutes parties... C’était comme un raz de marée, cela fait une de ces impressions ! »

Une fois entrées dans la grève, les femmes n’ont pas hésité à défier sexuellement les travailleurs de certains ateliers très masculins comme l’emboutissage. Le mercredi 20 septembre, ce sont ainsi plusieurs centaines de femmes qui se sont mises en tête du cortège des grévistes, pour aller faire débrayer l’embout, en interpellant les hommes ainsi : « Vous n ’avez rien dans la culotte, vous êtes des lavettes ». Le lendemain, ce sont elles qui devaient conduire le cortège des travailleurs de Sochaux à travers la ville de Montbéliard mais progressivement sans qu’elles l’aient voulu, elles se sont retrouvées à l’arrière, les hommes reprenant leur place... en tête de la manifestation. Cette apparition spécifique des femmes grévistes (à la différence des femmes de grévistes) ne lut pas renouvelée semble-t-il. Mais cela n’empêcha pas les femmes de participer activement à la grève, à leur manière. Aux slogans bien rodés comme « Ohé, ohé, ohé, on veut nos sous » ou « pas de pognon, pas de bagnole » etc. elles ajoutent: « Lundi, des patates, mardi des patates, mercredi des patates... et le dimanche, oh quelle chance, pour le dessert, des pommes de terre! »-, en matière de chansons aussi elles innovent : à côté du chant des syndicalistes américains dont le refrain est repris en chœur : « Solidarité mes frères, solidarité mes frères... », ou celui du « Chiffon rouge » : « compagnon de colère, compagnon de combat... », une nouvelle chanson est improvisée par un groupe d’ouvrières, sur l’air de Frère Jacques : « Frère Jacques, fais pas le Jacques, donne des sous (bis), fais pas l’imbécile (bis), on est là, encore là, toujours là ». Les femmes, comme nous le répéteront plusieurs hommes grévistes, « elles ont du punch ».

Mais aussi de la ténacité. Elles tiennent bon dans la grève, Emilienne nous en parle : « C’est une grève qui s ’est menée avec les mêmes horaires que ceux du travail. Pour les femmes c’était important de ne pas oublier de se lever le matin sachant

Historique de la grève Peugeot

£>0€*S'I1ER que les A,Gsé passaient vers les 5 h 3.0-6 h. Elles ne' voulùiênf pas les rater. Y compris pour celles de * (après-midi, quand il manquait un peu de monde parce, que certains rentraient chez eux ou >déser-taient la grève pour assister à un match de foot, le lendemain elles étaient les premières à. leur faire la , réflexion... ». Certaines mêmes venaient à (’usine en dehors de leurs heures habituelles de travail pour participer aux manifestations, à la grève tout-simplement... Emilienne tient à nous signaler deux autres aspects caractéristiques d’après elle du comportement* des femmes dans la grève : « Ce sont' elles qui ont assumé > la perte dé pouvoir d’achat (qu’plies soient grévistes ou femmes ‘de

Résultats de la grève

* 250 F par mois pour tous pour 1989, moins les 2,7 % déjà versés au cours de l’année. Ce qui implique des sommes différentes pour chacun’ qui vont de 400 F brut à 0 Francs mais plus aucun salaire en-dessous de 5 400F brut.

' -Amélioration du 13e mois -annulation des sanctions grévistes). C’était la même chose quand Mon pèré quï a été ouvrier à Peugeot pendant quarante ans,: fàisait grève. Il disait à ma mère: "débrouille toi avec les ‘allocations familiales !" je ne vewcpas dire qu'ils se désintéressent mais eux ils sont un petit peu plus tranquilles. » Enfin les femmes ont eu le souci plus que les hommes, selon Emilienne, de faire participer leur famille à la grève : « les hommes font moins participer leur femme quand elles sont à la maison. Celles dont les maris ne travaillaient pas à Peugeot ont beaucoup discuté avec leur mari.de la grève. Moi je suis allée prendret un café chez un copain gréviste, sa femme m’a dit: "il ne me raconte rien du tout” et tu voyais que cela lui manquait... ». -'•

Les femmes ont-elles ètp plus nombreuses que lès homines à participer à la grève? Ou,. leur participation â-Pelle été survalorisée du fait de . leur faible nombre dans l’entreprise et que de nombreux militant(e)s ne s’attendaient pas à une telle déterrtiinatiôn des femmes ? Là question reste posée; Quoi qu’il en soit leurs capacités ' d’initiatives et leur combativité ne peuvent être niées. Ceci n’à d’ailleurs rien de surprenant : ce n’est pas la première fois que dans le secteur privé, dans des secteurs souvent, .très masculins, des travailleuses sont ffirectemènt partie prenante dé luttes longues sur leur entreprise. Mais, ce qui est peut-être plus nouveau c’est la combinaison entre la participation active des femmes au conflit, à, la base et le rôle central qu’ont eu certaines fe.mmes dans’l’anifnation de la grève. Militantes jTGT dé longue date, ouvrières de l’atelier peintuîè, Ëtieri-nette et Emilienne se partageaient le travail pour . ' � tournée' A : chaque fois que les grévistes de là"

• tournée partaient en cortège dans les chaînes, f

• chaque fois qu’une manifestation partait en ville, . Etiennette était là avec son micro pour ch'arïter, lancer des mots d’ordre etc. Emilienne, quant à elle, était plutôt responsable des prises de paroles en assemblée générale, pour encourager les gréviste? à continuer. C’est ainsi du moins que cela apparaissait à des observatrices extérieures; C’est avec un;e admiration non feinté que leurs camara-des de la CGT parient d’eiles -. .« C’est vraiment &en,satipnrlelpour un.militanl d'avoir des militantes:

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Emilienne au pays de Montbéliard

« Quand tu te bats, tu vis. Tu ne subis pas. Ce n’est pas facile de militer chez Peugeot, tu prends des coups mais au moins tu as f occasion d’en redonner. »

Emilienne Grandpioujin est militante CGT et militante à la Fédération du Doubs (Fédération créée par des reconstructeurs exclus du PC). Elle fut l’une des principales animatrices de la grève. Elle travaille à l’usine de Sochaux dans le secteur carrosserie, plus précisément à l’atelier peinture en équipe. Fille d’ouvrier Peugeot, elle a toujours' partagé à travers son père la condition de la classe ouvrière et connu les grèves qui ont jalonné l’histoire de l’entreprise. Elle a appris très tôt le combat pour l’égalité et la justice sociale. Elle est entrée à Peugeot à l’âge de vingt ans pour gagner sa vie et pas d’emblée avec l’idée de militer.

C’est à l’occasion de suppressions de postes sur la chaîne où elle travaillait, qu’Emilienne a commencé à mener le combat. Il n’y avait pas de délégué CGT dans son atelier. Elle a donc décidé de prendre un mandat. $près avoir observé tous les syndicats, elle a choisi la . ÇjGT pour des raisons d’efficacité : « Il fallait que je me donne le bon outil, j’ai estimfl que c’était, la CGT. ». Vu le faible nombre de femmes ; militantes à Sochaux, celles qui sont prêtes à militer se voient confier rapidement dés responsabilités, ainsi Emilienne est au secrétariat du syndicat.

L’engagemènt syndical d’Emilienne a fait tache d’huile à l’atelier peinture : « Les filles ont trouvé que c’était bien qu’il y ait quelqu’un pour les représenter. Très vite je leur ai fait comprendre qu’elles avaient aussi un rôle à jouer. » Ainsi Etiennette, également animatrice de la grève, et d’autres femmes ont pris des responsabilités. Elles ont contribué à augmenter l’audience de la CGT dans leur secteur. A tel point, que de 23 % les années passées, la CGT est passée à 63 % en mars 1989. Jusqu’à présent, seules les femmes . militaient dans ce service, ce qui est d’ailleurs exceptionnel par rapport aux autres lecteurs. Pour Emilienne, la suite logique de l’action syndicale c’est l’engagement politique.

C’est à l’occasion du conflit entre la fédération du Doubs et la direction dù PC qu’elle a éprouvé il y a environ trois ans le besoin de s’engager dans la fédération : « J’étais d’accord avec les grands principes du PC mais en regrettant le manque de démocratie. Je pense que lafédé du Doubs veut maintenir les objectifs du parti tout en disant que le débat est une richesse contrairement au PC qui voit dans tout désaccord une trahison des objectifs de classe du parti. Je me suis engagée politiquement parce que c’était la fédération du Doubs. »

Elle n’a cependant pas pris de responsabilité pour l’instant pour deux raisons ; la première est le manque de temps disponible. La seconde raison est le spuci aigu de l’indépendance de la CGT et de hê' pas alimenter l’assimilation de la CGT au PC. « On en a trop souffert, dit-elle, ne serait-ce qu’en 1981 avec la présence des ministres communistes au gouvernement: il faut syndicalement rester critique par rapport a tout, gouvernement, y compris et surtout s’il y a des communistes. -Moi j attends plus des communistes que des autres pour la défense des intérêts de la classe ouvrière. » Emilienne combat aussi pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle reconnaît l’importance des acquis obtenus par la lutte des femmes des années soixante-dix : « Il a fallu quelles provoquent pour se faire entendre mais elles ont incontestablement fait avancer les choses notamment par rapport à l’avortement. Cela est à leur crédit et j’essaie de le faire comprendre aux camarades hommes. ». Décidément Emilienne a vfàürientTâ pêche ! 1

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Mulhouse : « Vive le sexe faible ! »

A Mulhouse comme à Sochaux, les ouvrières ont été à la pointe du mouvement. Les femmes ne représentent que 12 % des 12 250 salariés de Mulhouse, mais dans la grève, à certains moments, on ne voyait qu’elles !

Le 12 septembre, quand la grève décide la première forme de durcissement, l’occupation de la carrosserie, elles sont en tête, pour s’asseoir sur la chaîne, mettre l’ambiance, pousser des chansons et crier très fort leur fierté et leur dynamisme :

« Nous les femmes, ouais ! »

« Vive le sexe faible ! »

« Allez les mecs »

Les « mecs », justement, se sentent un peu honteux, recroquevillés, de les voir plus hardies qu’eux...

Elles sont entrées en lutte surtout dans les ateliers où elles sont majoritaires, en garniture, en câblerie. Karine explique : « Après chaque congé de maternité, il faut montrer patte blanche pour grimper un échelon, repartir à zéro. Comme si la maternité était un absentéisme, une maladie honteuse. Pour eux, on n’est pas assez "dévouées” à l'usine, nous les femmes avec nos enfants » Cette réflexion aurait pu nourrir un débat sur la question salariale « au féminin », enrichir la revendication commune d’un point de vue supplémentaire. Cela ne s’est pas fait, ni à Mulhouse ni à Sochaux. Peut-être n’ont-elles pas voulu prendre le risque de compliquer l’unité du mouvement. Cela fait partie du bilan global sur l’insuffisance des prises de parole et du débat collectif.

Dans la négociation, la direction a cependant accepté de neutraliser les congés de maternité dans les primes mensuelles qui « sautent » en cas d’absences...

Les femmes étaient « interdites d’entrée » par la direction lors de l’occupation de la forge la nuit. Pour une raison simple : la législation interdit le travail de nuit, donc leur présence la nuit. Mais elles ne l’ont pas entendu de cette oreille. Il y a mille moyens d’entrer dans cette vaste usine en pleine forêt !

En ce qui concerne l’engagement syndical ou politique, on ne trouve pas à Mulhouse d’équipe syndicale majoritairement masculine mais dirigée par des femmes, comme à Sochaux. Karine, au début du mouvement, n’était pas syndiquée, affichait tous les badges dans un souci d’unité, puis a « fait le pas » pour la CFDT. En ce qui concerne l’attitude du gouvernement, elle déclare : « Moi, ce qui est socialiste, je suis contre. C’est à cause d’eux qu’il y a la merde partout. C’était mieux avant, oui. Enfin c’est mon opinion à moi. Maintenant les entreprises se mettent des sous dans la poche. L’ouvrier, on ne lui fait que des promesses. Bon d’accord, avec Chirac c’était pareil... » D’autres affichent plutôt des sympathies communistes, ou socialistes.

Monique est déléguée FO, câbleuse. Elle explique comment elle est devenu militante : « En câblerie, j'ai vu des crises de nerf, des fausses couches. Et des filles qui pleuraient. Ce qui m’a décidé, c’est un jour lors d’une visite d’école. On montrait à ces enfants un atelier idéal, alors que moi je sais le fond des choses. Cela m 'a révolté. J’ai pris ma carte FO. J’ai pris FO, car si tu prends CGT ou CFDT, tu ne peux rien faire, tu es cataloguée, bloquée. Si tu es FO, tu obtiens des trucs. Les femmes sont les plus combatives. C'est elles qui tiendront le plus longtemps. Quand une femme se bat, elle va jusqu’au bout. Pourtant, c’est plus difficile pour elle de quitter son poste que pour un homme. C’est la condition de la femme. »

Monique était en désaccord avec son syndicat quand celui-ci appelle à quitter la forge le 4 octobre. Puis elle rentre dans le rang. Politiquement, elle a voté Mitterrand les larmes aux yeux en 1981. Mais maintenant elle explique « que ce gouvernement ne fait rien, des têtes doivent tomber. La grève est très populaire. Toute la France nous regarde. On en est fiers ».

avec soi. » Un autre nous déclare : « Elles ont beaucoup plus de punch que nous. Nous quand on parle, on n ’arrive pas à convaincre alors que dès quelles arrivent en tant que femmes, elles ont un plus et en outre elles ont de l’argumentation. » Mais Emilienne est consciente que les problèmes sont loin d’être réglés pour les femmes qui veulent militer ou prendre des responsabilités : « Ce ne sont pas les hommes qui vont faire le ménage ou garder les gosses, tant que cette question n 'est pas réglée, cela reste des mots. Les femmes doivent se débrouiller par elles-mêmes. »

La grève est seulement interrompue

« La reprise mais... la pêche », voilà comment la cellule Peugeot-Sochaux de la LCR caractérisait fin octobre 2 le climat dans l’entreprise. Des tensions existent dans les ateliers entre grévistes et non grévistes mais ni ces derniers, ni les chefs ne tiennent le haut du pavé. Viviane nous donne son témoignage : « J’ai un badge de la prévention et depuis que j’ai repris le boulot, je le mets tous les jours. Mon chef m ’a demandé : "vous faites de la prévention maintenant ? Oui de la prévention contre les chefs !’’Le contremaître nous fait la gueule, les non grévistes nous parlent pratiquement pas mais ça chante, ça rigole et par moments tout le monde reprend en chœur "lundi des patates...” ou "Ohé, ohé et hop 1 500 balles". Toute la journée c’est comme cela! » Pour maintenir la mobilisation, les grévistes ont décidé de débrayer tous les mois pour se retrouver. Le premier a eu lieu le jeudi 9 novembre et ce fut un succès. Mais alors comment expliquer que malgré leur détermination les grévistes n’aient pas pu obtenir plus ? Pour Viviane, il y a une réponse évidente : « Si tout le monde s ’y était mis et qu ’il n ’était plus resté que les intérimaires, au bout de deux semaines, cela aurait été terminé, c ’est sûr. » Pour Emilienne, c’est le problème de l’extension au-delà de l’usine qui est posée : « Si Poissy, les boîtes de Peugeot s’étaient mises en grève, cela nous aurait aidé, c’est sûr. » Pour toutes les deux la manifestation nationale de la CGT est venue « trop tard », alors les syndicats, notamment la CGT, ont-ils tout fait pour aider les Peugeot à gagner ? Pour Viviane : « Les syndicats localement ne nous ont pas bloqués comme en 1981. Ils étaient par moment un peu dépassés mais ils se sont mis quand même à la hauteur des grévistes. Ce n est pas eux qui ont tout commandé. » Pour Emilienne, c’est la nécessité de

Le comité des femmes de grévistes

Ce comité a été lancé à l’initiative de quelques femmes ayant déjà une expérience militante (notamment des militantes de LO). Leur objectif n’était pas de « jouer aux assistantes sociales » mais de populariser la lutte de « leurs maris » pour les 1 500F. Elles ont fait des interventions sur les marchés, aux portes des grandes surfaces, à la porte des usines et dans les médias. Elles sont aussi intervenues auprès des banques et de l’EDF pour obtenir des crédits et des reports d’échéances. Ce comité est resté très minoritaire. Il organisa cependant à la fin du conflit un bal qui regroupa environ trois cents personnes.

préserver l’unité tellement appréciée par les grévistes, notamment par les femmes qui explique les limites de l’action de la CGT, qui s’est trouvée isolée comme à Mulhouse. Et sur le plan national ? Rien n’explique qu’au-delà de la solidarité matérielle très importante, aucune initiative d’ampleur nationale, seule susceptible de débloquer la situation, n’ait été prise avant la fin de la grève. Et là il est permis de rêver : si les grévistes de Peugeot sans attendre les décisions des confédérations avaient pris l’initiative d’envoyer des délégations élues, représentatives de l’ensemble des grévistes, dans quelques grandes usines de l’automobile, cela aurait peut-être aidé au déblocage de la situation. C’est seulement une hypothèse évidemment mais il aurait fallu pouvoir en discuter dans les ateliers avec tous et toutes. Ce rêve n’est en rien contradictoire avec le bilan que fait Emi-lienne de la grève : « Quand on arrive à mener une grève comme cela, c’est quand même exceptionnel, parce que jusqu’à maintenant, quand les grèves se prolongeaient sur plusieurs semaines, les gens faisaient grève à la maison et les anciens que je vois me disent, c’est formidable ce que vous avez fait. » Et c’est vrai. Avoir réussi à travers la grève à reconstituer une communauté solidaire de travailleurs et de travailleuses face à la direction constitue un acquis fondamental pour les luttes de demain.Avant de clore cet article, nous tenons à remercier tous les grévistes qui nous ont accueillies chaleureusement tout au long de la grève, les femmes qui nous ont répondu dans le feu de l’action ou dans des interviews au début et à la fin de la grève, les militantes de la CGT notamment.

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Solidarité financière

La solidarité financière continue : envoyez vos chèques au compte intersyndical :

V�BNP Sochaux 5395163 , r~~ -" .-— —

Sochaux 1988 : femmes en chiffres

-Sur un effectif total de 22 309 salariés, les femmes représentent environ 12,5 %.

-Elles représentent seulement 7 % des embauches et 62 % des contrats à durée déterminée contre 54 % pour les hommes.

-Emploi : on compte 75 % de femmes au niveau I et II (OS et PI) contre 56 % d’hommes.

-Il y a un fort pourcentage de femmes dans le secteur carrosserie qui comprend le montage, la garniture, le service entretien, l’habillage caisse.

-Elles sont nombreuses également à la peinture.

-Le secteur mécanique compte 12 % à 13 % de femmes.

-Peu dé femmes dans les secteurs de l’embout, -du service de lancement des prototypes, des magasins d’approvisionnement et dans les nou-

* veaux ateliers dits « modèles ».

-Les femmes qualifiées se trouvent essentiellement dans les bureaux.

-Il y a environ cinq cents personnes qui travaillent à temps partiel mais le bilan comparé hommes/femmes fourni par la direction ne mentionne pas la répartition par sexe.

Salaires bruts mensuels moyens (avant la grève).

Niveau I

Niveau II hommes

6 593

7 901 femmes

5 036

6 824

Formation

En 1988, 925 femmes, toutes catégories confondues/ ont suivi une formation contre 9 709 hommes. Par exemple, moins de 10 % de femmes du secteur peinture et montage ont pu bénéficier de stages. Pour les ouvrières, la durée moyenne des stages ne dépasse pas vingt heures. Elles sont, par ailleurs exclues de la formation aux nouvelles technologies. Ainsi dans les nouveaux ateliers de montage et de peinture appelés RAMS et RAPS, très peu de femmes accéderont aux nouvelles qualifications comme celle de conducteur de robots et de fait sont comdamnées à rester OS.

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Notes

  1. Catherine Rosehill et Josette Trat
  2. Le 14 novembre 1989
  3. 1. FO a lâché la grève à Sochaux, le 4 octobre.
  4. 2. Rouge n° 1374, 2 novembre 1989

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