Même annoncée et prévisible, cette guerre, on ne pouvait y croire au début. Un choc terrible pour tous ceux qui ont commencé leur vie politique en manifestant contre la guerre du Viêt-nam ou pour ceux qui ont cru un moment que Mitterrand était solidaire du tiers monde. . .
Mais la consternation fut totale de voir les généraux en retraite remplacer sans résistance les journalistes transformés pour la circonstance en auxiliaires soumis des « experts » militaires. . .
Bien sûr, la censure en temps de guerre, coloniale de préférence, on connaît, et la collaboration de journalistes au mensonge officiel a toujours existé. Mais qui aurait pu prévoir que sur le théâtre des opérations comme dans les studios, presque toute la corporation accepterait librement de s'aplatir ainsi devant le pouvoir et l'armée ?
Seules quelques publications, quelques rares journalistes ont véritablement sauvé l'honneur de leur profession. Parmi eux, plusieurs femmes, grands reporters souvent, qui ont essayé en Irak, en Jordanie ou en Israël de faire leur travail d'information honnêtement en refusant de céder au fanatisme pro-occidental. Celles que nous avons rencontrées nous ont expliqué les conditions difficiles dans lesquelles elles ont exercé leur métier pendant cette période -qui, pour l'une au moins, s'est terminée par une mutation-sanction. Nous les remercions d'autant plus qu'elles nous ont permis de constater que, malgré les conséquences désastreuses de la privatisation et de la concurrence commerciale, existent encore quelques journalistes prêts à défendre le pluralisme, le reportage qui dérange et un travail de qualité.
Mais avec quels moyens et pour combien de temps ?
Lorsqu'à la fin du mois d'avril ou au début du mois de mai nous avons réalisé nos entretiens avec des femmes journalistes, la critique contre les médias, la télévision en particulier, battait son plein. Télérama venait de sortir son numéro consacré au « procès de l'information » où, paradoxalement, ce sont des journalistes d' Antenne 2 eux-mêmes qui ont été les plus virulents. Ainsi Jacques Merlino, rédacteur en chef adjoint à Antenne 2, envoyé spécial à Ryad, y dénonce le « plan de manipulation des médias » par le Pentagone et le risque d'un « Tchernobyl de l'information » si l'on continue à « confondre information et illusion de l'information ». Son « amertume » serait plus crédible si, comme Marcel Trillat, envoyé spécial d'Antenne 2 à Dahran en Arabie Saoudite, il avait dénoncé sur place la censure et la mainmise des militaires américains et français sur l'information. Mais comme le note Marcel Trillat lui-même dans Télérama, « les journalistes étaient obsédés par l'idée de se laisser manipuler par Saddam Hussein. Ils ne se rendaient pas compte qu'ils se faisaient manipuler par Schwarzkopf. »
Ce qu'on peut difficilement admettre pour des professionnels ayant le titre de « rédacteur en chef », adjoint ou pas !
Les « manipulateurs » : toujours les autres...
A l'évidence, certaines journalistes ont été plus clairvoyantes. Ainsi Françoise Joly, grand reporter d'Antenne 2 à Bagdad au début de la guerre, en Jordanie et au Koweït aux premiers jours de la « libération » de Koweït-City : en Arabie Saoudite, déclare-t-elle dans ce même numéro de Télérama , « ce sont les militaires qui ont dicté leurs conditions (...) Fallait-il ou non accepter de travailler dans ces conditions ? Il y a des moments où il faut savoir dire stop. »
C'est cette même exigence qui a poussé Isabelle Baechler, grand reporter à Antenne 2, à partir en Irak. « J'ai demandé à y aller parce que je ne trouvais pas convaincantes les raisons avancées par les " Occidentaux "pour justifier leur intervention. Je voulais donc me rendre sur place pour comprendre ce que pensaient ceux qui étaient considérés comme " notre ennemi ". J'y suis allée à deux reprises, la première fois en novembre, et j'y ai découvert un peuple extrêmement attachant. L'Irak, ce n'est pas seulement Saddam Hussein ! »
Quant à la censure en Irak, « on savait à quoi s'en tenir dès le début », poursuit-elle : « Les journalistes étaient tous rassemblés à l'hôtel Rasheed à Bagdad et en effet, il était hors de question de sortir sans accompagnateur du ministère irakien de l'Information. Ils contrôlaient les images que nous avions filmées et nous ne pouvions pas téléphoner à la rédaction à Paris sans " guide " pour écouter nos conversations. Nous étions sous surveillance permanente mais les choses étaient claires, au moins. A la limite, c'est encore là-bas que nous avons été le moins manipulés. » Ce que confirme à sa manière Dominique Pradalié, rédactrice en chef à Antenne 2, responsable des journaux du week-end jusqu'à la fin du mois de février et déléguée syndicale du SNJ, lorsqu'elle dit : « Nous n'avons pas fait notre travail correctement. Il aurait fallu savoir dire " nous ne savons pas " et au moins " sourcer " tous les documents qui nous parvenaient. La première semaine, on ne " sourçait " que les images en provenance de l'Irak, comme si les manipulations ne pouvaient pas venir d'ailleurs ! »
Mais si beaucoup de nos interlocutrices sont les premières à reconnaître ce qu'elles appellent le « manque de recul » de leur chaîne par rapport aux informations, elles n'admettent pas la << mise au pilori » unilatérale de la télévision. Véronique Taveau, reporter à Antenne 2, considère à juste titre que « cette critique peut être généralisée à tous les médias français. On a vraiment massacré les chaînes de télévision en disant qu'elles avaient été à peu de choses près les courroies de transmission des discours gouvernementaux. Mais ceux-là mêmes qui nous attaquaient n'étaient pas beaucoup plus propres " du point de vue déontologique, que ce soit Libération ou le Monde ! »
Et Dominique Pradalié de rappeler le titre du Monde, le premier jour de la guerre : « 80 % de l'aviation irakienne détruite »...
L'information selon le général Schwarzkopf : les télés au rapport
Images supprimées, commentaires coupés
Au-delà de ce que certains s'obstinent à considérer comme de simples « erreurs », les directions ont-elles exercé des pressions sur les journalistes, ont-elles de fait réalisé une censure sur les reportages ?
Isabelle Baillancourt, grand reporter à TF1, aliirme que non. Véronique Taveau d' Antenne 2 rapporte son expérience : « Pour ma part, j'étais en Israël. Là-bas, effectivement, il y avait une censure monstrueuse des autorités israéliennes mais pas ici, à Antenne 2. J'ai réalisé plusieurs reportages sur la situation des Palestiniens dans les territoires occupés. J'ai pu faire ce que je voulais sur cette question et on ne m'a jamais refusé les sujets que j'ai proposés, l'extrême droite israélienne par exemple. »
On sait en revanche qu'il y a bien eu des cas de censure caractérisée. Ainsi l'ambassadeur d'Irak a été purement et simplement interdit d'antenne par Hervé Bourges, nouveau PDG, après le déclenchement de la guerre.
Si cela est un cas extrême, ce qui est arrivé à Isabelle Baechler alors qu'elle était à Bagdad au moment des bombardements en février est particulièrement significatif et lamentable : « Quand j'étais à Bagdad, précise-t-elle, j'envoyais chaque jour dix minutes d'images et des commentaires. Mais nous n'avions pas de monteur ou de monteuse sur place. C'est donc Paris qui faisait la " sauce ". Ainsi, lors du bombardement de l'abri de Bagdad d'où l'on a retiré plusieurs centaines de morts, ils ont supprimé au montage les images de corps calcinés et ont coupé les commentaires qui accompagnaient les images. »
Les « bellicistes » et les « kakis », comme elle les appelle, lui ont reproché son émotion lors de ce reportage, et de jouer sur cette émotion ! Comme le remarque ironiquement un de ses confrères : « On a enlevé les images qui risquaient de trop choquer le public. D'un seul coup, on a été pris d'une sorte de considération pour les téléspectateurs, considération que l'on n'avait pas du tout eue depuis le début de la guerre. »
Ainsi, toutes celles qui sont allées sur le
Dessin de Plantu paru dans le Monde du 26 janvier 1991.
terrain pendant la guerre, n'ont nullement le sentiment d'avoir démérité.
Ni « bonnes sœurs », ni « kamikazes »
Isabelle Baechler par exemple tire une certaine fierté de ses reportages à Bagdad, qui ont été réalisés dans des conditions matérielles difficiles : une heure d'eau non potable par jour, pas d'électricité, ni de chauffage. Pendant toute une période, des bombardements sur Bagdad au rythme d'un tous les quarts d'heure. Visiblement, les candidats ne se sont pas bousculés pour aller faire des reportages en Irak. . .
Elle a, contrairement à d'autres, le sentiment d'avoir contribué à briser le monolithisme d'une information aux ordres et d'avoir témoigné qu'il n'y avait pas de guerre « propre » comme voulaient le faire croire les gouvernements. Même si le fait d'avoir séjourné chez l'« ennemi » a eu pour conséquence étonnante de la « décrédibiliser » dans la rédaction. « Oui, explique-t-elle, nous sommes considérées, mes consœurs et moi, comme des " bonnes sœurs " pour avoir voulu montrer les victimes civiles des bombardements. » Mais ne lui faisons pas dire ce qu'elle ne veut pas. « A Bagdad, au moment où j'y étais en février, précise-t-elle, c'est vrai que les bombardements américains sur la ville étaient d'une précision diabolique et si un abri a été détruit, c'est délibérément, parce qu'ils pensaient que Saddam Hussein s'y trouvait. Ils étaient prêts à en payer le prix... Nous avons vu des bâtiments officiels littéralement vrillés par les bombes. La DCA irakienne était assez puissante pour faire dévier f
Dessin de Plantu paru dans le Monde du 26 janvier 1991
Le complexe militaro-médiatique
L'entreprise General Electric est l'un des principaux fournisseurs de l'armée américaine. Cette compagnie a produit les pièces de rechange de presque tous les systèmes d'armes utilisés par les Etats-Unis durant la guerre du Golfe : le missile Patriot, le missile Tomahawk, le bombardier invisible F 117 A Stealth, le bombardier B-52, l'avion radar AWACS, le satellite espion Navstar, etc.
Pourtant la majorité des téléspectateurs américains ignoraient que, chaque fois qu'un commentateur de la chaîne National Broadcasting Corporation (NBC) s'extasiait devant les performances de ces armes sophistiquées, il ne faisait que louer la compagnie qui lui versait son salaire. En effet, NBC, l'un des trois grands réseaux commerciaux de télévision -avec CBS et ABC -est la propriété de General Electric. (...)
V Tiré du Monde diplomatique, mai 1991. j les bombes mais ne pouvait les neutraliser. Les bombes détournées se sont " perdues " et ont fait sans aucun doute beaucoup de dégâts. Par ailleurs, l'effet de souffle des bombes était terrible et provoquait des dégâts secondaires sur les constructions environnantes pas très solides... Les victimes ont certainement été plus nombreuses à Bassorah, mais je n'y suis pas allée. On a montré une vraie bavure à Falloujah. Le pont était visé et c'est le marché qui a été attaqué... »
Dominique Pradalié se souvient quant à elle d'une discussion avec une autre journaliste à propos de cette guerre prétendument chirurgicale : « Qu'est-ce que cela veut dire l Qu'une bombe rentre par la fenêtre et ressort par la porte en sautant par-dessus le lit ? Nous sommes tombées toutes les deux d'accord pour dire -et à mon avis, c'est plutôt une réflexion de femmes -qu'on ne voyait pas comment des centaines de milliers de bombes pouvaient tomber sans faire de dégâts. »
A l'heure des bilans, deux types de critiques sont formulées dans la rédaction d' Antenne 2 -à TF1, apparemment, personne ne ressent ce besoin. La manière dont Isabelle Baillancourt, de TF1, clôt le débat sur la question est de ce point de vue significative : « C'est l'intérêt de h presse écrite de compléter la télévision. Nous ne sommes pas là pour faire des cours de géographie ou d'histoire. Nous sommes là pour la force de l'image. Les deux se complètent... » (sic)
Contraintes
Contraintes techniques
Jacques Merlino, Martine Laroche-Joubert, Véronique Taveau mettent en cause des difficultés d'ordre essentiellement technique. « Tout est allé trop vite » écrit Jacques Merlino dans Télérama. Il évoque la course effrénée des journalistes de toutes nationalités pour atteindre la terrasse du douzième étage de l'hôtel de Ryad où étaient installées les paraboles qui permettaient de jouer le jeu du direct tous les jours, même si on n'avait rien à dire, même si on ne pouvait vérifier les faits. . .
Martine Laroche-Joubert va exactement dans le même sens : « Il faut comprendre que les gens veulent voir à vingt heures ce qui s'est passé à dix-huit heures. Ce n'est pas une excuse, mais cela nous donne peu de temps pour analyser. On donne les nouvelles brutes. On essaye de faire de son mieux. En télé, il y a des contraintes techniques (montage, mixage, satellite) qui prennent beaucoup de temps et nous mettent sous tension pendant les reportages. Et je pense qu'il vaut mieux un document imparfait que rien du tout. »
Pour Véronique Taveau, c'est avant tout le manque de centralisation qui a pesé pendant la crise : « Ce qui nous a manqué, ici, à Antenne 2, c'est une structure capable de réfléchir et de prendre le recul nécessaire. Il n'y a pas eu de véritable direction pendant cette guerre ; sur le terrain, nous nous sommes retrouvés souvent sans consignes et sans interlocuteurs, nous n'avions pas le temps d’avoir le recul nécessaire. »
... ou « va-t-en guerrisme triomphant »
Dominique Pradalié intègre d'emblée une dimension politique à l'analyse des « erreurs » d' Antenne 2 pendant la crise et la guerre du Golfe : « Tout le monde pensait qu'il y avait eu erreur au moment de Timisoara, en Roumanie. En a-t-on tiré quelques idées pour le conflit du Golfe ? Pas du tout, on a réédité les mêmes bêtises en pire. On a envoyé sur le terrain essentiellement de jeunes reporters inexpérimentés ; les spécialistes de la région, eux, ont été pour la plupart marginalisés. On a refusé que certains d'entre eux partent alors même qu'ils s'étaient proposés. Ce n'est donc plus une erreur, c'est volontaire ! Dire cela, ce n'est pas mettre en cause mes confrères ou mes consœurs. Ils ont fait de leur mieux, mais malgré tout leur courage, rien ne vaut quelqu’un qui a déjà l'expérience des guerres. »
Isabelle Baechler n'est pas d'accord avec ce point de vue. Le problème pour elle, ce n'est pas le manque d'expérience des reporters envoyées sur le terrain mais plutôt l'état d'esprit général de la rédaction, de la direction en particulier : « Au début, dit-elle, l'information a été complètement inféodée aux Américains. » Le fait même de s'intéresser aux arguments du « camp adverse » vous rendait suspect aux yeux de la rédaction. A Antenne 2 comme ailleurs, « le consensus fonctionnait ».
Dominique Pradalié met également en cause ce « climat » particulier : « Nous avons vécu dans un climat où il était hors de question de déroger à la ligne générale. Toute idée differente (même pas divergente) était suspecte.
Tous ceux qui se sont posé quelques questions ont été écartés. » Elle ajoute un autre facteur pour expliquer cette situation : « Il faut dire que nous étions dans une situation qui n'était pas très opportune pour les explosions de conscience, car nous avons vécu, en même temps que la guerre, un changement de direction générale, assez traumatisant (c'est le quatrième en trois ans !). Une telle succession, c'est une catastrophe pour une société. Tout le monde craint des mesures de licenciements, craint de perdre des missions, ou de perdre la qualité de son travail. »
f
Un quotidien au dessus de tout soupçon ?
Trois mois après la fin de la guerre du Golfe, le Monde vient de publier cinq pages pour « répondre aux questions (...) sur la genèse de la guerre du Golfe, aussi bien que sur le déroulement des opérations, sur les débats qui ont agité l’Etat-major américain comme sur l ’ampleur de la désinformation pratiquée par les coalisés et le degré de surestimation des forces irakiennes, ou bien encore sur l’opportunité de poursuivre la guerre terrestre... » (le Monde du mardi 14 au Monde du samedi 18 mai).
A noter que dans le sommaire annoncé, rien n’est prévu sur le bilan des pertes humaines dans les deux camps, comme si cela n’avait aucune importance. Un certain regard en tout cas sur cette barbarie...
Ce qui est plus incroyable, c’est que le Monde trouve le moyen de ne pas parler de « manipulation » de 1’ information.il constate bien des « erreurs d’analyses et des divergences d’opinions », notamment sur l’évaluation des forces de l’armée irakienne ; il note que la « marée noire du siècle » dénoncée par l’Etat-major US n’a pas eu lieu, que par contre l’on a bien bombardé un « abri souterrain » et pas un « bunker » militaire à Bagdad le 13 février.
Mais à chaque fois, il s’agit « d’erreurs », ou de « bavure » pour ce qui concerne le bombardement. Le souci d’objectivité du Monde est tel qu’il maintient le terme « bunker » dans le titre de son encart ! On croit rêver. De nombreux journaux ont au moins fait semblant de faire une auto-critique sur leur couverture de la guerre.
Pas le Monde, car voyez-vous, c’est le journal l au-dessus de tout soupçon, paraît-il ! j
Elle évoque les conséquences de ce qu'elle appelle ce « va-t-en guerrisme triomphant » : « Il était impossible de résister à quelques-uns à cette véritable vague qui nous submergeait. » Pourtant, en tant que responsable des journaux du week-end à cette époque, à son niveau, elle a tenté de le faire, en permettant à Roger Garaudy d'expliquer à l'antenne le 3 février pourquoi il était hostile à la guerre.
Consensus obligé
« Après le passage de Garaudy, nous étions tous un peu stupéfaits. Tout simplement parce f
L’Envers des médias révèle le dessous des cartes
\
et d’information sur les médias et la guerre du Golfe » voyait le jour à Paris. La manipulation de l’information concernant la guerre était devenue à tel point insupportable que de nombreuses personnes ont décidé de réagir en créant le Collectif. Comprenant des techniciens des médias, des vidéastes (dont ceux réunis dans Canal déchaîné, qui tient à votre disposition une vidéocassette sur les médias et la guerre), des étudiants en communication, des revues, des groupes de téléspectateurs, des journalistes, le Collectif, qui a soutenu l’Appel des journalistes pour le respect du pluralisme et de la liberté de l’information, a aussitôt entrepris la rédaction d’un bulletin intitulé l’Envers des médias, qui en est déjà à son quatrième numéro.
En plus de la rédaction du journal, le Collectif a organisé, le 16 avril, un colloque sur « La guerre du Golfe et les médias », au cours duquel se sont exprimés Geneviève Clancy, Jean-Pierre Garnier, Jean-Marc Lech, Andrée Michel, Yvonne Mignot-Lefèvre, Guy Pélachaud et Dominique Pradalié. Il anime régulièrement des débats avec des spécialistes (ont déjà participé Alain Harnon, Yvonne Mignot-Lefèvre, Edouard Guibert, Robert Menard). Il est en train d’établir des contacts avec des groupes ayant les mêmes préoccupations ailleurs dans le monde, en France, aux USA (la revue Extra /, les vidéastes de Paper Tiger Video, Lies of our Times'), en Grande-Bretagne (War Report, Free Press).
Sont membres du Collectif : Audiopradif, Canal déchaîné, CNRL, Collectif Contre-Evidences de la Maison de la Radio, Dira, Euroalysée, FNRL, Im’média, Les Pieds dans le Paf, Murmure des médias , Terminal C3I, TVMondes.
Constitué pour réagir aux mensonges concernant la guerre du Golfe, le Collectif a aujourd’hui élargi son champ d’action et de réflexion à l’ensemble des médias.
Si vous voulez vous abonner à l’Envers des médias (100 F l’an), envoyez un chèque à l’ordre de l’Envers des médias, 9, rue Cadet, 75009 Paris. Les réunions ont lieu chaque mercredi soir. Pour tout renseignement, le 48 24 19 19.
que cela faisait des mois que nous faisions de V« eau tiède » ; le discours de Garaudy, on le connaissait, ce n'était pas vraiment une surprise. Pourtant, cela nous avait tous secoués, moi comprise. Lors de la conférence critique qui a suivi le journal, comme cela se passe toujours, la discussion a été assez vive entre les pour et les contre. Cela nous a permis de constater aussi que depuis des mois, il n'y avait plus de discussions de fond entre nous. Je ne prétends pas que le choix de Garaudy ait été le meilleur. Je suis tout à fait prête à en discuter. Mais cette affaire est très symbolique de la façon dont nous avons dérivé depuis quelque temps. Cela nous a ouvert les yeux. Hélas pas pour longtemps. »
En effet, depuis, Dominique Pradalié a été écartée de son poste de rédactrice en chef des journaux du week-end. C'est aussi avec les yeux de la déléguée syndicale qu'elle examine les faits : « L'interview a eu lieu le 3 février. Quatre jours plus tard, je recevais la première note écrite me disant qu'il aurait fallu " un traitement journalistique particulier ". On ne supporte plus l'expression d'avis différents, divergents ! »
Mais y a-t-il censure ?
« A Antenne 2 aujourd'hui, il n'y a pas de censure brutale, les choses se font plutôt en douceur aussi longtemps que possible. En ce qui me concerne par exemple, la direction a d'abord essayé la méthode " douce " avant de me " débarquer " : on m'a d'abord mise de nuit (18 h-6 h du matin), puis de petit matin (3 h à 14 h) ; ensuite, la direction a nommé un autre rédacteur en chef au même niveau que moi, avec la même responsabilité ... Parmi le personnel, il n'y a pas eu de réaction collective de solidarité à mon égard, mais seulement des réactions individuelles. Seul mon syndicat, le SNJ, s'est totalement mobilisé sur cette affaire, dès le début : tracts, conférence de presse, interventions. La récente réunion annuelle du comité national du syndicat a mandaté la direction du SNJ pour toute démarche, y compris judiciaire. C'est lamentable d'en arriver là, mais depuis deux mois, mes tentatives d'arrangement à l'amiable se sont heurtées à une fin de non-recevoir. La direction ne m'a jamais reçue personnellement et le président d' Antenne 2 n'a jamais répondu à la lettre que je lui ai adressée. Si nécessaire, nous porterons donc l'affaire devant la justice. Et si la justice estime qu'il s'agit d'une sanction, il peut y avoir décision judiciaire en ma faveur. J'étais responsable, depuis plus d'un an, d'une équipe de douze personnes et de deux heures et demie d'antenne, et je me retrouve aujourd'hui avec quelques minutes d'antenne (les flashes) et sans équipe fixe. Inutile de vous dire que les prétextes se sont succédés. On m'a d'abord reproché " l'affaire Garaudy ". Ensuite, on m'a dit que j'étais incompétente. Or cela fait quatre ans que je m'occupais des journaux du weekend, en tant que rédactrice en chef adjointe d'abord puis comme seule responsable. Il n'y a jamais eu de problème, jamais le moindre pépin. On me dit maintenant que " cela ne marchait pas ". Qu’on me le démontre ! Si on me donne une bonne raison, je suis tout à fait prête à en discuter... »
Concurrence et reprise en mains
Au delà de son cas personnel, Dominique Pradalié met en cause les conséquences inévitables de la concurrence : « Maintenant, poussés par France-Info, par la concurrence entre les chaînes, nous avons peur d'être en reste. Nous ne nous donnons pas le temps de la réflexion et, dans les premiers temps, c'est toujours la panique. Ce n'est qu' ensuite que nous réagissons en disant : on n 'aurait peut-être pas dû... »
Paraboles des télévisions sur le toit de l'hôtel à Ryad.
Jacques Merlino, dans son article, déplore « l'ambiance de compétition », qui prend maintenant une dimension internationale. Françoise Joly rapporte qu'à Bagdad, face à la CNN, première chaîne américaine planétaire, relayée par cinq satellites dont un soviétique, « il a fallu se battre bec et ongles et payer très cher un droit d'entrée sur la parabole satellite pour envoyer des images ».
D'autres, tout en étant sensibles à cette contrainte, pensent comme Véronique Taveau qu'il n'est pas possible d'y échapper et acceptent de jouer le jeu : « TF1, pendant la guerre, a pris l'antenne et ne l'a pas lâchée. Je pense que c'est ce qu'il fallait faire. Nous sommes dans un système de concurrence avec TF1 : s'ils ont réussi à faire cela, nous devons aussi pouvoir le faire. Nous ne l'avons pas fait et nous avons perdu des parts de marché pendant la guerre. »
L'information comme marchandise, telle est la conséquence de la concurrence. Mais il faut être naïf pour croire que sur ce terrain et dans cette logique les chaînes françaises peuvent être en mesure de rivaliser avec CNN qui, dix ans après sa naissance, a émis vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant la guerre du Golfe, avec cent cinquante journalistes et techniciens dans la région, et dépensé vingt milliards de dollars, d'août 1990 à mars 1991, pour couvrir la crise du Golfe !
Cette évolution, ainsi que la « reprise en mains >> de l'information à Antenne 2 rendent compréhensible le pessimisme de certains journalistes sur l'avenir de l'information à Antenne 2 : « Nous ne sommes plus une redaction digne de ce nom. », nous confie l'un deux qui préfère garder l'anonymat : « On est toujours en train de slalomer pour essayer de plaire à ceux d'en haut. La direction veut des journalistes qui soient des ogres à l'extérieur pour aller découvrir l'information, mais ici, les journalistes doivent " s'écraser "pour faire carrière. C'est également vrai pour les autres chaînes, mais Antenne 2, c'est quand même le service public ! »
Le seul espoir réside-t-il aujourd'hui dans la contre-information et les réseaux parallèles de vidéastes militants ? Pourquoi pas ! Aux USA, ils ont déjà prouvé leur efficacité même s'ils ne peuvent prétendre faire le poids face à CBS, NBC, CNN (cf. le Monde diplomatique). En France, l'Envers des médias a modestement ouvert la voie à une telle pratique alternative qui vise à transformer les consommateurs d'images en citoyens actifs. Un programme de longue haleine qui nous intéresse aussi en tant que féministes.
Paraboles des télévisions sur le toit de l'hôtel à Ryad
Des livres sur les médias
L’explosion éditoriale qui a succédé à la guerre du Golfe donne la mesure du malaise. Tous ces livres démontent le système des médias, expliquent les raisons de la manipulation, dénoncent la connivence qui existe entre les principaux journalistes, rédacteurs en chef, présentateurs, chroniqueurs et le monde politique et industriel.
fa Journalisme et mésinformation, Andreas Freund, éd. La Pensée Sauvage.
fa Médiamensonges, Gérard de Selys, éd. EPO, Bruxelles.
fa Splendeurs et misères des journalistes , Yves Roucaute, éd. Calmann-Lévy.
fa Ç'est la faute aux médias , Yves Mamou, éd. Payot.
fa Information et manipulation , Alain Woodrow, éd. Le Félin.
fa Le Monde Diplomatique de mai 1991. fa Le numéro 2153 de Télérama, semaine du 20 au 26 avril.
fa Critique communiste, n° 104-105, mars
1991.
J