Le « socialisme » a libéré les femmes, affirmaient les pays d'Europe de l’Est. Nous n’avons pas attendu les bouleversements actuels et le soudain intérêt qu’ils suscitent à l’égard de ces pays pour montrer quelle réalité recouvrait cette affirmation : le maintien des rapports de domination des hommes sur les femmes, l’oppression vécue au quotidien, la pérennité de la double journée de travail dont le poids est encore alourdi, bien souvent, par les longues heures de queue devant les magasins... *
Aujourd’hui, l’ordre stalinien craque de toutes parts.
En RDA, en Tchécoslovaquie, en Roumanie..., un peuple entier s’est soulevé pour rejeter ce carcan.
L’ouverture du mur de Berlin, le 9 novembre 1989 — rires et larmes mêlés, joie et émotion — restera l’un des symboles les plus forts de cet espoir retrouvé. Dans ce vaste ébranlement, les femmes sont présentes et actives, bien entendu, même si la plupart des commentaires et analyses les ignorent... Mais en RDA, elles font beaucoup plus que participer : elles se regroupent, elles s ’organisent, elles revendiquent. Des groupes de femmes se sont formés dans la plupart des grandes villes, ils se sont rassemblés et ont créé la Fédération indépendante des femmes qui rendra publics le 8 mars son programme et ses statuts. Ce tout jeune mouvement avance à grands pas !
Ce dossier est le fruit de rencontres avec quelques unes des femmes de cette Fédération, à Berlin. Il se veut le témoignage de leurs réflexions, de leurs actions, de leurs espoirs et de leurs craintes — et de notre admiration !
« Et quand les femmes, les Allemandes, font sauter, font sauter, font sauter leurs chaînes, ce sont les femmes du monde entier qui se lèvent avec elles », pourrons nous chanter cette année dans les manifestations du 8 mars...
Maintenant ou jamais ! », criaient les centaines de milliers de manifestants et manifestantes qui, en octobre et novembre, dans toute la RDA revendiquaient LA démocratie. C’est également « maintenant ou jamais » le moment de mettre en avant la « question des femmes » {die Frauenfrage), se sont dit alors quelques Allemandes, peu nombreuses mais très déterminées : « Les femmes aussi ont quelque chose à dire », affirmait une banderole à Leipzig, tandis qu’à Berlin, au milieu de la foule immense rassemblée le 4 novembre sur l’Alexan-derplatz, un petit groupe appelait les femmes « à l’offensive » : « Nous femmes voulons être partie prenante du processus de renouveau socialiste, avoir notre mot à dire, influencer le cours des choses » expliquait le tract de ce groupe « Lila Offensive » (l’offensive mauve). Cette volonté n’a pas manqué de susciter des réactions, parfois assez vives : quand le sort de tout un peuple était enjeu, quand l’espoir d’en finir avec quarante ans de dictature commençait à devenir réalité, n’y avait-t-il pas plus important que de parler des problèmes spécifiques des femmes ? Elles ne se sont pas laissé démonter. L’argument de la « contradiction principale » et de la « contradiction secondaire », au nom duquel la « question femmes » est toujours renvoyée aux lendemains qui chantent, elles connaissaient, merci, les femmes avaient déjà largement donné ! Aujourd’hui, répliquent-elles, « tout doit être changé en même temps » : « Le renouveau de la RDA ne pourra être couronné de succès que si la situation réelle des femmes — c’est-à-dire de la moitié de la population -et leurs intérêts sont pris en compte », expliquait une lettre de deux lectrices publiée en novembre dans l’hebdomadaire féminin Für dich.
Judith, Samira, Ina, Irène, Christa... J’ai rencontré à Berlin, à la mi-janvier, quelques-unes des femmes engagées dans ce mouvement. Chez toutes, j’ai retrouvé cette même volonté : à la fois désir de participer de façon active à ce moment capital de l’histoire de leur pays, et sentiment de la nécessité pour les femmes de se regrouper pour peser sur l’évolution en cours, afin de ne pas être une fois de plus les « laissées pour compte » de l’Histoire : « si aujourd’hui encore toutes les décisions politiques sont prises sans nous, notre chance de participer à l’évolution de la société est perdue pour des années ! », s’exclame Ina Merkel, qui a rédigé le « Manifeste pour un mouvement autonome des femmes » dont on lira plus loin des extraits.
La fin d'un mythe
Comme leurs compagnons, collègues, pères, fils..., les Allemandes de l’Est avaient bien des raisons de descendre dans la rue pour en finir avec le régime stalinien d’Erich Honecker. Mais elles en avaient d’autres encore, spécifiques. Toutes mettent en avant, en premier lieu, le décalage entre le discours officiel — « L’égalité des droits est acquise », avait annoncé Honecker devant le 8eme congrès du parti en 1971 — et la réalité quotidienne. Les exemples se bousculent et ont vite fait de démonter Limage-vitrine de la RDA, « le pays du socialisme réel » où 93 % des femmes travaillent et où elles disposent d’un réseau de crèches et de garderies sans comparaison avec aucun autre pays. Derrière cette image se révèle une réalité qui rappelle fâcheusement ce que nous connaissons dans l’Europe capitaliste. « C’est vrai que chez nous, explique Judith, l’activité professionnelle des femmes est considérée par tout le monde comme quelque chose de “naturel", qui va de soi ; et c’est vrai que la garde des enfants n’est pas un problème. Les femmes ne connaissent pas cette dépendance à l’égard du mari, qui est celle de beaucoup de femmes en RFA. Cette autonomie matérielle est un acquis important et nous y tenons. Mais nous nous rendons compte aussi que l’égalité dans le travail, si souvent proclamée, n ’existe pas : les salaires féminins sont inférieurs à ceux des hommes, et la plupart des femmes restent cantonnées dans des métiers considérés comme “féminins" et moins bien payés : infirmières, puéricultrices, enseignantes, secrétaires, ouvrières de l’industrie textile... » Une ségrégation sexuelle tout ce qu’il y a de plus traditionnelle !
Samira est bien placée pour en parler. Elle voulait être menuisière. Eh bien, dans ce pays dont nous avons toutes vu tant de photos glorifiant des femmes en bleu de travail ou avec un casque de chantier, manœuvrant une grue ou une moissonneuse-batteuse, la menuiserie reste semble-t-il un « domaine masculin » dans lequel une femme ne peut entrer comme elle veut... « C’est comme cela que j’ai commencé à prendre conscience de la réalité du système, soupire Samira. Officiellement, la question femmes était considérée comme résolue. En fait, les rapports de pouvoir patriarcaux n’ont jamais été remis en cause ! »
Femmes ou « mères de famille actives » ?
Le développement du travail des femmes en RDA, avant d’être un choix de société (assurer les bases matérielles de leur autonomie) a été d’abord le résultat de nécessités économiques (les impératifs de la reconstruction au lendemain de la guerre) '. La prise en charge de la petite enfance a été largement socialisée — chaque quartier a sa crèche et son jardin d’enfants — pour permettre aux femmes de réaliser ce « devoir de travail » plus que par respect de leur droit au travail. « Et les tâches domestiques reposent toujours sur les femmes, ajoute Judith. Toutes les mesures sociales qui sont prises visent, selon la formule officielle, “à améliorer la compatibilité entre l’activité professionnelle et la maternité” : on ne se préoccupe jamais de la compatibilité entre le travail et la paternité ! Chez nous, il n’y a pas de problèmes “des femmes”, on ne parle que des “mères de famille actives” (werktatige MütterJ... » La maternité figure ainsi dans le Code social au titre dV importante tâche sociale » des femmes. Et les dirigeants de la RDA ne manquent jamais de faire appel à « l’engagement admirable » de ces mères de famille travailleuses. Ce qui fait dire à l’une d’elles, interviewée dans le journal féministe ouest-allemand Emma : « Je me passe de cette admiration ! On nous considère toujours comme une catégorie professionnelle, classée entre les paysans, les intellectuels et les artisans. Comme si nous n’étions pas aussi paysannes, intellectuelles, artisanes ! » 2.
Judith et Samira citent encore l’exemple de l’organisation officielle des femmes, le DFD {De-mokratischer Frauenbund Deutschlands ) 3, fondé « Hommes et femmes sont égaux en droits »
en 1947 et courroie de transmission fidèle du parti en direction des femmes, comme toute organisation de masse en système stalinien. Après avoir mis dans les années cinquante tous ses efforts au service de la priorité de l’heure — gagner les femmes à la production —, le DFD a depuis quasiment déserté le terrain des entreprises pour se tourner vers les lieux d’habitation. Là, il s’efforce de contribuer à l’amélioration de la « compatibilité entre maternité et travail » en organisant des cours de cuisine, de tricot, de couture, ou en proposant des solutions à des questions-clé comme « Que faire, si des invités arrivent à l’im-proviste ? », « Comment nettoyer plus vite mes carreaux », etc. Ce qui a amené quelques méchantes langues féministes à rebaptiser le DFD : Dienstbar, Folgsam, Dumpf (soumission, obéissance, apathie).
En fin de compte, le « premier état ouvrier et paysan allemand » s’est toujours fort bien accommodé de cette institution bourgeoise que Marx et Engels avaient dénoncée, la famille, et il a largement profité du travail gratuit des femmes au sein de celle-ci. Encore plus à partir du milieu des années soixante-dix, lorsque le gouvernement Honecker, inquiet de la baisse régulière du taux de natalité, se lança dans une politique nataliste de grande envergure, marquée notamment par des mesures de réduction du temps de travail pour les mères de famille à partir de deux enfants, des primes de naissance non négligeables et l’instauration du Babyjahr, un congé rémunéré d’un an à la naissance d’un enfant (le droit à l’avortement, légalisé dès 1972, ne fut toutefois pas remis en cause). Cette politique semble avoir porté ses fruits, puisque le taux de natalité a connu une forte remontée entre 1974 et 1980 (mais il est depuis un peu redescendu). Les familles de trois enfants se sont multipliées. 90 % des femmes ont des enfants, et 70 % des mères ont leur premier enfant avant vingt-cinq ans 4. Mais dans le même temps, la répartition des tâches ne progressait pas d’un iota et les conditions de vie restaient inchangées. Il va sans dire qu’il ne restait guère de temps à ces valeureuses « mères de famille actives » pour se mêler des affaires du pays, aspirer à des responsabilités dans leur travail ou dans le parti. A supposer que ces messieurs le leur eussent proposé... La proclamation de l’égalité des droits — inscrite dans la Constitution — dispensait les hommes de s’interroger sur le partage des rôles et des tâches, et les fameuses conquêtes sociales des femmes de RDA — le droit au travail, les équipements collectifs — ont longtemps masqué cette question aux yeux même des femmes.
« Hommes et femmes sont égaux en droits »
La démocratie, maintenant ou jamais...
Il y a un ou deux ans, un journal d’opposition clandestin avait résumé la situation de millions d’Allemands et d’Allemandes de l’Est par un dessin : on y voyait un perroquet dans une cage ; à côté, un homme lui disait : « Répète après moi je suis libre, je suis heureux ». Image d’un pays où l’on demandait sans cesse aux gens de manifester leur adhésion au régime. Celui-ci ne reculait devant aucune dépense pour assurer le contrôle de la population. On connaît maintenant l’ampleur des moyens affectés à la Stasi, la police politique, véritable Etat dans l’Etat : quatre-vingt-cinq mille employés permanents et plus de cent mille « collaborateurs temporaires » chargés d’assurer la surveillance de leurs voisins. Deux mille personnes étaient affectées aux écoutes téléphoniques, cinq mille au contrôle du courrier... 5. Le système a fonctionné ainsi pendant quarante ans. Jusqu’à la fin des années soixante-dix, aucune opposition n’a pu se constituer. Ecrire des slogans sur un mur pouvait vous envoyer en prison pour trois ans. Les « déviants », ceux qui refusaient de jouer le rôle du perroquet, étaient le plus souvent expulsés à l’Ouest (quelques milliers de personnes chaque année). Dans les années quatre-vingt cependant, en écho aux importants mouvements pacifistes et écologistes qui se développaient à l’Ouest, des groupes d’opposition commencèrent à se structurer en RDA (contre l’implantation des SS 20 soviétiques sur le sol allemand notamment). La plupart s’abritaient sous le toit de l’Eglise protestante, bénéficiant ainsi d’une protection légale 6. Mais jusqu’à l’été dernier, ces groupes (quelques milliers de personnes au total) sont restés très isolés.
La situation semblait désespérément immuable. L’espoir qu’avaient fait naître les réformes instaurées en URSS, en Pologne, en Hongrie, avait été bien vite déçu : « Ce n ’est pas parce que le voisin change les tapis dans sa maison qu'on est obligé de faire la même chose chez soi », avait expliqué l’un des dirigeants du SED 1 . Au fil des mois, la déception est souvent devenue désespoir : face à l’immobilisme du gouvernement, bon nombre d’Allemands n’ont plus vu d’autre issue que dans la fuite à l’Ouest. Et ce fut l’exode massif de dizaines de milliers de personnes, en août et septembre, via la Hongrie ou la Tchécoslovaquie.... Le gouvernement Honecker semblait paralysé, assistant sans réagir à ces départs. En même temps la contestation a commencé à se développer et à s’organiser sur place ; les petits groupes d’opposition ont pris l’initiative et réclamé publiquement des réformes. Symbole de cette fermentation, la constitution en septembre du mouvement Nouveau Forum, dont la pétition pour les libertés démocratiques avait déjà recueilli, à cette époque, plus de quinze mille signatures. Puis, pour la première fois depuis l’écrasement du soulèvement de 1953, des manifestations osèrent défier le pouvoir dans la rue, malgré les risques de répression violente (la RDA n’avait-elle pas, en juin, apporté son soutien au gouvernement chinois après le massacre de Tien Anmen ?).
Les premiers rassemblements — quelques centaines, puis quelques milliers de personnes — début octobre, ont été sévèrement réprimés. Plus d’un millier d’arrestations. Le lendemain, c’étaient dix mille personnes qui manifestaient à Berlin ; le 9, à Leipzig, soixante-dix mille, qui réclamaient « plus de démocratie ». Cette date représente un tournant décisif. Les blindés avaient été déployés à Leipzig, avec ordre de tirer. L’ordre a été finalement annulé. Pression de Gorbatchev ? Sans doute. Sans doute aussi l’ampleur et la détermination des manifestations ont-elles contraint les dirigeants est-allemands à reculer. On les vit alors s’engager dans une sorte de course contre la montre pour tenter de gagner du temps et empêcher le développement d’une crise encore plus profonde. Le 18 octobre, Honecker était remplacé par Egon Krenz, qui promettait quelques réformes ; les possibilités d’émigration, notamment, étaient assouplies. Mais cette politique des « petits pas » arrivait trop tard pour arrêter le mouvement. Maintenant que le temps de la peur et de la résignation était révolu, c’était une véritable explosion revendicative. D’un lundi à l’autre, le flot des manifestants ne cessait de croître : trois cent cinquante mille à plusieurs reprises à Leipzig (pour une ville de cinq cent mille habitants). Près d’un million à Berlin le 4 novembre, portant des milliers de pancartes et de banderoles. Partout la même affirmation : « Nous sommes le peuple », « Nous ne partirons pas, c’est notre pays, nous l’avons construit avec notre travail », partout les mêmes exigences : élections libres, multipartisme, dissolution de la Stasi, syndicats libres, liberté de voyager — « la démocratie, maintenant ou jamais ! ».
C’est au milieu de cette effervescence qu’apparaissent les premiers regroupements de femmes. Samira, qui a participé à la création de Lila Offensive en octobre, n’est pas tellement étonnée de cette brusque « floraison » : « Ce mouvement n’est pas parti de zéro. Il existait déjà, avant la révolution, des petits groupes de femmes. Mais c’étaient essentiellement des groupes de discussion, car ils n 'avaient bien évidemment pas la possibilité de s’exprimer publiquement. L’information ne circulait que de bouche à oreille. » Comme les mouvements pacifistes et écologistes, la plupart de ces groupes se réunissaient dans les églises. Là, des femmes se retrouvaient pour discuter d’un thème, analyser en commun les théories féministes ; on se passait et repassait les documents que seules quelques « privilégiées » avaient pu se procurer grâce à des amies de l’Ouest ou lors d’un voyage au-delà du mur (« Le Deuxième sexe » de Simone de Beauvoir vient seulement maintenant d’être édité en RDA !)
Divers groupes de lesbiennes se sont également créés durant cette période, ainsi que des groupes mixtes lesbiennes/gais 8. Ces années virent aussi le développement de nombreux groupes de femmes pour la paix (Frauen fiir den Frieden), en réaction à une loi votée en 1982 qui prévoyait l’enrôlement des femmes dans l’armée en cas de conflit : en septembre 1983 un Forum des femmes pour la paix réunissait cinq cents femmes dans une paroisse de Berlin-Est. Des pétitions circulèrent appelant au boycott du recensement des femmes. Mais le reflux du mouvement pacifiste, à l’Est comme à l’Ouest, entraîna les Frauen für den Frieden dans son sillage 9.
Comme des champignons...
Samira conclue ce rapide retour en arrière : « Ces divers groupes — féministes, lesbiens, pacifistes,... — connaissaient l’existence des uns et des autres, mais chacun travaillait séparément. Il y avait cependant, depuis cinq-six ans, une rencontre annuelle qui rassemblait la plupart d’entre eux. Enfin, tout cela c’est de la préhistoire maintenant ! », lance-t-elle dans un grand éclat de rire. Puis, de nouveau sérieuse : « Mais cela constitue la base de notre mouvement aujourd’hui. A partir du moment où les possibilités d’expression publique ont existé, on a assisté à la formation rapide de nombreux groupes. » « Ils poussent comme des champignons », « c’est une véritable explosion », soulignent ses copines. Et chacune cite des noms. En vrac : les théologiennes féministes ; un groupe de femmes handicapées ; des groupes de lesbiennes ; « Tissu Rouge » (des femmes des Beaux-arts) ; un groupe de sociologues de l’Université
Tract de Lila-offensive diffusé à Berlin le 4 novembre 1989 :Femmes à l’offensive !
Femmes, savez-vous pourquoi nous sommes rassemblées ici ? C’est le sort de la société tout entière qui est en jeu 1 Nous femmes de « Lila-Offensive », voulons être partie prenante du processus de renouveau socialiste, avoir notre mot à dire, influencer le cours des choses. Nous voulons le faire en toute connaissance de cause, du point de vue des femmes. Car les femmes sont toujours au second rang, dans la vie économique, politique comme dans le domaine scientifique. Par exemple :
♦ 75 % des femmes actives travaillent dans des métiers traditionnellement féminins.
♦ ces métiers traditionnellement féminins sont plus mal payés que les métiers traditionnellement masculins.
♦ 20% seulement des postes de direction sont occupés par des femmes.
♦ les femmes accomplissent 34 des 45 heures hebdomadaires que requiert le travail domestique.
Si les femmes ne résistent pas, elles seront renvoyées à leurs fourneaux !
Ces problèmes et bien d’autres encore doivent être révélés au grand jour ! Nous revendiquons en particulier :
♦ une réévaluation des métiers féminins
♦ des mesures visant à développer la place des femmes dans les domaines scientifiques et techniques
♦ l’embauche d’hommes dans les professions du secteur social
♦ l’institution de quotas dans tous les domaines politiques et économiques
♦ la même éducation pour les garçons et les filles
♦ des mesures permettant de mieux concilier la maternité, mais aussi la paternité, et l ’activité professionnelle
♦ une nouvelle organisation de femmes, des journaux, centres, calés, bibliothèques, instituts de recherche, musées, archives... de femmes et un Ministère des femmes
♦ la reconnaissance, avec des droits égaux, des couples de concubins et des couples de lesbiennes.
Nous luttons pour une société socialiste débarrassée de tout pouvoir patriarcal. Ensemble avec les hommes !
ta question des femmes n'est pas un problème secondaire 1
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Humboldt ; ailleurs des femmes se rassemblent autour de projets particuliers, bibliothèque ou café de femmes par exemple. Dans les partis et organisations politiques également, les militantes commencent à se regrouper : dans le Nouveau Forum par exemple, où la Frauen initiative de Leipzig compte cent cinquante femmes ; au sein du SED s’est mis en place un « groupe de travail des femmes dans un SED rénové ». Il y a encore ce groupe au nom curieux : « Mères d’enfants qui n’ont pas l’air tout à fait allemand ». « Il s’agit, explique Judith, d’enfants métis dont les pères sont le plus souvent des Angolais, des Mozambicains ou des Cubains venus faire leurs études ou travailler quelques années en RDA dans le cadre des échanges entre “pays frères”. Ces enfants sont victimes de discriminations, malgré tous les beaux discours officiels sur l’internationalisme prolétarien. Le racisme, cette “ tare des pays capitalistes”, est censée avoir disparu avec l’avènement du socialisme. Mais il suffit de peu pour se rendre compte qu’il n’en est rien ! »
Officiellement, la violence entre individus n’existe plus non plus au pays du « socialisme f ; -n
Revendications immédiates adoptées lors de la réunion du 3 décembre 1989 à Berlin
1. Accès immédiat à toutes les données concernant les femmes.
2. Publication de tous les projets sociaux du gouvernement, notamment des conséquences qui en découleront pour les femmes.
3. Constitution immédiate d’un fonds de promotion pour les femmes auquel le mouvement des femmes puisse avoir accès.
4. Création de possibilités de publications et d’émissions régulières à la télé et à la radio.
5. Formation immédiate de commissions femmes au Parlement et à tous les niveaux de la représentation populaire.
6. Toute modification du système des prix, des tarifs et des subventions doit être précédée par l’analyse de ses répercussions sur les femmes et doit obtenir l’approbation de la commission femmes.
1. La régiemeritation des pensions alimentaires doit être réétudiée en ce qui concerne le montant et l’échelonnement des versements.
8, Lors de la réforme de l’économie et de l’administration, le droit constitutionnel des femmes au travail doit être spécifiquement garanti. Il faut en particulier veiller à ce que ;
♦ les restructurations de main-d’œuvre, les licenciements et les embauches ne se traduisent pas par une dégradation de la situation sociale des femmes ;
♦ la répartition actuelle entre hommes et femmes dans les différents niveaux de. qualification et de revenu ne soit pas modifiée au détriment des femmes.
9. Lors de la révision de la Constitution de la RDA, la réalisation de l’article 20 § 2 (« L ’homme et la femme sont égaux en droits ») doit être considérée, comme l’objectif de la société socialiste. Pour avancer dans cette voie, une loi sur l’égalité doit être rapidement mise au point.
10. Création de services de consultation et de centres de femmes, en utilisant pour cela les possibilités en locaux et finances déjà existantes,
� notamment celles du DFD. _ j réel ». Aussi les violences sexuelles à l’égard des femmes sont-elles, encore plus qu’ailleurs, un sujet complètement tabou en RDA. Elles commencent tout juste à émerger dans les prises de position de quelques-uns de ces groupes. Mais comme le dit une militante de Lila Offensive dans Lesbia : « Tout est à faire, nous venons juste de commencer. Nous en sommes à nos débuts. Le mouvement des femmes est comme un espace libre et nous devons être en éveil pour ne rien oublier ».
La diversité même de ces groupes témoigne de la volonté des femmes, un peu partout, de participer aux bouleversements en cours et d’y faire entendre leur voix. Les initiatives se multiplient : dès le 2 octobre, un groupe de « Femmes pour le changement » avait envoyé une lettre ouverte à Honecker (un acte encore risqué à cette date ! ) : « Nous attendons du parti et du gouvernement qu’ils soient enfin prêts à une discussion publique avec tous ceux qui, dans ce pays, veulent des changements » ; un mois plus tard, des chercheuses demandent, dans une lettre ouverte au comité central du SED : « La rénovation nous laisse-t-elle de côté, nous les femmes ? » et dénoncent « l’exclusion des femmes des lieux de décision les plus importants » . Significative également de ce bouillonnement, l’évolution rapide de l’hebdomadaire Für dich (Pour toi), l’un des deux seuls magazines féminins de RDA, jusque là très classique — mode-recettes-conseils... Depuis novembre, cette revue s’est largement ouverte à toutes les aspirations nouvelles et se fait désormais chaque semaine l’écho des initiatives et positions des différents groupes de femmes, leur assurant ainsi une large diffusion (près d’un million d’exemplaires). « Avant, fait remarquer Irene, les femmes pensaient que si les choses n ’allaient pas, si elles n’arrivaient pas à s’en sortir, entre le boulot, les enfants, la maison, etc., c’était leur problème individuel. Elles découvrent aujourd’hui que leur problème est commun à des milliers d’autres femmes et que c 'est un problème social ! ».
Se regrouper, une nécessité
L’enthousiasme se heurte vite à des obstacles : « Lorsque les nouvelles organisations politiques ont commencé à rendre publiques leurs positions, nous avons constaté que nos problèmes et nos revendications n ’étaient même pas évoqués par eux, raconte Samira. Nous avons alors ressenti le besoin de nous regrouper. » Son groupe, Lila Offensive, a décidé d’inviter les autres groupes pour une rencontre qui s’est tenue le 23 novembre à la Gethsemane Kirche. Elles attendaient quelques dizaines de femmes. Près de deux cents sont venues : « Nous sommes toutes tombées d’accord sur la nécessité de nous organiser très vite pour être en mesure d’imposer nos droits. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer une fédération qui rassemblerait tous les groupes du pays. La comédienne Walfriede Schmitt nous a proposé de célébrer à la Volks-bühne (un grand théâtre au centre de Berlin), le 3 décembre, la fête de fondation de cette fédération. Nous avons écrit un petit texte d’appel et réussi, non sans mal, à le faire passer dans quelques journaux. Mais compte tenu des délais très courts, nous ne nous attendions pas à un très grand succès. »
Ce dimanche 3 décembre restera gravé dans leurs mémoires : elles n’en reviennent encore pas de s’être retrouvées si nombreuses, mille deux cents, peut-être mille trois cents ! « On se bousculait aux portes, se rappelle avec émotion Christa. L’intendant du théâtre, paniqué, voulait tout fermer... Il y avait là, bien sûr, tous les groupes nouvellement créés, mais aussi des femmes du SED, du DFD, le journal Für dich, la radio nationale, des écrivaines, des artistes... et puis encore des dizaines de femmes moins connues, venues à titre individuel. Beaucoup étaient accompagnées de leurs enfants. Ceux-ci couraient partout sur la scène, des mères essayaient de les rattraper, c'était l’anarchie complète: quelque chose d’incroyable chez nous ! »
Les organisatrices avaient bien préparé les choses : la scène était décorée de draps et de linge accrochés à des cordes, de seaux et de balais. A l’appel de Walfiiede Schmitt : « Sorcières, sortez de vos trous ! », des femmes bondirent sur la scène en tapant à grands coups de cuillères sur des poêles et des casseroles... Ce côté happening n’empêcha pas la rencontre d’être très productive. Lorsque les participantes sé séparèrent à la fin de la journée, elles avaient déjà bâti de solides fondations pour cette Fédération autonome des femmes (Unabhângiger Frauenverband). Elles s’étaient mises d’accord sur les grandes lignes d’un programme : égalité au travail et dans la famille, égalité dans les postes de responsabilité (grâce à l’instauration de quotas, proposition adoptée à 1 unanimité moins... une voix), création de cafés, de maisons et autres « lieux » de femmes. Elles avaient constitué des groupes de travail chargés de préciser et développer ces différents points et d’élaborer des projets de statut pour leur association. Elles avaient décidé de participer aux travaux de la Table ronde, aux côtés des mouvements d’opposition “, désigné pour cela deux représentantes et établi une première liste de revendications immédiates que celles-ci avaient pour mission de défendre (cf. encadré). Et elles avaient adopté, par acclamations, un projet de Manifeste rédigé par l’une d’elles, Ina Merkel. Je reste songeuse en les écoutant : je pense au mouvement des femmes en France qui en vingt ans n’a jamais réussi, même en ses plus beaux jours, à dépasser ses divergences pour atteindre un tel degré d’unité. Il y aurait beaucoup de leçons à tirer de ce tout jeune mouvement !
« Le temps presse ! »
Des acquis précieux
Pour Samira, pour Ina, pour Judith..., pour toutes celles qui étaient rassemblées à la Volks-bühne, la nécessité de cette unité semble une évidence naturelle. Dans le débat qui traverse la RDA sur son avenir, dans cette brusque accélération de l’histoire après quarante années d’immobilisme, elles ne peuvent rester spectatrices. L’urgence de la situation leur impose de se regrouper : car la réunification immédiate de l’Allemagne « signifierait, du point de vue des femmes, faire trois pas en arrière », explique Ina dans son manifeste.
Lors de mon séjour en janvier, j’ai ressenti chez toutes la même inquiétude : malgré leurs réserves, leurs critiques, leur amertume, elles considèrent le taux d’activité élevé des femmes en
RDA et le réseau d’équipements de la petite enfance comme des acquis précieux qu’elles redoutent de perdre en cas de réunification. Christa explique : « La réunification va entraîner très vite des milliers de licenciements, car il va falloir adapter notre économie aux critères capitalistes, améliorer la productivité, éliminer les secteurs retardataires et non-rentables. Les femmes vont être à coup sûr les premières victimes de ces restructurations : pour elles la solution est facile, on va les renvoyer au foyer. Quel modèle avons nous en effet en RFA ? Là-bas, la majorité de “ nos sœurs ” n ’ont pas d’autre “choix ” que de s ’arrêter de travailler à la naissance d’un enfant: il n’y a quasiment pas de crèches ni de garderies, l’école finit à 13 heures. Et l'idéologie de la femme au foyer y est encore très prégnante ! »
« Il y a deux ou trois ans, rappelle de son côté Judith, le S ED avait commencé à parler de porter le Babyjahr à trois ans, mais seule la première année aurait été payée. Cela a correspondu à l’apparition d’un certain chômage, bien qu’ officiellement, il n’y ait jamais de chômage sous le socialisme. Finalement, le projet n ’est pas allé plus loin, mais cette histoire n’est pas neutre et cela ressortira des tiroirs un de ces jours... en attendant des mesures de plus grande envergure! ». « Les restructurations ne vont pas concerner que les entreprises, poursuit une autre, l’administration va également connaître des coupes sombres. D’autant que jusqu’ici l’informatique et les nouvelles technologies y sont quasiment inconnues ! Et qui travaille dans l’administration ? A 70% ce sont des femmes... ». Une troisième soulève le problème de runiformisation des législations : « Que va-t-il advenir du droit à l’avortement ? Entre la RDA, où l’avortement est totalement libre jusqu’à douze semaines et la RFA, où la législation est plus restrictive et où l’on assiste régulièrement à des campagnes tendant à remettre ce droit en cause ? Souvenons-nous de ce médecin de Bavière, condamné l’an dernier pour "avortement illégal” ! »
« Imagine que ce soit le socialisme.. »
Dans le formidable mouvement qui a ébranlé le régime est-allemand et provoqué l’ouverture du mur, la revendication de la réunification était au début très minoritaire. Les gigantesques manifestations d’octobre-novembre reflétaient avant tout les aspirations à la démocratie et à la liberté de tout un peuple. « Keine BeeRDigung der DDR », proclamaient nombre de banderoles : ce jeu de mot autour des initiales de la BRD (Bundes Repub lik Deutschlands, la RFA), qui signifie « Pas d’enterrement de la RDA », traduisait une opinion alors largement partagée, qui voyait dans la réunification immédiate le danger d’une absorption de la RDA par le système capitaliste.
La plupart des groupes d’opposition se prononçaient pour un modèle alternatif : ni stalinisme ni capitalisme, pour une véritable société socialiste. « Imagine que ce soit le socialisme et que personne ne parte », proposait l’un des slogans qui avaient le plus de succcès dans cette révolution pacifique de l’automne allemand. Slogan auquel fait écho le Manifeste du mouvement des femmes, qui propose d’« opposer aux idées de réunification gggggggg&l
"ï
Fête de fondation de la Fédération des femmes de RDA une véritable alternative socialiste [...] qui vaille la peine de rester ici » (cf. page 29).
Depuis, les choses ont radicalement changé. Dans les traditionnelles manifestations du lundi, la revendication de la réunification immédiate se fait d’une semaine à l’autre plus pressante. Les mirages de la société de consommation ouest-allemande, à laquelle les Allemands de l’Est se trouvent brutalement confrontés après des décennies d’isolement, ont rapidement pris le pas sur la perspective d’une alternative socialiste que les organisations de gauche étaient trop faibles pour rendre vraiment crédible. La lenteur des réformes, les difficultés d’une économie considérée jusque là comme la plus développée des pays de l’Est mais qui, face à l’économie occidentale, se révèle soudainement complètement « kaputt », les interventions de plus en plus fréquentes des politiciens et hommes d’affaires de RFA dans la vie politique et dans l’économie de la RDA... : tout cela n’a fait qu’accentuer le malaise et l’insatisfaction. L’intégration à la RFA apparaît désormais à la plupart des Allemands de l’Est comme un moindre mal : mélange d’illusions sur l’amélioration rapide du niveau de vie qui pourrait en découler et d’inquiétudes profondes quant aux sacrifices que va leur coûter le passage à une économie de marché et de concurrence. Gorbatchev ayant donné son « feu vert » à la réunification, fin janvier, celle-ci n’est maintenant plus qu’une question de temps.
L’impatience de la rue a gagné la plupart des formations d’opposition. Lors du congrès du Nouveau Forum, il y a quelques semaines, les fondateurs de cette organisation-symbole du mouvement démocratique de l’automne ont été mis en minorité : une large majorité de délégués s’est prononcée pour l’unité allemande, pour l’économie de marché et contre le droit de veto pour les délégués ouvriers dans les entreprises — au grand soulagement, sans aucun doute, de tous les futurs investisseurs ouest-allemands...
Sous ce grand vent qui balaie la RDA, que devient le mouvement des femmes ? La réponse nous a été donnée, il y a quelques jours, à l’occa in débat organisé à Paris par le groupe Grain de sel et auquel participait une représentante de la Fédération indépendante des femmes.
A écouter Sherin raconter où elles en étaient de leurs projets et de leurs réalisations, on pouvait constater que la « floraison » de groupes dont avait parlé Samira n’avait rien d’éphémère. La Fédération rassemble aujourd’hui plus de trois mille femmes, membres de groupes ou adhérentes individuelles. Des groupes existent maintenant dans toutes les villes importantes de RDA, Erfurt, Weimar, Karl-Marx-Stadt, Iéna, Magdeburg,... Une cinquantaine au total. Un projet de statuts pour la Fédération est déjà prêt et doit être débattu à l’occasion d’une grande rencontre le 8 mars prochain.
La loi électorale élaborée par la Table ronde autorisant la participation des associations, la Fédération des femmes a décidé de présenter ses propres candidates afin de donner un large écho à ses revendications.
Mais dans l’immédiat, ce qui occupe tous les esprits, bien sûr, c’est la réunification. Sherin fait part de ses craintes et de celles de son association : « Les choses vont beaucoup trop vite, la RDA n’a plus le temps de revendiquer quoi que ce soit. Déjà les licenciements ont commencé... Les gens veulent vivre tout de suite comme ceux de l’Ouest, mais ils ne pensent pas aux conséquences. Les femmes, elles, pensent plus loin, parce quelles ont plus l’habitude de gérer un budget, elles se doutent de ce qui va se passer. Mais nous sommes assez seules à défendre ces positions, la plupart des organisations se sont prononcées pour la réunification immédiate. Au début, nous avions envisagé pour ces élections une alliance avec Nouveau Forum et quelques autres groupes. Mais nous nous sommes rendu compte que ces organisations n ’axaient pas inclus les revendications spécifiques des femmes dans leur programme et que, sur la question de la réunification, elles étaient prêtes à faire des compromis, à abandonner la défense de revendications fondamentales. De leur côté elles craignaient, en faisant alliance avec nous, de perdre des voix ! Finalement, les groupes dont nous restons assez proches aujourd’hui, ce sont la Gauche Unie et les Verts. Nous avons constitué une alliance avec eux pour ces élections. »
Il y a tout juste quelques jours, le 1 3 février, elles ont organisé à Berlin leur première manifestation : pour le droit au travail, contre la diminution des crédits alloués aux dépenses sociales (crèches, écoles, cantines) et pour une redistribution équitable des subventions. Elles étaient un petit millier sur l’Alexanderplatz, cette place qui a vu défiler des centaines de milhers de manifestants. Mais l’importance de cette initiative n’est pas dans son nombre : elle est dans cette première apparition publique d’un mouvement autonome de femmes en RDA — à contre-courant des accents nationalistes qui dominent aujourd’hui dans toutes les manifestations allemandes... « Les femmes montrent la voie », pensais-je en regardant leur tract d’appel à cette manifestation. Formule, oh combien rabâchée ! Mais il est des circonstances où la force des choses redonne aux mots leur sens profond.
Anne-Marie Granger le 18 février 1990
1 . Sur toute cette période, voir l’article de Catherine Fabre dans le précédent numéro des Cahiers du féminisme.
2. Cité dans Emma, janvier 1990.
3. « Association démocratique des femmes ». Le DFD comptait avant la révolution de novembre 1,8 millions d’adhérentes. Ses effectifs sont tombés à un million environ aujourd’hui.
4. Chiffres cités dans TAZ (quotidien alternatif de RFA) du 10 novembre 1989 et tirés de sources est-allemandes.
5. Cf. Le Monde du 17 janvier 1990.
6. En RDA les lieux de culte sont toujours restés ouverts, en vertu d’un compromis passé entre l’Eglise protestante (majoritaire en Allemagne) et le gouvernement.
7. Le SED, Parti socialiste unifié de RDA, est né de la fusion forcée entre le Parti communiste et le Parti social-démocrate d’Allemagne de l’Est en 1946. Au mois de décembre dernier, il a pris le nom de SED-PDS (Parti de la démocratie socialiste), pour ne garder que le nom de PDS aujourd’hui.
8. Cf. les témoignages publiés dans Lesbia n° 80, février 1990.
9. Cf. Sonia Combe, « Quelle conscience féministe à l’Est ? », in Cosmopolitiques n° 7, juin 1988.
10. Textes cités dans Emma, op. cit.
1 1 . Instituée après les grands mouvements de novembre dernier, la table ronde réunit des représentants du gouvernements et des différents partis d’opposition. Elle est chargée de faire des propositions pour l’élaboration de la nouvelle politique de la RDA.
La Fédération indépendante des femmes a maintenant un local dans la Maison de la démocratie, qu’elle partage avec les autres groupes d’opposition. Les membres de cette fédération ne manquent ni de détermination ni de projets (entre autres la sortie d’un journal en avril). Mais les moyens matériels leur font cruellement défaut; machines à écrire, ordinateurs, photocopieuses... La solidarité internationale peut trouver la une façon concrète de se manifester. Ne serait-ce pas une belle façon de fêter le 8 mars, journée internationale des femmes ? Pour tout contact:
strasse 165, Berlin 1089.
Fête de fondation de la Fédération des femmes de RDA
m débat organisé à Paris par le groupe Grain de sel et auquel participait une représentante de la Fédération indépendante des femmes.
A écouter Sherin raconter où elles en étaient de leurs projets et de leurs réalisations, on pouvait constater que la « floraison » de groupes dont avait parlé Samira n’avait rien d’éphémère. La Fédération rassemble aujourd’hui plus de trois mille femmes, membres de groupes ou adhérentes individuelles. Des groupes existent maintenant dans toutes les villes importantes de RDA, Erfurt, Weimar, Karl-Marx-Stadt, Iéna, Magdeburg,... Une cinquantaine au total. Un projet de statuts pour la Fédération est déjà prêt et doit être débattu à l’occasion d’une grande rencontre le 8 mars prochain.
La loi électorale élaborée par la Table ronde autorisant la participation des associations, la Fédération des femmes a décidé de présenter ses propres candidates afin de donner un large écho à ses revendications.
Mais dans l’immédiat, ce qui occupe tous les esprits, bien sûr, c’est la réunification. Sherin fait part de ses craintes et de celles de son association : « Les choses vont beaucoup trop vite, la RDA n’a plus le temps de revendiquer quoi que ce soit. Déjà les licenciements ont commencé... Les gens veulent vivre tout de suite comme ceux de l’Ouest, mais ils ne pensent pas aux conséquences. Les femmes, elles, pensent plus loin, parce quelles ont plus l’habitude de gérer un budget, elles se doutent de ce qui va se passer. Mais nous sommes assez seules à défendre ces positions, la plupart des organisations se sont prononcées pour la réunification immédiate. Au début, nous avions envisagé pour ces élections une alliance avec Nouveau Forum et quelques autres groupes. Mais nous nous sommes rendu compte que ces organisations n avaient pas inclus les revendications spécifiques des femmes dans leur programme et que, sur la question de la réunification, elles étaient prêtes à faire des compromis, à abandonner la défense de revendications fondamentales. De leur côté elles craignaient, en faisant alliance avec nous, de perdre des voix / Finalement, les groupes dont nous restons assez proches aujourd’hui, ce sont la Gauche Unie et les Verts. Nous avons constitué une alliance avec eux pour ces élections. »
Il y a tout juste quelques jours, le 1 3 février, elles ont organisé à Berlin leur première manifestation : pour le droit au travail, contre la diminution des crédits alloués aux dépenses sociales (crèches, écoles, cantines) et pour une redistribution équitable des subventions. Elles étaient un petit millier sur l’Alexanderplatz, cette place qui a vu défiler des centaines de milliers de manifestants. Mais l’importance de cette initiative n’est pas dans son nombre : elle est dans cette première apparition publique d’un mouvement autonome de femmes en RDA — à contre-courant des accents nationalistes qui dominent aujourd’hui dans toutes les manifestations allemandes... « Les femmes montrent la voie », pensais-je en regardant leur tract d’appel à cette manifestation. Formule, oh combien rabâchée ! Mais il est des circonstances où la force des choses redonne aux mots leur sens profond.
Anne-Marie Granger le 18 février 1990
Fête de fondation de la Fédération des femmes de RDA
La Fédération indépendante des femmes a maintenant un local dans la Maison de la démocratie, qu’elle partage avec les autres groupes d’opposition. Les membres de cette fédération ne manquent ni de détermination ni de projets (entre autres la sortie d’un journal en avril). Mais les moyens matériels leur font cruellement défaut : machines à écrire, ordinateurs, photocopieuses,.. La solidarité internationale peut trouver là une façon concrète de se manifester. Ne serait-ce pas une belle façon de fêter le 8 mars, journée internationale des femmes ? Pour tout contact :
Unabhàngiger Frauenverband, Friedrich-� strasse 165, Berlin 1080. _ �
Notes
- *cf. les Cahiers du féminisme n° 14 (1980) et 49 sur l’URSS, 16 (1981) et 51 sur la RDA, 15 (1981), 17,18,19 sur la Pologne, etc.
- 1. Sur toute cette période, voir l’article de Catherine Fabre dans le précédent numéro des Cahiers du féminisme.
- 2. Cité dans Emma, janvier 1990.
- 3. «Association démocratique des femmes ». Le DFD comptait avant la révolution de novembre 1,8 millions d’adhérentes. Ses effectifs sont tombés à un million environ aujourd’hui.
- 4. Chiffres cités dans TAZ (quotidien alternatif de RFA) du 10 novembre 1989 et tirés de sources est-allemandes.
- 5. Cf. Le Monde du 17 janvier 1990.
- 6. En RDA les lieux de culte sont toujours restés ouverts, en vertu d’un compromis passé entre l’Eglise protestante (majoritaire en Allemagne) et le gouvernement.
- 7. Le SED, Parti socialiste unifié de RDA, est né de la fusion forcée entre le Parti communiste et le Parti social-démocrate d’Allemagne de l’Est en 1946. Au mois de décembre dernier, il a pris le nom de SED-PDS (Parti de la démocratie socialiste), pour ne garder que le nom de PDS aujourd’hui.
- 8. Cf. les témoignages publiés dans Lesbian0 80, février 1990.
- 9. Cf. Sonia Combe, «Quelle conscience féministe à l’Est ? », in Cosmopolitiques n° 7, juin 1988.
- 10. Textes cités dans Emma, op. cit.
- 1 1 . Instituée après les grands mouvements de novembre dernier, la table ronde réunit des représentants du gouvernements et des différents partis d’opposition. Elle est chargée de faire des propositions pour l’élaboration de la nouvelle politique de la RDA.