La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Eliane Miednik-Cadreils

· Cahiers du féminisme, n° 55, hiver 1990 · p. 42 · 886 mots

Eliane est morte lundi 12 novembre à Toulouse ; elle s ’ était endormie dimande après-midi pour ne plus se réveiller. Elle avait quarante-cinq ans.

Depuis quatre années, elle luttait contre un cancer, un véritable combat qu’elle a mené avec la même lucidité et la même soif de vivre que tous les autres combats ; une lutte qui ne Ta pas éloignée de toutes les autres. Combien de celles et de ceux qui sont venus passer un moment avec elle dans les périodes où la maladie l’immobilisait se sont émerveillés de son intérêt soutenu pour les événements du monde ! La menace de guerre dans le Golfe a été, dès le début, de ses préoccupations, et les discussions sur la grève lycéenne avec Laurent, son fils, étaient des plus animées jusqu’aux derniers jours.

Du premier cercle des Jeunesses communistes au lycée Bellevue de Toulouse, en 1962, jusqu’à aujourd’hui, les engagements d’Eliane comme militante révolutionnaire, syndicaliste, militante féministe se sont enchaînés et complétés.

Sa première lutte pour les droits des femmes, on pourrait la dater de son premier engagement au cercle des JC : la défense de la mixité de son cercle contre le puritanisme du parti, pour que les femmes prennent leur place à égalité ; on n’en parlait pas encore ! Puis elle fut de toutes les luttes successives pour la dépénalisation de l’avortement et pour la contraception, dès le MLAC et jusqu’au Planning familial plus récemment. Eliane est de cette génération de femmes qui a vécu dans son corps la limitation de l’accès à la contraception et pour qui le maintien des acquis n’était pas un vain mot.

Les enseignantes du groupe femmes auquel elle participait se souviennent qu’Eliane ne craignait pas de susciter la confrontation. Volonté de provocation ? Elle ne l’aurait pas nié. Mais c’est surtout son souci de se poser les questions honnêtement jusqu’au bout qui la rendait à la fois exigeante et confiante dans la discussion collective. Avec sa grande franchise, elle contribuait à rendre perméables les barrières entre vie privée et politique. Et, en toute occasion, son indépendance primait devant la facilité.

« Engagée », ce mot est revenu souvent dans l’hommage que lui ont rendu ses collègues de travail. Oui, Eliane était engagée sur des terrains divers mais sans dispersion, en gardant une grande unité, celle que lui donnait son engagement politique. Elle a été dirigeante de la section toulousaine de la LCR pendant plusieurs années. A plusieurs reprises, elle s’est trouvée seule femme à assurer cette charge, ce qui, même dans une organisation révolutionnaire, n’est pas toujours synonyme de facilité.

Elle aimait aussi la complicité entre femmes, la convivialité des fetes, les soirées où T on pouvait discuter des heures durant. « Tu aimais les discussions vives, intenses », ont dit les copines du Mouvement de libération des femmes. Oui, Eliane mettait de la passion à convaincre ; elle s’y donnait tout entière. Prise dans d’âpres débats, elle ne savait tenir grief à quiconque. Elle aimait les autres et savait les écouter. Elle aimait le monde, elle aimait la vie.

Toutes celles et tous ceux qui se sont réunis si nombreux autour d’elle à ses obsèques témoignent de ce rayonnement, du contact qu’elle savait créer en toute occasion. Nous disons ici notre peine et notre affection pour Eliane. La militante passionnée, l’amie nous manque.

Eliane, il y a vingt ans que nous nous connaissons, jeunes profs de T après 68 à Mirande, Condom ou Auch...

les collines du Gers...

les soirées de l ’Ecole émancipée les routes embrumées et froides que nous réchauffions en chantant... Zimmerwald...

Ces mots que je vais maintenant dire, Eliane, ils sont pour toi, pour Laurent, pour Jean-Pierre, pour tous ceux et celles que tu aimais et qui t ’aiment, qui t ’ont accompagnée, qui sont là...

Je vais dire ces mots, nous les avons écrits, hier soir, ensemble, à la Gavine.

(...)

Eliane, tu as mené de front tous les rêves des femmes. Directe, simple, généreuse, oui, comme le dira Danielle, tu frappais très fort à la porte.

Pendant ces vingt ans tu as été de toutes nos luttes :

68, le MLAC, le Planning, les groupes femmes, le centre de femmes de la rue Borios, la Gavine, tous les lieux de luttes et de fêtes de femmes.

Le féminisme n’est pas une chose simple... et il y eut des moments de distance. Qu ’ils nous semblent lointains au fur et à mesure que les moments de proximité et de complicité se firent de plus en plus nombreux, forts, riches, intenses. Celles qui l’ont vécue ne sont pas prêtes d’oublier cette soirée-débat sur le « foulard ». C’était, à ton initiative, l’an dernier en novembre, avec SOS-Racisme.

Nous avons toujours partagé ce goût de la parole, de la discussion vive, vivante, cette idée que oui, le monde peut changer, que toi, nous, nous le ferions changer.

Aujourd’hui, Eliane, face à l’épreuve devant laquelle tu restais lucide, c ’est ton courage, ta gaité qui nous donnent des leçons de vie indestructibles.

Eliane, dans la mémoire des femmes de Toulouse, tu fais partie de notre Histoire :

l’histoire des femmes du mouvement de libération des femmes.

Ces mots ont été écrits à la Gavine (un lieu de femmes de Toulouse) et prononcés sur la tombe d’Eliane le jour de ses obsèques.

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Eliane Miednik-Cadreil

Notes

  1. Toulouse, décembre 1990 Colette, Catherine, Claudie

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